‹ Le RégentChapitre 49 sur 196 · L. Mahon, vol. II, p · texte numérisé non relu

L. Mahon, vol. II, p

3. Lettre à L. Stair, Whitehall, 24 septembre (5 octobre) lil9. Stau Papersy vol. XIX, B. The Stair Annals, vol. II, p. 397.

Stanhope, au contraire, animé par ce contre-temps, ne médita pas un moindre dessein que de reprendre au Tsar ses conquêtes et d'armer contre lui, dans une ligue générale, les Polonais, les Turcs et jusqu'aux Tartares1.

De nouveau, le duc d'Orléans écarta des plans trop vastes pour être praticables, surtout avec des moyens si incertains. Il se maintint avec persistance sur le terrain français; et, dans une lettre au roi (20 octobre 1719), il marqua, comme précédemment, avec une fermeté courtoise, le vrai point ainsi que le minimum de possessions extérieures qui, à son avis, devait être conservé à la Suède sur terre d'Empire.

« Je ne pouvois pas recevoir une nouvelle plus agréable que d'apprendre que les Traitez entre V. M., le Roy de Prusse et la reine de Suède étoient consommés, Y. M. sait qu'il y a longtemps que j'ai cru ces liaisons nécessaires, et tout ce qui les retardoit dangereux. Et en effet depuis les premières représentations que j'ai pris la liberté de lui faire sur ce sujet, la tranquillité du Nord et de ses Etats a été exposée à deux dangers, l'un dont la mort du Roi de Suède l'a sauvée, et l'autre dont la vigilance de Y. M. vient de la garantir.

« Y. M. a vu dans cette occasion, comme elle le remarquera toujours, qu'il n'y a rien que je préfère à sa gloire et à ses intérêts. Il falloit un motif aussi puissant pour me déterminer à garantir à Y. M. et au Roy de Prusse en même tems, toutes les cessions qui ont été demandées à

1. Lettre a Dubois, au Gohre, 8 octobre 171 9. En français. Hec. Off., France, vol. 354.

la couronne de Suède. Comme elle sait que j'ai toujours déclaré que je ne pouvois faire cette démarche que dans la supposition que l'on restitueront à la Suède le peu qui reste entre les mains du roi de Danneinarc des États que cette Couronne possédoit dans l'Empire en vertu des Traitez de Westphalie, il est aisé à Y. M. de juger avec combien de vivacité j'attens l'effet des mesures et des résolutions qu'elle a déjà prises pour l'accomplissement de cette condition : et après avoir concouru de tout mon cœur à remplir ce qui pouvoit assurer ses avantages et sa satisfaction, je ne pourrois être tranquille sur le blâme qu'on me donneroit dans le Royaume d'avoir dérogé aux anciens engagemens de la Couronne, si cette restitution n'avoit pas son effet.

« Je suis persuadé aussi que V. M. ne permettra en aucun cas qu'il soit fait des dispositions qui puissent laisser Stralsund, ses dépendances et l'isle de Rugen sous une autre puissance que celle de Suède. Ce point est si capital pour ma réputation dans le Royaume, que je demande à V. M. cette attention comme une marque essentielle de l'honneur de son amitié, et comme une preuve, qu'en me portant pour ses intérêts, j'ai eu raison de compter qu'elle ne m'exposeroit jamais à perdre un crédit que j'ay employé jusques à présent et que je destine à l'avenir à ses avantages. Quand ce point sera réglé, je n'aurai plus aucune inquiétude, et je continuerai à m'appliquer aux avantages de la cause commune avec une nouvelle ardeur, et avec le zèle que m'inspire l'attachement respectueux avec lequel... l. »

Il est visible, à travers la déférence de neveu à oncle avec qui on veut vivre bien, que le duc d'Orléans pose

i. Rec. O/jT., France, vol. 354.

nettement ses conditions. Disons-le, elles ont d'autant plus de chance d'être agréées, qu'elles n'ôtent rien ni au roi de Prusse ni au roi d'Angleterre.

Dès ce moment commence à se dissoudre le faisceau des puissances qui s'étaient groupées autour du tsar pour abattre et dépouiller la Suède. Les étais du grand échafaudage érigé par Pierre le Grand contre l'Occident tombent un à un.

Le Danemark commence. Dans les épaves du naufrage suédois, il s'est approprié Stralsund, Wismar et le duché de Slesvig. Sur le territoire môme de la Suède, dans le cours de l'année 1719, Frédéric IV s'empare de la ville de Marstrand, réputée imprenable, et y détruit une escadre suédoise. On avait lieu de craindre qu'il ne joignît sa flotte à celle du Tsar. Cependant, moins heureux dans des combats devant Gothenbourg, il faisait des ouvertures de paix et concluait une suspension d'armes. Plus faible que les autres copartageants, c'est le Danemark qui aura fonction de rendre gorge, lors de l'arrangement définitif.

George, sous l'impulsion de Stanhope, insista encore, auprès du Régent, sur l'utilité d'opposer au Tsar la Pologne et la Saxe. Il était disposé, disait-il, à contribuer de ses deniers; il espérait que le Régent contribuerait aussi '. Mais ce dernier prince n'était d'humeur à s'engager ni sur la Pologne ni avec le roi Auguste IL A cette époque, la couronne de Pologne séduisait comme un mirage les princes de la Maison de France.

1. George Ier au Régent, Hanovre, 7 novembre 1719. Stair Papers, vol. XX. The Stair Armais, vol. II, p. 397.

Sans parler du rêve dont s'était bercé un moment le prince de Conti, frère du grand Condé, nous apprenons par les correspondances britanniques que Mme la Duchesse avait songé à la Pologne pour M. le Duc son fils, qu'elle aurait marié à la princesse Sobieski, belle-sœur du Prétendant. Mais outre que M. le Duc n'y était guère disposé, le Régent, qui n'était pas sans avoir des visées pour son propre fils, n'omit rien pour l'en détourner. Par le même motif, il ne voulait pas, en soutenant l'électeur de Saxe-roi de Pologne, risquer d'étendre à ce royaume le principe d'hérédité de P électoral;1. Il s'excusa sur les frais de la guerre d'Espagne. C'était, manda-t-il à George Ier, sa seule raison de suspendre ce qu'il aurait désiré pouvoir faire pour avancer l'effet des mesures que le roi prenait pour achever de rétablir la tranquillité dans le Nord 2.

Le roi de Pologne, Auguste II, qui n'avait rien à gagner à la continuation de la guerre, se contenta, dans son traité particulier, que la Suède le reconnût en qualité de roi de Pologne. Il ne parla plus de la Livonie, pour laquelle il avait commencé les hostilités. Comment aussi ùter cette province à ceux qui s'y étaient substitués aux Suédois, les victorieux Moscovites? Il consentit à ce que le compétiteur que Charles XII lui avait opposé, Stanislas, retiré alors en France, à Wissembourg, retint, sa vie durant, le nom et les honneurs de Roi, mais sans les armes ni le titre de Pologne.

Quant au roi de Prusse, il était prêt à concourir à l'œuvre commune contre le Tsar. Il offrait une armée de quarante mille hommes, pourvu qu'on lui donnât Stral-

1. L. Stair à L. Stanhope, Paris, 25 novembre 1719. L. Stair à Craggs, Paris, 12 décembre 1719. Rec. Off., France, vol. 354. Stanhope à Stair, Gôhre, 20 octobre 1719. Schaub à L. Carteret, Paris, 24 février 1723. En français, ld., vol. 359.

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