‹ Le RégentChapitre 70 sur 196 · Le pape · texte numérisé non relu

Le pape

t-il à son agent de lui laissser ignorer à l'avenir, plutôt que de les écrire par la poste, les circonstances dont il ne conviendrait pas que le prince fût informé, et d'attendre l'occasion de quelque exprès pour l'en instruire, sans jamais se relâcher sur cela.

Il lui répétait pour sa gouverne les rôles dont ils étaient convenus ensemble : c'était l'indiscipliné Lafiteau qui avait tout fait, de lui-même. Il devait s'en accuser : « J'espère que dans votre première vous renouvellerez vos excuses, de ce que vous êtes entré dans cette affaire par amitié pour moi sans en avoir la permission de S. A. R., et contre la défense expresse que je vous avais faite d'en parler » .

Dupe ou non de ce manège, le Régent ne fît pas mauvais visage à l'abbé. A tout le moins, on n'avait compromis à Rome ni son nom ni son autorité.

Et puis, les Anglais rentraient en scène. C'est là sans doute ce que Dubois voulait donnera entendre à son affidé, en finissant cette curieuse lettre du 29 novembre par les lignes suivantes : « Je persiste à penser qu'il faut que le procès de Mme de Gadagne soit jugé dans la première séance et l'arrêt prononcé publiquement, ou qu'elle renonce à tout jugement. Si elle ne peut obtenir ses sûretés d'un côté, il faut qu'elle les prenne de l'autre. Elle aimerait mieux sans difficulté celles qui peuvent venir du côté de Rome, que les plus grands établissements qu'on puisse lui procurer ici; mais en attendant inutilement ce qu'elle aimerait le mieux, il ne serait pas juste qu'elle perdit l'occasion de se mettre à l'abri de tous les événements dans ce pays-ci * ».

Se mettre à l'abri : voilà en quatre mots la pensée de fond chez l'abbé Dubois. Un moment il s'est bercé de l'idée

I. Voir cette correspondance dans Sévelinges, t. I, p. 277-291.

de vaincre à lui seul auprès du Vatican. Maintenant, désabus.é, il pense que Mme de Gadagne devra prendre ses sûretés du côté où elle peut les obtenir, c'est-à-dire du côté du roi George et de l'Empereur.

Le danger qu'il y avait à se risquer auprès du Régent retenait l'ardeur entreprenante de L. Stair et la fièvre de l'abbé; mais ils ne cessaient pas de ruminer des plans d'attaque. L. Stair à la fin imagina de faire donner le roi en personne. Le 10 octobre (1719), il écrit à Stanhope : que le chapeau tient au cœur à l'abbé de plus en plus désireux d'y parvenir; que l'abbé demande que L. Stanhope continue ses bons offices à Vienne; que tout au moins la cour impériale fasse savoir que de le faire cardinal, cela ne lui sera pas désagréable et qu'elle n'en prendrait pas occasion de quelque nouvelle et importune demande auprès du pape. H croit, et Stair avec lui, que le pape serait heureux d'avoir un prétexte de lui donner le chapeau. — Si l'abbé parlait sincèrement, quel étonnant parti pris de fermer les yeux à l'évidence! - L. Stair poursuit : « Il y aurait un autre moyen de procurer le chapeau à l'abbé, et qui, à mon gré, serait le plus propre à réussir : je veux dire que si les choses tournent bien, comme probablement elles ne manqueront pas de le faire, conformément au svstème de la Quadruple-Alliance, ce serait que le roi prit cette occasion de recommander l'abbé au Régent pour la nomination de la France, comme une marque de sa faveur envers l'homme qui lui aurait rendu un service si éminent. Je me flatte que le Régent ne repoussera pas la requête du roi ; et en môme temps, je crois qu'il sera très difficile d'obtenir

son consentement par aucun autre moyen. Y. S. est le

meilleur juge de ce qu'il conviendra que le roi fasse ».

Un post-scriptum esquissait la tactique à suivre dans cette matière délicate. — Stair a vu, dit-il, l'abbé depuis qu'il a écrit ce qui précède. L'abbé approuve, et désire que le roi recommande à M. de Senneterre l, quand il partira, de parler de sa part au Régent en sa faveur, et au seul Régent en prenant garde que l'abbé ne sait rien du bon office que le roi lui rend2.

C'est ainsi qu'à Paris, comme à Vienne, les ambassadeurs britanniques s'ingéniaient à servir la brigue de l'abbé et travaillaient à l'envi, avec son aide ou sa complicité, à se jouer de la bonne foi du Régent par la plus savante comédie et la plus vaste. Etrange émulation des grands Etats à mystifier, au profit de son ministre, un des princes les plus spirituels et les plus clairvoyants qui aient jamais existé : et ils y réussissaient.

Le roi d'Angleterre ne s'épargne pas. Il commence par une lettre à l'Empereur.

Hanovre, 21 octobre 1719 3.

« Monsieur mon frère, ayant appris que le Pape est indisposé et que le mauvais état de sa santé pourroit avancer une promotion de cardinaux, je ne puis que communiquer confidemment à Y. M. Imp. et Gath. une idée qui me paroit essentielle pour l'avancement de nos intérêts communs, afin que si Y. M. la goûte, elle puisse sans perte de temps contribuer par ses offices à Rome à la faire réussir.

1. Ambassadeur de France à Londres au moment de passer sur le continent.

2. L. Stair à L. Stanhope, Paris, 20 octobre 1719. En anglais. Rec. Off,» France, vol. 354.

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