II. — ILe Boerenbond belge
Le Boerenbond belge a été fondé le 20 juillet 1890. Il a son siège social à Louvain.
On peut dire qu'il est l'œuvre capitale de MM. Helleputte et Schollaert, le premier étant toujours président, le second, viceprésident.
Ceux-ci avaient été intéressés de bonne heure par les projets dont un des leurs, M. l'abbé Mellaerts, caressait la réalisation et qui, après un voyage d'étude en Allemagne, se proposait de grouper les paysans en corporations, à l'instar de ce qui se pratique avec succès dans ce pays.
Ensemble, ils provoquèrent une réunion d'agriculteurs à Louvain. Il fut décidé que les catholiques créeraient, au sein de chaque village, des gildes agricoles à caractère paroissial et qui seraient réunies en une vaste fédération nationale : le Boerenbond belge.
L'idée, depuis, a fait du chemin, si on s'en rapporte aux chiffres accusés par les bilans successifs, qui nous montrent, quant aux effectifs, que le Boerenbond comprenait :
— réunis en 426 gildes ;
Le Boerenbond a un triple objet : défendre les intérêts religieux, moraux et matériels des paysans, poursuivre l'amélioration de la législation agraire et enfin procéder à l'organisation corporative de l'agriculture.
Le secrétariat général, dirigé primitivement par M. l'abbé Mellaerts, auquel a succédé depuis quelque temps M. le chanoine
En 1903
En 1905
En 1906
En 1907
En 1908
En 1909
En 19 10
Luytgaerens, représente la direction administrative de l'œuvre et, sous le contrôle d'un conseil d'administration, organise les divers services.
Ceux-ci sont nombreux et répondent à la division en sections prévue dans les ligues affiliées :
Un comptoir d'achat et de vente, constitué sous la forme anonyme, de semences, engrais, matières alimentaires pour le bétail, charbon, machines agricoles et instruments aratoires, appareils pour laiteries à bras et à vapeur ; à ce comptoir sont annexés un moulin, sis à Anvers, pour la mouture des tourteaux de lin et le concassage du mais ; un magasin et une succursale à Hasselt.
Les membres affiliés aux ligues qui désirent profiter des avantages accordés par le Boerenbond dans la livraison de ces divers articles transmettent leurs commandes au comptoir de Louvain par l'intermédiaire de leur gilde, qui ne peut statutairement faire la vente des matières premières. Des bons d'analyse des engrais chimiques sont délivrés gratuitement, soit par le Bond, soit par le marchand d'engrais, si celui-ci accepte l'agréation de l'Etat ; les analyses se font avec toutes garanties dans les laboratoires officiels.
Quelques chiffres permettent de se rendre compte de l'importance progressive de ce service :
Ventes effectuées aux gildes.
Charbon (engrais compris)
— exclusivement Engrais ....
Aliments pour le bétail .
en 1898 fr. 657,789
.en 1908 1,759.475
.en 1901 879,000
. en 1909 1,732,000
. en 1901 1,465,000
. en 1909 1,732,000
Le moulin d'Anvers produit 50,000 kilogrammes de farine de lin par jour.
Crédit agricole. — Les ligues ont presque toutes des sections de crédit ; là où il n'en existe pas, on a créé des caisses locales Raiffeisen, les unes et les autres rattachées à la caisse centrale du Boerenbond. Elles ont pour objet de faire des avances de fonds, à des conditions avantageuses, à leurs membres et de recevoir les fonds de ces derniers en dépôt.
Nous nous occuperons ultérieurement de l'économie de ces caisses, véritables banques populaires, mais d'un mécanisme à ce point compliqué, surtout pour des cultivateurs ignorants, qu'il faut le concours permanent d'une personne bien initiée et instruite pour en assurer la gestion. Les cléricaux, en favorisant le développement de ce genre d'institutions pour organiser le crédit rural, trouvaient
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dans le clergé les hommes d'œuvre nécessaires pour l'accomplissement de cette tâche. Nous nous bornerons ici à rappeler ce que représente la seule organisation de Louvain. A cet égard, quelques chiffres sont édifiants :
En 1897, il y avait en Belgique 159 caisses Raiffeisen, dont 95 rattachées à la caisse centrale de Louvain.
En 1909, nous relevons l'existence de 618 caisses, dont 304 affiliées à la même caisse centrale avec 20,898 membres.
Les fonds mis en dépôt par les membres sont en ce moment suffisamment importants pour dispenser les caisses de solliciter l'intervention de la Caisse d'épargne, qui, comme on sait, est autorisée par la loi à leur faire des ouvertures de crédit.
