‹ Le RégentChapitre 50 sur 196 · Paris, 6 janvier 1720. Rec. O/f., France, vol · texte numérisé non relu

Paris, 6 janvier 1720. Rec. O/f., France, vol

sund l. Mais, comme nous l'avons dit, c'était précisément cette place que le Régent entendait que la Suède recouvrât. Elle était le pivot de sa diplomatie dans la pacification du Nord. Encore considérait-il cette restitution comme la réparation insuffisante des désastres d'une alliée infortunée et parlait-il de lui rendre aussi le Slesvig, devenu avec Stralsund la proie des Danois.

Sous la même influence de l'Occident, les ministres du roi de Prusse signèrent à Stockholm, le 21 janvier (1er février) 1720, un traité de paix par lequel la Suède cédait à Frédéric-Guillaume Ier Stettin et la Poméranie ultérieure. Ce prince lui versait une indemnité de deux millions d'écus, et s'engageait à ne donner aucun secours au Tsar ni à ses alliés pendant la durée de la guerre.

De même à Stockholm, la convention préliminaire de L. Carteret était changée en une paix définitive le 20 novembre 1719, par laquelle la Suède cédait à George Ier, en qualité d'électeur de Hanovre, les duchés de Brème et de Yerden, moyennant un million d'écus. Un autre traité renouvelait en même temps l'alliance des deux couronnes d'Angleterre et de Suède.

Parmi les États qui avaient associé leur ambition à celle de la Russie, le plus difficile à ramener fut le Danemark, parce que c'était à lui qu'on demandait davantage. Outre la haine séculaire entre frères Scandinaves , c'étaient les Danois qui, après les Moscovites, détenaient le plus beau lot de conquêtes; c'était à eux que la France et l'Angleterre

1. L. Stair à L. Stanhope, Paris, 25 décembre 1719. Rec. O/f., France, vol. 354.

demandaient et pouvaient imposer les plus lourdes restitutions; rappelons les villes suédoises de Marstrand, Bahus et plusieurs îles du voisinage, la Poméranie citérieure avec Stralsund, l'île de Rugen, la ville de Wismar et le duché de Slesvig. Ce duché avait été enlevé à Charles-Frédéric, duc de Holstein-Gottorp, fils d'IIedwige-Sophie, la sœur aînée de Charles XII et d'Ulrique-Eléonore; par cette filiation, il était de droit compris dans la clientèle de la France. Aussi le Régent, sous l'influence vraisemhlahlement de M. de Torcy, les couvrait-il de sa protection. Mais nous savons que, dès le mois de mai 1715, par un traité renouvelé depuis, George avait garanti le Slesvig à Frédéric IV, moyennant la cession que celui-ci lui faisait des duchés de Brème et de Yerden. De là, entre les deux cours de France et d'Angleterre, des tiraillements, des soupçons, surtout chez les Anglais, qui croyaient, non sans raison, sentir à chaque pas l'hostilité occulte du vieux ministère. Leurs objurgations, leurs plaintes mettaient Duhois sur les charbons. Réduit à protester de ses bonnes intentions et de celles de son maître, il s'emportait en un flux de paroles pour étouffer sur leurs lèvres les questions brûlantes auxquelles il ne dépendait pas de lui donner réponse1. Ni L. Stair ni, après lui, sir Robert Sutton n'étaient dupes de ce manège, qui semblait justifier leur défiance; et ils persistaient à accuser, quoique sans fondement, comme ils le reconnurent ensuite, M. de Campredon de pousser la Suède à une paix directe avec le Tsar. « Je ne dois pas vous celer, Mylord, écrivait Sutton à L. Stanhope, que je trouve M. l'archevêque (de

\. « Je n'ay quasi point pu ouvrir la bouche pour parler à M. l'archevêque de Cambrai. Il me l'a tenue close en criant contre la cour d'Espagne et M. Law. Cette conduite n'est pas particulière envers moy, on use de même avec tous les ministres étrangers. Si cette monoye est légère, aussi passe-t-elle pour très peu de chose. » L. Stair ta Crnggs, Paris, 4 mai 1720. En français. Rec. O/f., France, vol., 361.

