A HENRY MIRAULT
— Deux.
— Et lequel a été compromis?
— Le jeune.
— Qu'est41 devenu?
— 11 s'e^t sauvé.
— Où?
— A Vienne, où il a été tué, dit-on, pendant les dernières insurrections.
— A merveille !
Gela marchait comme sur des roulettes.
— Mais, reprit mon vis-à-vis, ce n'est pas bien sûr qu'il ait été tué.
— Que serait-il devenu, alors ?
— Il serait parti pour l'Amérique, et, comme c'était un noble, la police a fait courir le bruit qu'il était mort.
— Oui, on dit toujours cela. Et l'autre iils, où est-il ?
— Dans le pays.
— Il y a eu un procès ?
— Très-long.
— Qu'ont prouvé les débats ?
— llien.
~ Cependant, qu'ont dit les témoins?
— Il n'y en avait pas.
— Et l'accusé?
— Il a nié. Heureusement...
IXIY A HENRY MiriAULT
— Ah ! quel bonheur 1 il y a un adverbe con jonctif.
— Vous dites ?
— Rien. Continuez, je vous en prie
— Heureusement, il y avait VintendanU
— Quel intendant ?
— Celui qui avait donné l'argent.
— Quel argent?
Je commençais à reperdre le fil.
— L'argent pour payer le crime.
— Qui lui avait donné ordre de donner cet argent?
— Le fils.
— Ah 1 quel grand seigneur que ce fils ! Il faisait assassiner sa mère par un domestique, et faisait payer le domestique par son intendant. Quel homme d'ordre et d'étiquette ! Mais alors, on a dû trouver sur le livre de ses dépenses : « Pour avoir fait assassiner maman, tant. :•
Mon compagnon se mit à rire, charmé de ma saillie.
— Oh! écrivez cela, me dit-il, écrivez cela: ■e'est très-drôle.
— Je ne demande pas mieux que d'écrire cela, «t toute l'histoire de la i^rincesse Slupna, mais raeontez-la moi.
— Je vous dis tout ce que je sais.
A HENRY MIRAULÏ XXV
— Vous comprenez très-bien, mon cher monsieur, que, pour faire un livre, et pour intéresser le public, ce grand difficile, il faut autre chose qu'un fait bruta'i, comme l'assassinat d'une mère par son fils. Il n'y a pas besoin de venir en Silésie pour rencontrer un fait pareil ; malheureusement, il n'est que trop fréquent dans tous les pays de la terre. Ce qui peut, ce qui doit être intéressant, ce n'est donc pas l'effet, c'est la cause. La mort de la princesse, voilà le dénoûment, très-bien, je l'accepte ; mais les événements, les passions, les circonstances qui ont amené ce crime et conduit ce jeune homme, de race noble, riche, heureux, à tuer sa mère, voilà ce qu'il faut que je sache, voilà le privot sur lequel l'intérêt du récit doit poser et tourner. Dites-moi donc tout.
— Je vous répète que je n'en sais rien , ni moi ni personne.
Cela devenait irritant.
— Mais cet intendant? repris-je.
— L'intendant n'en savait pas plus long que les autres.
— Cependant, il avait donné l'argent?
— Oui, mais sans savoir pour quelle cause. Son maître lui a dit : « Donnez cette somme à un tel ;» il l'a donnée et a pris un reçu; seulement, comme