L'avoir social lui-même, formé par des bénéfices sans cesse plus conséquents et aussi par les parts souscrites pour toutes les avances de fonds consenties aux caisses locales, n'a cessé d'augmenter :
Années Nombre d'actions souscrites Valeur du fonds de garantie
1897 .... 220 fr. 220,000
Le roulement de fonds se présente ainsi :
1897 . . fr. 522,058.46 1909- . . fr. 24,809,299.03 1904 . . fr. 7,375,965.04 1910 . . fr. 36,000,000.00
La caisse centrale de Louvain étend ses opérations aux prêts hypothécaires, soit par l'intermédiaire des caisses locales, soit /directement aux intéressés ; à cette fin, elle émet des obligations de 100, 200, 500 et 1,000 francs, à 3.25 pour cent.
Le total des prêts consentis dans ces conditions s'élève à 2,244,600 francs, pour 449 prêts.
Les dépôts de fonds confiés à la caisse centrale depuis sa fondation jusqu'à ce jour s'élèvent à 5 1 millions de francs, et à la date du 30 mars dernier, le solde de ces mêmes dépôts était de 19 millions de francs.
Les caisses Raiffeisen sont inspectées annuellement par Ja caisse (centrale. Des cours sont organisés au mois de septembre pour caissiers et administrateurs, ainsi que des assemblées régionales entre dirigeants des caisses locales.
Le service des laiteries. — Le Boerenbond organise une propagande active pour l'extension des sociétés coopératives de laiterie. Il documente ceux qui veulent créer ces œuvres. A l'instar de ce qui existe à la Fédération agricole du Hainaut et à la Ligue luxembourgeoise, il a annexé à ses services une section s 'occupant de
l'acquisition de machines agricoles et d'ustensiles de laiterie perfectionnés. Cette section a fourni à des conditions fav'orables à plusieurs ligues locales un outillage qu'elle met à la disposition des membres moyennant une légère redevance.
La valeur des machines agricoles possédées au 3 1 décembre 1908 par les ligues reconnues s'élevait à 383,700 francs. Les dites fédérations ont également monté, à l'intervention de leurs sections spéciales, plusieurs laiteries. Elles ont organisé un service d'inspection qui a pour but de contrôler la comptabilité des sociétés, de rappeler aux directeurs les obligations légales des coopératives et de les tenir au courant des progrès de l'industrie laitière.
Une centaine de laiteries sont affiliées à la direction centrale ; celle-ci est chargée par les pouvoirs publics de l'inspection et perçoit annuellement une somme de 25 francs par laiterie inspectée. Au siège du Bond a été organisé un laboratoire d'analyses, qui est mis à la disposition des membres.
La caisse commune iVassurance et l'assurance agricole constituent deux autres services, fonctionnant depuis 1905, peu après l'entrée en vigueur de la loi du 24 décembre 1903 sur les réparations dues pour accidents de travail.
La première de ces caisses garantit les cultivateurs et petits industriels agricoles, assujettis à cette loi, quant aux accidents du travail survenus aux ou\riers ; elle assure aussi les patrons qui, \olontairement, se soumettent à cette loi . Dans la seconde de ces caisses peuvent s'assurer les cultivateurs pour les accidents survenant à eux-mêmes ou à leur personnel familial, ainsi que la responsabilité civile vis-à-vis de tiers.
La caisse commune d'assurance des cultivateurs belges n'a cessé de prospérer depuis sa fondation. Son mouvement d'affaires se présente ainsi :
Années Nombre de polices Nonib e d'hectareà Salaires assurés
31 décembre 1906 8,098 160,764.05 4,457,898
3 1 décembre 1907 8,640 166,081.69 5.053j4'ï
31 décembre 1908 8,907 167,966.21 5i4i3!505
31 décembre 1909 9>i35 168,651.08 5,847,265
Pour l'assurance agricole, la progression des affaires est plus accentuée qu'elle ne l'est pour la caisse commune : 1,542 polices ont été réalisées en 1909.
Voici le relevé du mouxcment d'affaires depuis sa fondation :
Années Nombre de polices Nombre d'hectares Salaires assurés
31 décembre 1906 10,204 170,922.23 3,421,969
31 décembre 1907 11,364 182,546.2g 3.795.587
31 décembre 1908 12,418 192,314.64 4,119,771
31 décembre 1909 13. 59° 203,249.34 4,413,841
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Divers services d'assurance sont organisés à l'initiative riu Boerenbond.
'L'assurance contre la mortalité du bétail et des chevaux et, depuis peu, V assurance caprine et porcine.
Les gildes locales ont, comme nous l'avons vu, des sections spéciales d'assurance ; celles-ci sont groupées en fédérations en vue de la réassurance, à l'initiative de l'œuvre centrale.
