Baudrillart, t. II, p
2. Voir Baudrillart, t. II, chap. vu, où l'histoire du complot et de l'insurrection de Bretagne est pleinement élucidée.
armoricaine. Quatre des chefs furent condamnés et exécutés le 26 mars 1720. Trois semaines après, une sage amnistie (15 avril) rendit la sécurité et le calme à la province.
Il n'avait pas tenu aux Anglais que l'Espagne ne comptât un ennemi de plus, c'est-à-dire le Portugal. Ils pressèrent le duc d'Orléans de donner des instructions en conséquence au ministre français à Lisbonne, l'abbé de Mornay, pour agir de concert avec le ministre britannique. Le prince acquiesça sans difficulté aux instances plusieurs fois réitérées de L. Stair. Dubois, plus rétif, n'en fit rien. Il finit par répondre à Stair qu'il l'avait oublié, que cela ne pressait pas; et les choses en restèrent là. D'ailleurs, le Portugal n'avait nul désir de s'adjoindre à la Quadruple- Alliance !.
Alberoni, les armes lui tombant des mains, tenta un dernier artifice de stratégie diplomatique. Il se flatta d'attirer les Anglais aune négociation séparée.
Le réfugié français, de Seyssan, retournant d'Espagne en Hollande par l'Angleterre, fut par lui pourvu d'une lettre pour L. Stanhope. Elle était datée de l'Escurial, 15 novembre 1719 2. Le cardinal rappelait au ministre anglais comment, à leurs derniers adieux en ce lieu, ils s'étaient promis une confiance réciproque lorsqu'un temps
1. Craggs à Stair, 23 juillet (4 août) 1719, en anglais. Stair Papers, vol. XIX, B, The Stair Annals, vol. II, p. 402. L. Stair à Craggs, Paris, 4 (11) oct. 1719. En anglais. Rec. Off., France, vol. 354.
2. En français. Stair Papers, vol. XXIII. The Stair Annals, vol. II, p. 392. Et Papiers de Gualterio, Prit. Mus. Addit. Mss, n° 20425. Nous suivons de très près la rédaction d'Alberoni.
212 LE RÉGENT, L'ABBÉ DUBOIS ET LES ANGLAIS. plus heureux pourrait leur fournir les moyens de mettre fin à cette guerre, et de réconcilier la paix et l'union entre les rois leurs maîtres, pour la félicité mutuelle des deux nations. Il profitait de l'occasion de M. de Seyssan, avec qui il s'était expliqué sur les moyens de terminer la guerre et d'ouvrir une porte au roi son maître, pour en sortir avec honneur. Il était charmé de fournir à Stanhope l'occasion d'avoir tout le mérite de la paix, qui certainement le fortifierait toujours dans les bonnes grâces du roi son maître et lui donnerait beaucoup de réputation dans son pays aussi bien qu'au dehors. Ce n'était pas sans de grands efforts que le cardinal avait obtenu de son maître qu'il fit cette demande; mais aussi, il n'y avait point d'extrémités auxquelles Sa Majesté ne se réduisît, si la présente démarche devenait inutile. Alberoni attendrait impatiemment que M. de Seyssan lui fit part du succès de sa négociation.
Suivaient les conditions par lui proposées, dont le détail est inutile ici, parce qu'elles furent sans effet. Il y joignait des séductions secrètes pour l'Angleterre , l'accès du Mexique; pour l'Autriche, le mariage du prince des Asturies avec une archiduchesse '.
L. Stanhope, insensible à ce vain simulacre, aussi bien qu'à la garantie de belle réputation au dedans et au dehors dont le ministre de Philippe V lui tendait l'appât, n'eut garde de se prendre à une négociation séparée qui, pour premier résultat, l'aurait brouillé avec la France. Après une conversation courtoise avec M. de Seyssan, qui lui remit la lettre d'Alberoni, il coupa court et rembarqua d'autorité le malencontreux négociateur 2.