L. Mahon, vol. IV, chap. xxxix
Quant aux Français, ils possédaient Pondiehéry, fondé en 1683 dans le Coromandel; Chandernagor au Bengale, occupé en 1688; au large, dans l'océan Indien, Bourbon, colonisée en 1646; et l'île de France, en 1710.
Ainsi, chez les deux nations, il n'y avait encore dans l'Inde ni empire colonial à créer ni compétition franchement déclarée ou seulement tortueuse rivalité. On touchait à l'époque héroïque des La Bourdonnais, des Dupleix, des Clive; et on ne le soupçonnait même pas.
Il y a plus : si, avant que se lève l'astre sanglant de cette lutte gigantesque, la Compagnie française rencontre parmi les Européens des jaloux, des ennemis ayant voué sa perte, ne regardez pas du côté des Anglais. Ce sont les Hollandais, dont personne pour ainsi dire chez nos historiens actuels ne prononce le nom. Altérés de vengeance contre Louis XIV, et peu satisfaits de posséder Ceylan avec les îles de la Sonde, ils prennent pied sur la terre ferme, enlèvent Pondiehéry pendant la guerre de la ligue d'Augsbourg, l'agrandissent, la fortifient, pour être la future capitale d'un empire continental dans le Carnatic, de même que déjà Batavia règne sur leur empire insulaire. Mais la paix de Ryswick (1697) dissipe ce rêve en les obligeant à la restituer telle qu'ils l'ont embellie. François Martin, qui l'avait fondée quatorze ans auparavant, en reprend l'administration. C'est entre ses mains qu'elle deviendra le siège de l'empire français dans l'Inde.
On le voit, à l'époque de la Régence, les rivalités maritimes et coloniales entre Français et Anglais ne pesaient guère dans la balance ; et ces derniers n'avaient pas de ce chef les mobiles d'hostilité qu'on leur prête contre le système de Law.
Ces rivalités coloniales, commerciales, financières, entre les deux Etats, si elles avaient existé telles qu'on se
plaît à les supposer, auraient eu assurément leur écho dans les débats du parlement, où la question de la dette et des voies et moyens de l'alléger préoccupaient à juste titre les esprits, sans distinction de partis. Nulle part la France n'est mise en cause 1. Si un premier projet d'emprunt butte contre des obstacles, Robert Walpole, son auteur, dénonce simplement les manœuvres des agioteurs, 8 (19) mars 1717. Les offres concurrentes de la banque d'Angleterre et de la Compagnie de la Mer du Sud ne font aucune allusion directe ou indirecte à la France. Au cours de la délibération qui s'engage alors, un membre des communes parle de la France, seulement pour expliquer comment l'Angleterre a maintenu son crédit tandis que la France n'en a point. (Séance du 20 [31] mai 1717.) Plus tard, lorsque chez les lords, 23 janvier (3 février) 1718, Stanhope cherche les raisons de la rareté du métal argent dans le royaume, il l'attribue au luxe croissant de la vaisselle plate, à l'exportation de lingots et autre argenterie aux Indes Orientales, enfin au commerce clandestin d'exportation d'argent contre l'importation d'or avec la Hollande, l'Allemagne et autres endroits 2. Le nom de la France ne vient pas sur ses lèvres.
Les lords, dans cette discussion, gardent leur sang-froid; malgré la pénurie des espèces, le débat se clôt par la décision qu'il ne sera rien changé au titre des monnaies d'or et d'argent, 25 janvier (o février) 1718. Pas un mot non plus ni sur ni contre la France.