Weber, p
3. L. Peterborough à L. Stanhope, Novi, 20 novembre 1719. En anglais. L. Mahon, vol. II, p. 378. L. Peterborough au Régent, Novi, 20 nov. 1719. En français. Stair Papers, The Stair Annals, vol. 11, p. 122.
des Etats du roi d'Espagne, des princes d'Italie, et de lui, duc de Parme, exposé à la colère de l'Autriche, à raison de sa parenté avec la reine. Au départ de Scotti pour Madrid, le Régent, afin de stimuler son zèle et sa fermeté, lui alloua <c une douceur » de cinquante mille écus '.
Cependant les fils de ce complot vaste et compliqué, mais concentrés dans un petit nombre de mains, avaient échappé aux regards d'Alberoni, peut-être aussi, de son côté, moins avisé et moins bien servi dans sa décroissante fortune. L'arrivée prochaine de Scotti en Espagne ne l'inquiète pas. A la nouvelle du retour imminent du marquis, le cardinal écrit avec candeur au comte Rocca (S. Lorenzo, 23 octobre 1719) : « Dieu veuille qu'au moins tant de peines qu'il s'est données ne soient pas entièrement inutiles ». Le G novembre : « Le marquis Annibal, après un voyage pénible, est arrivé ici (à l'Escurial) le 31 du mois dernier ». Le 20 novembre (toujours à l'Escurial), il mande que ce qu'il ne peut pas confier au papier, le seigneur marquis le lui dira; et alors, le comte lui rendra justice et reconnaîtra qu'il est bien vrai que celui-là se trompe le plus souvent qui ne voit les choses que de loin.
Croit-il donc que Scotti va partir pour Parme? La cour rentre à Madrid. Alors, comme s'il sentait peser sur lui quelque astre néfaste, il écrit mélancoliquement à Rocca dans deux billets du même jour (29 novembre), comme dans une sorte de testament, qu'il lui pardonne de môme
1. L. Stair à Craggs, Paris, 21 octobre 1719. En anglais. liée. O/f., France, vol. II, 354. The Stair Annals, vol. II, p. 403. Lémontev, t. II, p. 278.
qu'il a pardonné à tant d'autres qui l'ont cru ennemi de la paix. Plût à Dieu qu'il eût dépendu de lui de l'accepter! Elle se serait faite dès le mois d'août de l'autre année. Un ministre n'a pas d'autre droit que de faire des représentations; c'est ce qui le différencie de son patron qui est maître de faire ce qu'il veut.
S'est-il aperçu que son compatriote, au lieu de retourner à Parme, songerait à prendre racine en Espagne? Il aime à prévoir qu'il s'ennuiera certainement de ce pays, très dissemblable de n'importe quel autre *. Tandis qu'il s'amuse de la sorte à un vain jeu de paroles, la nourrice trompe sa vigilance, lui qui tenait sous le joug de sa continuelle présence les souverains. Elle introduit auprès d'eux Scotti; et celui-ci, selon les ordres du duc de Parme, leur représente avec force qu'Alberoni est le seul obstacle à une paix nécessaire; il leur montre des lettres du ministre rejetant la responsabilité de la guerre sur le roi (assertion plus imprudente que fausse, à vrai dire), le déracine de leur esprit, et le précipite dans la boue de sa basse origine, cette même lie du peuple dont, en France, on barbouillait Dubois. A ce prix, la reine espère obtenir de meilleures conditions de paix.
Le 4 décembre au soir, Alberoni travaille, comme de coutume, avec le roi, qui ne laisse apercevoir aucun changement dans ses manières. Puis, il a une longue conférence avec Scotti : le lendemain matin, il est chassé (5 décembre 1719).
Laissons parler Dubois.
L'abbé donne la primeur de ce coup de théâtre à L. Stanhope, le 18 décembre 1719, et lui en rapporte le mérite. « On ne peut pas apprendre ce dénouement sans
1. Emile Bourgeois, Lettres intimes d'Alberoni, p. 640 et suiv.
faire réflexion, mylord, sur la justice qu'on doit h Votre Excellence d'avoir proposé de si grands projets et des mesures aussi justes pour les conduire à leur fin et pour épargner par des soins et des dépenses médiocres et passagères les malheurs infinis qu'une guerre générale pouvait attirer f ».
Le jour suivant, il informe L. Stair 2 :
« Nous savons enfin, Mylord, que ce que l'on a murmuré hier et ce matin touchant l'expulsion du cardinal Alberoni est véritable. Le 5 de ce mois, le roi et la reine, avant que d'aller à la chasse au Pardo, ont mis entre les mains de don Miguel Durand 3 un décret écrit de la main du roi, portant défenses au cardinal Alberoni de s'immiscer davantage dans le ministère, de se présenter au palais ou ailleurs devant leurs majestés catholiques, ni devant aucun des princes de la maison royale ; avec ordre de sortir de Madrid dans huit jours, et dans trois semaines des terres de la domination d'Espagne ; et le roi a inséré dans le décret qu'il avait pris cette résolution pour oter l'obstacle à la paix. Cet ordre lui a été signifié avant que le roi et la reine soient revenus de la chasse. Le cardinal se propose de passer en Italie... »
L. Stair aurait dû être charmé de la révolution de palais qui, en un clin d'oeil, délivrait la Grande-Bretagne et la France d'un ennemi redoutable par la fertilité de ses combinaisons. Mais le Régent et Dubois ayant laissé passer quelques jours, peut-être pour être plus sûrs, avant de l'instruire de l'événement, il voit aussitôt le gouvernement français désertant aux jacobites, à la vieille cour et même à l'Espagne. A peine se rassure-t-il quand le Régent lui