Cambrai) très délicat et difficile dans toutes les occasions où nous aurions besoin de son crédit. Il pense me payer en me disant qu'on l'accuse d'être Anglais; et il m'a dit à L'égard de M. de Campredon que, parce que c'est un garçon qui n'est pas comblé des biens de la fortune, on l'accuse d'être pensionnaire des Anglois. Ainsy, en voulant me faire accroire que tout ce qu'il dit en notre faveur est suspect de partialité, il pense s'excuser d'appuyer les choses les plus justes *. »

Le nœud de la difficulté, c'était donc qu'il en coûtait beaucoup au Régent de laisser passer le Slesvig de la maison royale des Wasa au Danemark. Mais à ce prix seulement le Danemark rendait à la Suède Stralsund, File de Rugen et Wismar 2. Devant l'impossibilité morale et matérielle de retirer au Danemark la totalité de ses conquêtes, le Régent céda, puisque, en définitive, il obtenait l'avantage essentiel de réintégrer la Suède dans l'Empire. Même l'événement le devança. Tandis qu'à Paris Dubois se débattait encore contre la pression des Anglais, la paix était signée sur cette base à Stockholm, le 3 (14) juin 1720, par les soins de L. Carteret et de M. de Campredon, entre Frédéric Ier, roi de Suède3, et Frédéric IV, roi de Danemark, mettant fin à une lutte de vingt années. 11 nous suffira de dire ici que ce traité de Stockholm, dû à l'initiative de George 1er et au concours un peu disputé du Régent, remettait la Suède en possession de la Poméranie citérieure, unique mais précieux débris du brillant empire que des chefs de génie lui avaient créé au delà de la Baltique et de la mer du Nord. En reprenant pied sur le territoire et au

1. Paris, 5 août 1720. En français. Rec. O/f., France, vol. 361.

2. Sutton à L. Stanhope, Paris, 27 août 1720. En français, liée. O/f-, France, vol. 362.

3. Frédéric de Ilesse-Cassel, en faveur de qui Uliïque-Éléonorc, sa femme, avait abdiqué la couronne un mois auparavant.

sein de la diète de l'Empire, elle était sauvée de l'affront d'une irréparable déchéance. Elle n'était donc pas rayée du nombre des grandes puissances, alors que la Russie s'y inscrivait; et une sorte d'équilibre se restaurait dans le Nord.

Il fallait payer la docilité du Danemark. Par l'article VI du traité de Stockholm, la Suède avait déclaré qu'elle ne s'opposerait pas à ce qui serait stipulé en faveur du roi de Danemark concernant le duché de Slesvig par les puissances médiatrices qui avaient concouru au traité.

Le jour même de la signature du traité, M. de Campredon signa et remit entre les mains de L. Carteret l'acte par lequel la France, sur les instances, était-il dit, des rois de la Grande-Bretagne et de Danemark, accordait à cette dernière couronne la garantie du duché de Slesvig. Le roi de France donna sa ratification pour lui et ses successeurs, le 18 août, à Paris. Du côté des Anglais, pareille garantie pour le rétablissement de la paix, sous la médiation de Leurs Majestés de la Grande-Bretagne et Très Chrétienne, donnée par L. Polwarth, le 23 juillet, au château de Fréderiksborg, près Copenhague, et ratifiée par George Ier à Herrenhausen en Hanovre dès le 26 juillet (1720).

Ainsi l'alliance franco-anglaise tirait la Suède de l'abîme et réconciliait avec elle la Prusse, la Pologne, le Danemark, sans parler du Hanovre qui s'était tout d'abord adjugé le prix de ses bons offices. Seule, la France avait été une médiatrice désintéressée. Il est vrai de dire qu'elle n'avait point de lot à revendiquer dans les territoires lointains que les autres se partageaient; elle n'avait pu prétendre qu'à un avantage politique, et encore plus utile à sa cliente qu'à elle-même, c'est à-dire la réintégration de celle-ci dans l'Empire. Mais on doit reconnaître que son rôle avait été honorable, utile; et que dans cette sorte de justice de paix

exercée parmi les litiges de tant d'Etats, elle avait siégé dignement à côté de l'Angleterre.

La Russie restait donc seule à l'extrémité de l'Europe. Elle avait pour ennnemis tous ses anciens alliés. Mais, sans se troubler, le Tsar poursuivait la guerre dans la Baltique. Sa flotte saccageait les côtes de la Bothnie occidentale et battait la flotte suédoise dans ces mers (août 1720) sans que l'amiral Norris entreprît de s'y opposer sérieusement. Stanhope lui-même perdit courage. Il ne pouvait attendre du Régent que des subsides pour la Suède. Il sollicita l'appui direct de l'empereur Charles VI et se heurta à un refus catégorique. L'Angleterre se bornera donc, manda-t-il à l'ambassadeur Saint-Saphorin à Vienne, à envoyer sa flotte, à donner des subsides jusqu'à la paix, « que la Suède fera comme elle pourra ! » .

Cette paix livrée ainsi à la discrétion du Tsar et qui coûta à la Suède presque toutes ses possessions bal tiques, L. Stanhope n'en fut pas témoin. Une mort prématurée l'enleva auparavant.

1. Hanovre, 3 novembre 1720. En français. Rec. O/f., Germany, vol. 211.

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