‹ Le régent MustelChapitre 11 sur 23 · XXVI A UENRY MIR.VULT · texte numérisé non relu

XXVI A UENRY MIR.VULT

le crime a été commis le lendemain, et que le fil* a disparu brusquement, on en a conclu...

— Que cet argent était destiné à payer le crime-

— Yoilà. Maintenant, c'est à vous de bâtir une kistoire là-dessus, ou plutôt là-dessous.

— Ahl je comprends : comme personne ici ne sait la vérité, vous voulez que je vous l'apprenne en l'inventant. Voilà ce que vous appelez un roman tout fait? Quelle idée vou« avez de la littérature ! Vous croyez qu'un roman se fait comme une règle de géométrie, qu'il en est d'un triangle moral comme d'un triangle physique, et, qu'étant trouvé le dénoûment, c'est-à-dire le sommet, il est très-facile de trouver la cause, c'est-à-dire la base? Ce serait charmant s'il en pouvait être ainsi. Oui, dans des études psychologiques, on peut arriver à des déductions à peu près infaillibles, et dire qu'un homme qui, placé dans telle ou telle situation, a fait telle ou telle chose, pourra, dans tel autre cas, agir de telle autre façon; mais, sur la brutalité d'un pareil meurtre, sur la bêtise d'un homme qui fait tuer sa mère par des moyens aussi naïfs, il n'y a à faire que les conjectures he plus banales. Peut-être toute cette ailaire cachet-elle un drame des plus intéressants et une étude morale des plus nouvelles; mais, pour que je découvre ce trésor, donnez -moi un raj'on , une

A IIENUY ÎIIRAULT XXVII

étoile, une lanterne, quelque chose, enfin, qui m'éclaire et me mette sur la voie ; sinon , je pataugerai dans les invraisemblances et me perdrai dans les lieux communs.

— Attendez donc! attendez donc 1 reprit mon Prussien avec cette intonation qui annonce le retour de la mémoire et les premières lueurs du jour dans l'esprit: en effet, d'autres événements ont précédé celui-là , des événements bizarres I

— Vous voyez bien. Allons, allons, cherchez 1

— Le père avait été un scélérat, dit-on; moi, je n'affirme rien.

— Le père de qui?

— Le père des deux jeunes gens,

— Le maii de la princesse, alors?

— Oui.

— Voilà une jolie famille I Qu'est-il devenu? — Il est mort depuis longtemps. Mais il lui était

arrivé une aventure autrefois. Sa femme ne pouvait pas avoir d'enfants.

— Elle en a eu depuis, cependant; cela ne lui a môme pas beaucoup réussi.

— C'est vrai ; mais, pendant un temps assez long, elle n'en eut pas. Or, comme la fortune du mari revenait à la lamille de son père si, au bout de dix ans de mariage, il n'avait pas d'hériti ers, il voulait absolument en avoir un. Alors, il alla

XXVIII K HEXRY MITwVULT

trouver une paysanne qui venait d'accoucher d'un garçon, lui acheta ou lui prit cet enfant, le fît baptiser et le reconnut comme le fils de la comtesse.

— Ahl ah! ceci n'est pas trop mal, et c'est sans doute cet enfant qui, devenu homme, a faii assassiner la fausse mère pour venger la mère véritable de ce qu'on lui avait pris son enfant, et puis il est allé se faire tuer après pour la cause du peuple dont il sortait. Est-ce cela? Ce ne serait peut-être pas tout à fait nouveau ; cela sentirait encore un peu le mélodrame de Pixérécourt, mais enfin, il y aurait peut-être quelque chose à en tirer.

— Non, non ! ce n'est pas cela. Quand cet enfant a été bien proclamé, bien de la famille, bien l'héritier du prince, la princesse est devenue véritablement mère.

— J'aime mieux cette péripétie.

— Et, pour rattraper le temps perdu, elle est devenue mère deux fois de suite. De là, les deux enfants, dont l'un l'a tuée.

— Bon I très-bon ! Et qu'a dit le mari ?

— Il a été bien étonné !

— Alors?

— Alors, il est venu offrir à Napoléon de lève? une armée à ses frais.

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