novembre 1719. Sévelinges, t. I, p
2. Le 14 novembre, dans sa dépèche déjà employée ci-dessus, Stair, après avoir parlé du désir de l'abbé que le roi écrivît, ajoutait : « Je vous dépèche ce courrier avec le projet inclus de lettre que l'abbé a dressé- Vous y ferez les changemens que vous trouverez convenables. »
Elle porta coup '. L. Stair, qui la présenta, tira parole du Régent, avant que de sortir de son cabinet, qu'il ferait toutes les démarches nécessaires pour faire réussir les prétentions de l'abbé au cardinalat. « Monsr le duc d'Orléans, écrit-il, ayant leu la lettre du Roy, m'a dit que je savois bien qu'il n'étoit pas fort amateur des cardinaux en France, mais qu'il n'y avait pas moyen de refuser quelque chose au Roy et qu'il étoit persuadé qu'il n'auroit pas lieu de se repentir de sa complaisance à cette occasion. » On comprend la joie de l'abbé. Il eut la sagesse de se contenir et de demander que l'on gardât le secret, afin que ses ennemis n'eussent pas lieu de contrecarrer sa promotion 2.
Au rapport de Destouches, qui gérait l'ambassade de France à Londres, cette nouvelle causa la plus vive satisfaction à L. Stanhope et à L. Sunderland, qui venaient d'apprendre aussi que l'empereur avait consenti de bonne grâce à solliciter à Rome en faveur de l'abbé. Ils en furent si transportés qu'ils s'empressèrent d'aller informer et féliciter l'agent français présent dans le moment à la Chambre des lords 3.
Ici, une observation se présente d'elle-même. On dépeint toujours Dubois comme le plat serviteur des Anglais. Croit-on que les Anglais du plus haut rang l'eussent traité alors avec tant de courtoisie et de cordialité? S'il y avait chez lui des défauts, des lacunes, ils lui reconnaissaient en môme temps, avec l'intégrité, l'étoffe de l'homme d'Etat; et
\. Expression de L. Stair.
2. L. Stair à L. SLanhope, Paris, 29 novembre 1719. En français. Rec. Off., France, vol. 351. Dubois ajoute qu'ils avaient déjà tenté de prévenir le duc d'Orléans, mais que leurs démarches lui avaient fait du bien : allusion probable à la correspondance de Mme de Gadagne décelée par M. de Torcy. Cette sorte de farce avait peut-être amusé le Régent, qui, sans doute, la regarda comme dénuée d'importance et ne fit qu'en rire.