La Régence, p
niques entre eux, ministres, ambassadeur, L. James Stanhope, James Craggs, L. Stair !.
Les Anglais se jetèrent avec emportement dans le système, éblouis par cette extraordinaire aventure financière. Après la paix, après l'alliance entre les deux royaumes succédant à de si longues inimitiés, le besoin d'activité, l'imagination les entraînaient dans la carrière si nouvelle que leur ouvrait un compatriote parmi les séductions de Paris. Mais il convient de distinguer chez eux les financiers spéculateurs et les pouvoirs publics. Quand les Anglais spéculent à Paris, ils agissent comme particuliers pour leur compte, à leurs risques et périls, et non pas comme instruments de leur gouvernement. De môme les Français, quand ils spéculent à Londres, ne sont pas davantage les instruments du Palais-Royal. Tout au plus peut-on admettre chez les uns et chez les autres quelque ferment de la vieille rivalité nationale, mais les deux marchés sont autonomes. Le ministère anglais ne cherche ni à refréner ni à nuire. Il ne se retranche même pas dans une neutralité bienveillante. Favorable au système, il en témoigne par des actes. 11 se garde de se mettre en travers de cet irrésistible mouvement qui eût bouleversé en se jouant et digues et mines, et dont il a d'ailleurs bonne opinion. Son attitude est loyalement amicale.
On sait que, dans le principe, l'ambassadeur de George Ier, L. Stair, avait fait bon accueil à John Law, Ecossais comme lui, et que Stanhope, lors d'un voyage à Paris dans l'été de 1718, lui recommanda de travailler à mettre bien ensemble l'abbé Dubois et Law. En ce moment la banque générale, création de ce dernier, mais jusque-là entreprise
1. Record Office, France, vol. 354, 361. Stair Papers, Oxenfoord Castle, particulièrement vol. III, B. The Stair Annals, vol. II, Hardwicke Papers> vol. II, Lord Mahon, History of England, vol. I et II, éclit. Tauchnilz.
particulière, s'annonçait très brillamment. Les ministres anglais, à l'approche de la guerre d'Espagne, se préoccupèrent d'aider le gouvernement français à se procurer les ressources financières dont il était dénué, et ce fut en partie sous leur influence, et pour ce motif, que la banque générale fut transformée en banque royale. L. Stair, témoin des débuts et de l'essor merveilleux de cette nouveauté, ne peut se tenir d'en éprouver du trouble et de la jalousie comme citoyen de la Grande-Bretagne, dévoué passionnément à la maison de Hanovre. Néanmoins il rend compte exactement à Londres, et il demeure correct à l'égard du Régent. Si grondeur, si ombrageux, si railleur qu'il soit, il fait son devoir. Il ne participe à aucune intrigue contre le système même, bien qu'il en arrive peu à peu à entreprendre, sans l'aveu de son gouvernement, de renverser l'auteur du système; mais alors, sans aucune manœuvre occulte de conspirateur, uniquement en agissant sur l'esprit et par les mains du duc d'Orléans. Et voilà ce qui causera sa disgrâce.
C'est seulement au cours de l'été de 1719, que le système prend place, et une place considérable, dans la correspondance de L. Stair avec L. Stanhope et le secrétaire Graggs *,
Rappelons la situation telle qu'elle se développe des deux côtés du Canal.
A Paris, Law a été autorisé, par lettres patentes du
1. Quant à l'histoire proprement dite du système et aux incidents journaliers du marché, les vol. France, 355, 356, 358, contiennent de nombreuses correspondances qui ne rentrent pas dans notre sujet.
232 LE RÉGENT, L'ABBÉ DUBOIS ET LES ANGLAIS. 2 mai 1716, à établir pour son compte particulier, « à l'exemple de ce qui se passe dans les États voisins », une banque générale; et le duc d'Orléans « a cru qu'il n'était point indigne de son rang et de sa naissance d'en être déclaré le protecteur1. » La banque générale est érigée en banque royale, le 4 décembre 1718. Il y a déjà plus d'un an que, sur la proposition du conseil des finances, Law a créé, en août 1717, la Compagnie d'Occident pour la colonisation de la Louisiane, le prestigieux Mississipi.
Cette compagnie achète la Compagnie du Sénégal en décembre 1718. Au mois de mai 1719, elle y joint le privilège exclusif du commerce des Indes orientales et de la Chine et devient la Compagnie des Indes2. Le 27 août suivant, elle obtient le bail général des Fermes et s'engage à prêter au roi une somme de douze cents millions pour rembourser ses dettes, les rentes et les charges sur les Aides et Gabelles, les Tailles, les Fermes, les billets de l'Etat, etc.
Cette dernière opération, en frappant les imaginations, porte à son comble l'enthousiasme du public, fasciné par l'appareil fantastique de tant de richesse éclose à la baguette du magicien.
A Londres, la guerre contre Louis XIV pendant les règnes de Guillaume III et d'Anne, a élevé la dette publique à cinquante-deux millions de livres sterling portant un intérêt annuel de trois millions sterling3, chiffre énorme dont la révélation, au lendemain de la paix, consterna le peuple anglais. 11 y faut chercher du remède.
A cet effet, Robert Walpole, premier lord de la Tréso-
\. Anciennes lois françaises, t. XXI, p. 100.
2. La compagnie des Indes Orientales, dont Law rachetait le privilège, avait ete créée par Louis XIV et Colbert en 1664.