CHAPITRE V
L'Angleterre et la France avaient alors un double labeur à accomplir : d'une part, empêcher l'Autriche de sortir de la Quadruple-Alliance; de l'autre, y faire entrer la Hollande d'une façon définitive.
L'Autriche, impatiente de s'incorporer les duchés italiens et d'achever la conquête de la Sicile, ne savait pas si elle ne s'arrangerait pas directement avec l'Espagne, quoiqu'elle se sentît impuissante dans la Méditerranée sans l'assistance de l'Angleterre. Et c'était là le frein à ses humeurs.
En soi, il ne répugnait guère aux Anglais que Parme et la Toscane devinssent des possessions impériales. Mais comme la France s'attachait essentiellement à les réserver pour la maison de Bourbon, comme l'alliance française était la clef de voûte du système de la Grande-Bretagne au dehors, les ministres, surtout le roi, tenaient plus à contenter le Régent que l'Empereur. Entre la France à satisfaire, l'Autriche à ne pas rebuter, la Hollande à amener
dans le rang, ils étaient fort empêchés, surtout tant qu'ils avaient lieu de craindre la ligue du Nord et sa conjonction avec l'Espagne et les jacobites.
Quant à la république des Provinces-Unies, incorporée à la Quadruple-Alliance de Londres, en raison de ses grands souvenirs et sans avoir été consultée, à peu près comme ceux que noblesse oblige, nous avons déjà vu qu'elle s'était refusée à entrer dans la lice contre l'Espagne avec les trois autres puissances.
Une insurmontable aversion pour la guerre, le désir de conserver et d'accroître par une propice neutralité ses profits commerciaux dans la péninsule, la rendaient sourde aux instances, aux objurgations de ses tuteurs. Or, le délai de trois mois accordé au roi d'Espagne pour adhérer au traité ne devait compter qu'à partir de l'adhésion de cette quatrième puissance ; et les Hollandais, lorsqu'ils avaient admis le principe de l'alliance en février, avaient en même temps obtenu un nouveau délai de trois mois pour la mise à exécution.
De Penterriedter, en quittant Londres pour retourner à Vienne, passa par la Haye au commencement de juin, dans l'espoir de les entraîner enfin. Il eut bientôt lieu de reconnaître qu'en fait d'échappatoires, ils n'étaient pas au bout de leur savoir-faire; car ils demandèrent àl'improviste qu'on les dispensât de déclarer la guerre à l'Espagne. Pentenriedter désappointé rentra à Vienne (26 juin), avec le
sentiment que c'étaient les hommes d'Etat français et anglais qui, en dessous, les fournissaient de subterfuges, afin de réserver les principautés aux Bourbons. Aussi l'astre d'abord très brillant du ministre anglais Saint- Saphorin, à la cour impériale, ne tarda-t-il pas à se ternir2.