Voir t. Il, n
sera le port de salut. Là, il bravera le déchaînement de la tempête et attendra en sécurité des temps meilleurs, un retour de fortune. Il lui faut être cardinal.
Nous venons de dire que la première manifestation de ce rêve éblouissant date de Londres, où l'abbé est allé se compromettre irrémissiblement pour parfaire l'alliance anglaise, sa seule raison d'être. Il doit donc y persister à tout prix. Mais plus il s'engage dans cette voie, plus aussi est-il en exécration chez la faction espagnole. Ne peut-elle pas, un beau jour, regagner contre lui l'oreille d'un maître vacillant? A chaque pas qui le porte plus haut, le risque s'aggrave; néanmoins il doit poursuivre bon gré mal gré le long du précipice; il lui est interdit de s'arrêter, comme de revenir en arrière. Troublé jusqu'au fond de l'àme, à mesure que s'impose plus inévitable, plus imminente la compromission suprême, c'est-à-dire la déclaration de guerre à l'Espagne, quand l'étreinte de L. Stair, logique et inexorable comme la fatalité, l'y traîne de haute lutte, il se récrie, il se débat, cherche des échappatoires, des délais. Les emportements lui tiennent lieu de raisons. A la fois, il veut servir l'alliance, et il voudrait pourtant ménager de son mieux ceux qui à Rome sont puissants, en France ennemis du traité; en tout cas, se faire haïr au minimum. C'est alors que Stair écrit à L. Stanhope la lettre du 4 décembre 1718, commençant par ces mots : « Mylord, le chapeau de cardinal a tout à fait tourné la tête à notre pauvre ami l'abbé ' ». Et il le dépeint, en exagérant aussi à sa manière, comme entièrement livré à ceux qu'il croit en état de le lui faire avoir le plus promptement, et qui sont en même temps ennemis jurés du traité et du système nouveau. Évidemment, ici, Stair cède trop à son pessimisme