‹ Le régent MustelChapitre 7 sur 23 · XII A HENRY MIRA.ULT · texte numérisé non relu

XII A HENRY MIRA.ULT

de cette rivière, mais c'est ainsi qu'il se prononce, de la Shemsha qui traverse lentement une langue de terre autrichienne et qui va se perdre, jaune et triste, entre les monticules du fond. A droite, après avoir été interrompue par Myslovitz , la plaine recommence, et encore les sapins, étages en pentes douces, mais sombres et menaçants. De ce côté-là, pas un homme. C'est la fin du monde, et ce n'est pas sans une certaine terreur qu'on pénètre sous ces arbres sinistres, dont on fait le bois des bières et les sentinelles des tombes, sous ces arbres où le soleil n'a jamais osé descendre et au::quels il ne manque plus, pour être tout à fait logiques, que de produire les clous avec lesquels on scelle le mort dans les planches qu'ils fournissent. Il faisait froid, le ciel était gris, je n'eus pas, le premier jour, le courage de visiter les profondeurs de ces sombres horizons, sur lesquels s'amassaient de gros nuages d'un ton d'ardoise et d'étain.

Je rentrai h l'hôtel et je commençai à me demander ce que j'étais venu faire à Myslovitz, cai f'hôtel, déserté des hôtes de la veille, locataires in grats, voyageurs rapides, comme il en passe tant Jans les villes frontières, où ils ne posent le pied que pour prendre un élan nouveau, l'hôtel n'était guère plus gai que ce qui l'entourait. En face de

A HENRY MIRAULT XIH

quatre ou cinq jours à passer là, tout seul, et malgré l'appât do l'histoire promise, je fus convaincu que j'allais terriblement regretter d'y être venu. J'avais à rester assez de temps pour l'ennui, pas assez pour le travail, car un travail interrompu par des malles à faire et à reprendre plus tard au fond de ces malles, s'il n'est tout à fait perdu, court grande chance d'être incomplet et manque certainement d'unité. L'écrivain a ses exigences, ses habitudes, ses manies. Il lui faut, pour écrire avec conscience et liberté, avoir arrondi autour de sa table tous les angles de sa vie. Il faut que la chambre où il se met à l'œuvre soit chaufiéo d'un travail précédent. Il a besoin d'une même atmosphère morale pour faire éclore sa pensée, cette plante difficile, et les plumes et même le papier dont il se sert doivent avoir été vus et touchés souvent par sa main. Les encriers tout propres, les plumes toutes neuves, le papier d'une forme ou d'un grain inaccoutumés, sont autant d'obstacles à vaincre, et de plus grands obstacles qu'on ne croit. L'esprit, cetœilde l'âme, a, comme les yeux du corps, ses lignes et ses couleurs familières, et, quand le hasard les change, il est longtemps à se remettre de ses distractions et à se rasseoir résolument et commodément dans une pensée à suivre. Tu sais cela aussi bien que moi. De retour

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