‹ Le RégentChapitre 73 sur 196 · Lettre du 3 décembre. Sévelinges, t. I, p · texte numérisé non relu

Lettre du 3 décembre. Sévelinges, t. I, p

si l'intérêt politique avait été seul à les faire parler et agir, ne l'auraient-ils pas fait d'un tout autre style?

Le jour même où L. Stair rendait compte au roi de ce beau succès, c'est-à-dire le 29 novembre, le Régent acquittait galamment sa parole et demandait à Clément XI le chapeau de cardinal pour l'abbé Dubois. Il disait :

« Très-Saint-Père,

« Il y a longtemps que je diffère de demander à Votre Sainteté une nouvelle marque de bonté et d'amitié, qui me serait aussi sensible qu'aucune autre que j'aie reçue. Elle sait que l'abbé Dubois a ma principale confiance dans les mesures que je continue de prendre pour procurer le rétablissement de la paix de l'Église ; que les dispositions prochaines et la tranquillité générale de l'Europe, qui sont le fruit des négociations que je lui ai confiées, me mettent en état d'avancer ce grand ouvrage, auquel il peut encore beaucoup contribuer, et qu'il a toujours agi avec toute l'application et le zèle possibles pour les avantages réciproques du Saint-Siège et du royaume aussi bien que pour la gloire de Votre Sainteté. La place qu'il a remplie auprès de moi, les ambassades dont il a été revêtu, et son élévation au ministère des affaires étrangères, sont, Très-Saint- Père, autant de progrès qui ont pu l'approcher de la dignité de cardinal, que je supplie très instamment Votre Sainteté de lui accorder dans la première promotion. »

Après ce panégyrique si complet dans sa brièveté des mérites de l'abbé Dubois, des services par lui rendus et à rendre, le Régent revenait sur ce que le Saint-Père lui donnerait ainsi de nouveaux moyens de dissiper ce qui pourrait encore entretenir le trouble dans l'Église. Enfin, il rappelait que le roi (c'est-à-dire la couronne de France) aurait des raisons de demander une compensation des

places qui avaient été accordées à d'autres puissances dans le collège des cardinaux. Mais il finissait par de douces paroles *.

Le régent de France et le roi d'Angleterre s'étaient servis du même secrétaire. L'abbé Dubois avait tenu la plume pour l'un et pour l'autre. Sa dextérité à se louer luimême, assez pour se mettre en valeur, pas assez pour donner ombrage aux patrons dont il est le porte-parole, son aisance à se mouvoir astucieusement sans faux pas dans les affaires les plus délicates, au besoin l'art de faire sentir la griffe sous le velours, autant de traits par lesquels se peint le renard en quête de la robe rouge où se terrer.

Mais elle le fuit. En annonçant à l'évêque de Sisteron, le 29 novembre, la lettre du Régent au pape datée du même jour, il entonne un chant de guerre, comme à l'assaut du Capitole. Le Régent a permis au cardinal de la Trémoille, qui doit remettre la lettre au Saint-Père, de ne point dissimuler qu'un refus le piquerait infiniment. «Vous avez par là, poursuit-il, le champ libre pour agir de toutes vos forces, et mettre tout en usage pour venir à bout de ce que vous avez entrepris, sans souffrir aucun délai, ni aucun in petto. Faites donc tout ce que vous croirez de plus efficace; épuisez tous les pouvoirs et toutes les voies2. »

Tandis que chez Dubois la furie gauloise prend du champ pour courir à l'attaque, Clément XI, plus alerte, la devance et la déjoue. A cette date critique du 29 novembre,

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