CHAPITRE XIY
Prestige militaire, prestige financier, tel avait été l'enviable lot de la Régence en 1719. Le système de Law, alors dans le plein essor de sa fabuleuse prospérité, avait pourvu amplement au nerf de la victoire.
On ne se propose pas ici de refaire, après les maîtres, l'histoire du système de Law, mais seulement d'en élucider, dans les limites de notre sujet, certaines parties demeurées jusqu'à présent inconnues malgré leur importance, ou mal comprises, c'est-à-dire le côté international, le rôle que les Anglais y jouèrent, disons mieux, la ligne de conduite que le gouvernement de George Ier adopta à l'égard de Law. Il est de règle chez nous d'attribuer à nos alliés du moment une politique de jalouse et sournoise hostilité, travaillant sous le couvert de l'amitié à préparer, à précipiter la catastrophe, dans l'espoir d'y ruiner la France.
Ecoutons d'abord nos historiens. Henri Martin, à propos des périls intrinsèques et des ennemis qui, en France, dès l'été de 1719, menacèrent le système, après avoir dit que M. d'Argenson épiait l'occasion de se venger de Law,.
ajoute : « Un homme plus puissant sur l'esprit du Régent, le ministre Dubois, d'abord favorable à Law, avait reçu de l'Angleterre, à laquelle il était vendu, des instructions hostiles ; le cabinet de Londres voyait avec jalousie l'or britannique se dérober à la Compagnie de la Mer du Sud et à la Compagnie anglaise des Indes pour affluer à Paris; il avait compris quel essor allaient prendre les colonies et la marine françaises sous une direction habile et hardie, et il ne rêvait que d'abattre l'auteur du système. Déjà l'arrogant ambassadeur Stairs avait eu avec son compatriote Law des altercations si violentes, que le ministre Stanhope, pensant qu'il fallait miner et non attaquer de front, jugea prudent de désavouer et de rappeler Stairs * ».
De toutes ces affirmations, une seule est exacte, c'est le rappel de Stair à cause de ses altercations avec Law. Encore y a-t-il erreur sur le vrai motif du rappel. On le verra plus loin.
Selon Michelet, le politique Stanhope veut la ruine du système dans l'intérêt de la compagnie anglaise de la Mer du Sud et de la marine britannique. Mais, loin de laisser soupçonner ses projets, il se montre favorable à Law, blâme la violence de Stair contre lui, promet même de le remplacer. De sa personne, il passe le détroit, vient s'arranger avec Dubois pour les affaires d'Espagne « et autre chose aussi, sans doute 2 ».
L'illustre historien s'est trompé, et sur les vues, et sur les prétendues machinations de Stanhope qui, au vrai, n'était rien moins qu'un machinateur.
C'est ce qui va résulter de l'étude des documents authentiques et des correspondances des hommes d'Etat britan-