‹ Le RégentChapitre 83 sur 196 · Don Miguel Duran, secrétaire d'Etat · texte numérisé non relu

Don Miguel Duran, secrétaire d'Etat

dit qu'il ne faut rien relâcher des préparatifs de guerre, et presse effectivement l'augmentation des troupes dans l'éventualité d'une seconde campagne1.

Quant au cardinal, renversé par cet éclat de foudre que rien ne lui avait fait pressentir, il ne démentit pas la vigueur de caractère qui le soutenait dans les crises : ni plaintes, ni gémissements. Il se domina au point d'adresser dès le 6 décembre, au comte Rocca, ce bref bulletin de la catastrophe : « Votre Seigneurie apprendra du marquis Annibal Scotti ce qui se passe. C'était le moindre sacrifice qui se pût faire pour donner la paix à l'Europe 2. »

A sa demande d'un passe-port pour la France et l'Italie, Dubois, ayant toujours « oiiy dire qu'il falloit faire un pont d'or à ses ennemis », le donne d'accord avec L. Stair. « Il me semble, dit-il, que nous ne pouvons procurer trop tôt la sortie de ce brouillon hors de l'Espagne. » Pentenriedter fit quelques difficultés pour l'Autriche; mais il céda.

Alberoni prit d'ordre du roi sa route par l'Aragon et la Catalogne. Attaqué, dépouillé près de Lerida et de Girone par des soldats envoyés à sa poursuite et par des miquelets, il s'écria en franchissant la frontière de France : « Grâce au ciel! me voilà sur une terre de chrétiens ». Le Régent avait délégué, pour l'escorter et le surveiller, le chevalier de Marcien, auquel il fit d'étranges confidences sur le couple royal. Marcien l'accompagna jusqu'à Antibes, d'où il gagna par mer l'État de Gênes ; il s'abrita contre le ressentiment du pape à Sestri di Levante, janvier 1720.

Ainsi finit par une sorte de strangulation à l'orientale le fuligineux ministère d'Alberoni. Non pas que cet homme d'État ne fût doué de très belles qualités de gouvernement

1. L. Stair à L. Stanhope, Paris, 27 décembre H 19. En français. Stair Papers, Oxenf. Castle, vol. III, B.

Page 1