V. t. II
Suède une lettre du Prétendant, lettre dont la suscription était de la main du secrétaire du cardinal l.
Ainsi, sans se lasser, Alberoni brassait l'Europe avec une ardeur stérile à la vérité, mais sous les dehors d'une lutte inexpiable contre George et le Régent. Les deux princes alors redoublèrent d'efforts pour conquérir enfin le roi de Prusse.
Frédéric-Guillaume Ier s'était lié en 1714 à son redoutable voisin de l'Est par leurs communes convoitises et leur crainte de Charles XII encore vivant. Il lui avait garanti l'Ingrie, la Carélie, l'Estonie, Yiborg (Finlande), avec promesse de le défendre de toutes ses forces contre quelque agression que ce fût2.
Aussi, maintenant, éprouvait-il ou feignait-il une vive inquiétude s'il venait à irriter le Tsar en lui faisant défection. Stanhope, qui ne se troublait guère, devina la solution. L'attachement du roi de Prusse au Tsar, écrivit-il à Dubois, est sans doute l'effet d'une très grande peur dont on le guérirait en lui garantissant Stettin 3. Pour plus de sûreté, le ministre de Prusse, Ilgen, proposait de faire deux traités, l'un public où le Tsar serait compris, l'autre secret où il ne le serait pas. Mais la fourberie répugnait à Stanhope. Il s'y refusa : « De signer dans un même jour deux traittez contradictoires, je vous avoue, écrivait-il à Dubois sur le ton
\. Dubois à M. de Senneterre, Paris, 5 août 1719. Rec. Off., Francer vol. 358.
2. L. Stanhope à L. Stair, Hanovre, 20 (31) août 1719. En français. Rec. Off., France, vol. 354.
3. L. Stanhope à Dubois, Hanovre, 2 (13) juillet 1719. Rec. Off., France vol. 35 k
d'une dédaigneuse droiture, que je ne voudrais pas le faire pour tromper môme des Moscovites *. »
Au lieu de la tromperie, il y apporta l'énergie de son tempérament, la netteté de son intelligence, la rectitude de son procédé. îl brusqua sa solution2.
D'abord à Stockholm, lord Carteret parvint à signer un traité préliminaire, 11 (22) juillet 1719, au nom du roi de la Grande-Bretagne, à titre d'électeur de Brunswick, avec les ministres d'Ulrique-Eléonore, traité par lequel les duchés de Brème et de Yerden étaient cédés à ce prince 3. Un mois après, une deuxième convention (Stockholm, 18 [29] août), stipula le renouvellement de l'ancienne alliance entre les deux couronnes, le paiement immédiat d'un subside à la Suède, et promit à celle-ci les offices les plus efficaces du roi pour lui faciliter la paix aux meilleures conditions que faire se pourrait auprès de celle des deux puissances avec qui elle était en guerre et avec qui elle jugerait le plus convenable de traiter \ Si, en haine de cette convention et des secours que le roi fournirait à la Suède, quelque puissance que ce fut déclarait la guerre au roi de la Grande- Bretagne, la Suède ne ferait point de paix séparée avec cette puissance 5.
Ces préliminaires, simples rudiments de traités et qui ne devinrent un traité formel qu'au mois de novembre suivant, suffisaient tels quels pour soustraire la Suède aux entraînements moscovites et pour saper à sa base la ligue du Nord.
Entre ces deux actes, un autre d'importance majeure,
1. L. Stanhope à Dubois, Hanovre, 2 (13) juillet 171'.». Rec. Off., France, vol. 354.
2. L. Stair à Graggs, Paris, 9 septembre 1719. En anglais. Hardiricke Papers, vol. II, p. 292.