Id., ibid
3. Dubois à Lafiteau, 15 août 1719. Sévelinges, t. I, p. 279, 280. Cardinal, Bentivoglio ne le fut qu'au mois de novembre suivant, ternie de sa nonciature.
propositions conformes par les évêques restés neutres; d'autre part, en décidant le cardinal de Noailles à y adhérer. Si ce plan réussissait, il parvenait au chapeau sans la nomination de l'Empereur ni de la France, par sa propre force. Déjà il s'en croyait assuré l.
Trompeuse présomption! Tandis qu'il s'exalte devant le séduisant mirage, survient une lettre de Rome qui dissipe ses rêves. Le P. Lafîteau lui mande que dans une promotion prochaine de cardinaux, il y aura deux prélats français, M. de Gèvres, archevêque de Bourges, et l'archevêque de Reims, M. de Mailly. Quant à lui, il est oublié. Alors, de nouveau, il parle de renoncer; autrement dit, il dérobe sa brigue sous un manteau de comédie. Ce n'est plus en son nom qu'il va écrire à Lafîteau; il s'abrite sous le nom d'une Mme de Gadagne, sa prétendue cousine, à laquelle il prête son appui dans un procès qu'elle est censée poursuivre en cour de Rome par devant le tribunal de la Rote 2.
En masquant les divers personnages de sa comédie, il entend par le président, le pape; par le rapporteur, le cardinal Annibal Albani. Mme de Gadagne, dit-il, a hâte d'en finir. Quand il apprend qu'il ne sera pas l'un des prochains cardinaux, il déclare que si le jugement est différé [dus longtemps, cette dame retirera sûrement sa procuration (19 septembre), c'est-à-dire lui-même ne pensera plus au chapeau. Lafîteau répond (7 octobre) que les juges de la Rote ont à leur tour quelque affaire à Avignon (lisons Paris) où elle peut les servir; et qu'ils assurent que si elle leur fait le plaisir qu'ils en attendent, son procès finira certainement dès la séance, et qu'un des articles qu'elle
l. L. Slair à Graggs, Paris, 23 septembre 1719. En anglais. Hardwickè Papers, vol. II, p. 596.
■2. Ce tribunal jugeait des matières bénéficiâtes, bénéfices ecclésiastiques.
souhaite sera formellement inséré dans l'arrêt; c'est-à-dire qu'il faut que l'abbé commence par imposer la Constitution aux-réfractaires. Le chapeau est à ce prix. Le 8 novembre, pressantes instances de l'abbé, pour que le procès de sa cousine soit terminé définitivement à la première séance parce que, autrement, elle est déterminée sans retour à ne plus poursuivre ce jugement à la Rote ; elle offre de déposer par avance, entre les mains de l'intermédiaire, de quoi satisfaire sur-le-champ aux promesses que celui-ci pourrait avoir faites au rapporteur et aux autres membres du tribunal, outre les frais quelconques du procès. Le U novembre, l'abbé se couvre à tout hasard vis-à-vis du duc d'Orléans par une lettre à Lafïteau où il met au compte de celui-ci seul l'initiative de toutes ces démarches faites à l'insu du prince : « Si, dit-il, Mme de Gadagne gagnait son procès et que son jugement pût être publié, je crois que le solliciteur devrait écrire au vice-légat d'Avignon l pour lui demander excuse d'avoir poursuivi cette affaire sans avoir reçu ses ordres, et s'excuser sur ce que le juge lui-même 2 lui avait conseillé d'agir et de ne dire à personne que ce fût par son conseil ».
Or, cette lettre fut mise sous les yeux du Régent. M. de Torcy, grand-maître des postes, et maître du secret des postes, guettait Dubois. Frappé de ce style énigmatique, il en prévint le duc d'Orléans : le mystère se découvrit. « Mgr le Régent a su, je ne sais par où, écrit Dubois à Lafïteau (29 novembre 1719), que dans vos lettres il était parlé souvent d'une Mme de Gadagne, avec un jargon qui semblait inintelligible, et qui pourtant ne l'a pas été pour S. A. R. ». Certainement l'abbé n'ignorait pas par où ni par qui le Régent avait été informé. Aussi recommanda-