‹ Le RégentChapitre 74 sur 196 · novembre 1719. Sévelinges, t. I, p · texte numérisé non relu

novembre 1719. Sévelinges, t. I, p

alors qu'à Paris le Régent écrit sa lettre au Pape, et Dubois ses instructions militantes à Lafîteau; à Rome, ce même jour, le Pape procède à la promotion des dix cardinaux. Il y comprend les deux prélats français dont Lafîteau avait déjà révélé les noms, M. de Gèvres, archevêque de Bourges, et M. de Mailly, archevêque de Reims; celui-ci, au mépris de l'exclusion formelle que le duc d'Orléans lui avait donnée à titre de Régent du royaume. Comme pour mieux accentuer ce procédé désobligeant, la cour de Rome envoya directement au prélat l'avis de sa promotion et la calotte rouge. Ainsi bravé, le Régent interdit à M. de Manlly, sous peine d'exil, de prendre les titres et les insignes de sa dignité. Le nouveau promu se soumit. Mais il demeura cardinal au lieu et place de l'abbé. Dubois, nullement haineux et trop politique pour se mettre sur les bras une querelle personnelle avec le Saint-Père, apaisa le différend.

Il agit de même à l'égard du nonce Bentivoglio, lorsqu'il obtint du pape le rappel de ce dangereux personnage. Bentivoglio, en quittant Paris au mois de novembre 1719, fut comblé de présents. Le Pape l'avait compris dans cette promotion si pénible pour l'abbé, aussi bien qu'offensante pour le Régent. En cela, il suivait l'usage de décerner le chapeau cardinalice aux nonces parvenus au terme de leur légation. Dubois avait empêché le duc d'Orléans de punir les menées de Bentivoglio par un renvoi ignominieux qui, en brisant son temps de nonciature, l'aurait frustré de la récompense coutumière.

Le pas dont il n'y avait pas à revenir, c'est-à-dire la promotion, était donc fait, lorsque le cardinal de la Trémoille remit au pape la lettre du Régent. Clément XI, cantonné dans sa tactique dilatoire, argua des chapeaux qu'il devait aux cours de Vienne et de Madrid et donna seule-

ment l'expectative à Dubois, maigre dédommagement. Alors Lafiteau, stimulé par les instructions passionnées de son patron, se mit à la recherche de « tous les pouvoirs, de toutes les voies » susceptibles de le conduire au but. Après avoir tiré du pape une réponse moins évasive, alors, de lui-même ou à la suggestion du cardinal Gualterio, il imagina d'enrôler le Prétendant parmi la troupe bigarrée des auxiliaires de l'abbé, qui allait tenir ainsi l'Angleterre par ses deux pôles contraires, hanovrien et jacobite. Mais bornons-nous ici à cette simple mention. La suite appartient à la seconde campagne du chapeau, celle de 1720.

L'Angleterre hanovrienne, sans se douter de ce qui se machinait à Rome, poursuivait loyalement son œuvre. Stanhope, en considérant le peu de fonds qu'on pouvait faire sur l'Empereur, insistait par l'organe de Destouches pour que le Régent procurât au plus tôt la promotion de l'abbé, parce que plus elle relèverait et le mettrait hors d'atteinte, plus l'Angleterre redoublerait sa confiance dans le prince et dans son ministre; et plus aussi son ministère serait utile et efficace pour soutenir le système qui établissait incontestablement les droits du duc d'Orléans *.

Ce message d'espoir et d'encouragement chaleureux parvint à un homme accablé d'affliction par les factieuses nouvelles arrivées en même temps de Rome. Dubois se surmonta malgré tout : avec un accent de gratitude et de tristesse profondes, il remercia le roi et le secrétaire d'Etat, affectant même un détachement que son style pénétré démentait. Il disait des bontés dont le roi l'avait honoré en dernier lieu et qui avaient passé par les mains de Stanhope : « Des grâces faites avec tant de générosité n'ont pas besoin de succès pour faire leur impression; mais j'avouerai à

1. Destouches à l'abbé Dubois, Londres, 7 décembre 1719. Sévelingcs, t. I, p. 293.

V. Exc. que, sans être ingrat, la reconnaissance n'a pu rien ajouter à la vénération et au dévouement que j'ai toujours eus pour S. M. Britannique. Je vous supplie de me mettre à ses pieds pour lui rendre mes très humbles actions de grâces de la protection dont elle m'a honoré, et de l'assurer que je fais plus de cas de cette marque de bonté de sa part que de la dignité môme qu'elle voulait me procurer. Le pape a disposé de tout ce qu'il pouvait me donner; mais le témoignage que j'ai reçu de la continuation de la bienveillance de S. M. Britannique pour moi me rend au centuple ce que je puis perdre, et m'est plus précieux que tout ce qu'on pouvait m'accorder. » Suivaient des paroles affectueuses pour Stanhope *.

Ainsi se terminait, avec l'année 1719, par un amer désappointement, la première campagne du chapeau. La coalition de trois couronnes, Angleterre, Empire, France, et le plus retors génie d'intrigue avaient été impuissants contre la tranquille mauvaise volonté et l'imperturbable temporisation du Saint-Père. Et cette hostilité si opiniâtre, à quoi tenait-elle? A l'indignité du candidat? Mais cette indignité supposée n'empêcha pas le pape, quelques mois après, de le préconiser à l'archevêché de Cambrai. Ce qui est le plus certain c'est que Clément XI subordonnait la faveur du chapeau au triomphe définitif de la Constitution en France, outre plusieurs questions de territoire et de suzeraineté qu'il revendiquait en Italie et dont on ajournait la solution

au congres \

Page 1