Lord Mahon, vol. II, p
immense popularité à Londres; et lorsque le parlement est appelé à se prononcer entre les deux Sociétés, celle de la mer du Sud triomphe de la Banque par la splendeur de ses propositions qui sont adoptées le 5 (16) juin 1717. L'année suivante, elle ne croira pas amoindrir la dignité royale en offrant, ni le roi déroger en acceptant le titre de directeur, avec l'assentiment des deux Chambres l.
Ainsi, les premières mesures prises en Angleterre pour transformer, soit la Banque, soit la Compagnie de commerce en un instrument financier de crédit et de règlement de la dette publique, précédèrent de dix-huit mois les mesures prises en France dans le même ordre de faits, c'est-à-dire l'érection de la banque de Law en banque royale et l'adjonction du concours de la Compagnie d'Occident. Tout à l'heure nous rappelions que le Régent, dans ses lettres patentes du 2 mai 1716 pour l'établissement de la banque générale, s'autorisait de l'exemple des Etats voisins. Il n'y a donc pas à parler sur ce point de jalousie britannique suscitée par l'initiative des Français, puisque ce furent les Anglais qui ouvrirent la voie et, en quelque sorte, la frayèrent aux Français, ceux-ci n'étant au vrai et de leur propre aveu que leurs disciples.
Il n'est pas plus exact de dénoncer l'astucieuse stratégie du ministère anglais pour protéger la Compagnie de la mer du Sud et la Compagnie anglaise des Indes contre l'essor qu'allaient prendre les colonies et la marine françaises sous l'impulsion de Law. Il y a ici une illusion
1. L. Mahon, vol. I, p. 275, 285-287, Hansard's Parlementai')/ Ilistonj, vol. VII, p. 424-470, 536.
d'optique. Attendu que les compagnies et les gouvernements des deux nations se disputèrent avec fureur, au milieu du xvme siècle , les colonies d'Amérique et l'empire de l'Inde, on est porté à croire que dès la régence existait, surtout chez les Anglais, un antagonisme haineux, bouillonnant, tout prêt à faire explosion ; et l'on croit entendre déjà le bruit des armes. Il n'en était rien.
En Amérique, les Anglais s'étaient fait céder, avec l'Acadie, Terre-Neuve comme pêcherie, nullement comme base d'un futur empire. Les Français conservaient ce qu'on pourrait appeler leur empire dans cette partie du monde, la Lousiane, le Canada, sans trouble, sauf des incidents de limites avec les colons de la Nouvelle-Angleterre.
Aux Indes, on en était seulement à la période des comptoirs de commerce, surtout les Anglais. Le Grand-Mogol, Aureng-Zeyb, venait à peine d'expirer (1707) ; et son empire, bien que voué à une dissolution prochaine, n'était pas dans un état de défaillance à tenter déjà les Européens de s'y infiltrer par d'opportunes fissures. Les Anglais possédaient seulement Bombay, cession des Portugais à Charles II en 1G61; Madras, fondé en 1639 sur la côte de Coromandel; Calcutta au Bengale en 1G98. « Le territoire des Anglais dépassait à peine la portée du regard hors de leurs villes; leur organisation militaire n'avait pas d'autre objet que de n'être pas molestés dans leur commerce. Loin d'aspirer à conquérir et à s'agrandir, ils en étaient à trembler souvent pour leurs foyers. » Ce ne fut qu'en 1742 qu'ils creusèrent un fossé autour d'une partie de Calcutta. Deux compagnies de commerce anglaises existaient, aigrement hostiles l'une à l'autre. On ne parvint à les fondre en une seule, en 1708, qu'avec beaucoup de peine l.