L'assurance contre l'incendie est pratiquée sur une très grande échelle Grâce à un contrat passé avec la Norwich Union, ce service procure aux affiliés une réduction de 30 p. c. du montant des primes, mais il est entendu que la reconstruction des maisons détruites par l'incendie ne peut se faire qu'avec le consentement du Boerenbond. On se demande ce que cette stipulation peut cacher : D'autre part, 20 p. c. des primes payées sont versés à la caisse de celui-ci, pour couvrir les frais généraux, mais ime partie de ces sommes retourne aux ligues agricoles dans des conditions déterminées.
La progression du nombre des primes se chiffre ainsi :
En 1893, premier exercice social, 153 polices étaient contractées pour compte des membres affiliés et couvraient des risques jusqu'à concurrence de 726,362 francs.
En 1909, le nombre des polices s'est élevé à 18,983 et couvre un risque évalué à 140 millions de francs.
LTn service d'assurance sur la vie fonctionne depuis peu, mais accuse à ce jour des résultats peu satisfaisants ; la plupart des cultivateurs préfèrent s'affilier directement à la caisse d'assurance annexée à la Caisse d'épargne et de retraite sous la garantie de l'Etat.
Des cercles de fermières, quelques syndicats d'élevage et de culture sont rattachés au Boerenbond.
Enfin, certains services centraux complètent cette organisation fomiidable. Notons :
!<:■ Un bureau de renseignements sur l'économie et la technique des œuvres et les lois qui les régissent ;
2° Un conseil d'ingénieurs agricoles ;
3<^ Un service de conférences ;
4"^ Une revue intitulée Le Paysan, tirée à 2,500 exemplaires, et De Boer, tiré à 40,000, sont envoyés à tous les membres, moyennant une cotisation annuelle d'un franc ;
5'^ LTn bureau de consultations juridiques gratuites.
Des réunions périodiques des administrateurs des ligues locales, des assemblées générales, des congrès sont organisés par les soins du secrétariat, assisté par des cercles de curés, préposés à la gestion des œuvres.
C'est sous l'impulsion du conseil directeur du Boerenbond belge que s'élaborent les différentes lois proposées par le Gouvernement, aussi bien que les mesures prises par le Département de l'Agriculture, pour le plus grand bien des électeurs catholiques groupés dans les ligues paroissiales. C'est le Boerenbond belge qui exige le maintien des droits protecteurs et qui s'oppose fermement à l'assurance obligatoire du bétail. C'est lui aussi (jui a fait autoriser la Caisse d'épargne et de retraite à consentir des prêts aux cultivateurs incorporés dans les caisses Raiffeisen, à des conditions exceptionnelles, et s'il est établi, comme nous venons de le rappeler, que la caisse centrale de Louvain peut se dispenser aujourd'hui de recourir à la caisse de l'Etat, il n'en est pas moins vrai que les débuts des caisses Raiffeisen qui en relèvent ont été singulièrement favorisés par cet appoint, aussi bien que cette protection officielle. C'est lui aussi qui a suggéré l'introduction dans la loi de 1894 sur les mutualités d'une disposition autorisant celles-ci à confier leurs fonds à ces caisses, dans le but évident de leur fournir, dès l'amiée qui les vit naître, les premiers ionds pouvant assurer leur vitalité.
Les inspirations et les revendications du conseil directeur du Boerenbond qui doivent susciter l'octroi d'avantages minterrompus aux bons électeurs cléricaux ont de tout temps pu atteindre leur but, puisque les principaux intéressés de la grande ligue catholique, MM. Helleputte et Schollaert, respectivement président et viceprésident, occupaient successivement de la manière la plus opportune les fonctions de ministre de l'Agriculture.
Au dernier congrès de Malines, en 1909, les desiderata de la chrétienté catholique belge se sont fait jour, au point de vue des intérêts des ligues paroissiales, sous forme de vœux ainsi libellés :
« Il serait désirable :
» i" Que l'on établisse des œuvres agricoles là où il n'y en a pas encore et que l'on consolide celles qui existent ;
» 2° Que partout la ligue agricole paroissiale soit à la base de l'organisation et qu'il y ait un lien étroit entre elle et les autres œuvres ;
» 3" Qu'en vue de la consolidation des unions, la loi sur les unions professionnelles soit élargie, surtout pour la revision de l'article 2, de façon à permettre aux associations de posséder des magasins pour leurs membres et de réaliser des bénéfices, tout en maintenant l'avoir social impartageable ;
» 4" Qu'une place égale à celle des comices agricoles soit accordée à nos associations libres dans la représentation de l'agriculture, et que le Département de l'Agriculture facilite l'adminis-
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tration de nos associations par l'organisation d'un bureau spécial, dirigé par un titulaire bienveillant, capable et expérimenté ;
» 5° Que les dirigeants des fédérations se réunissent plus souvent et s'entendent sur le travail à faire en commun et sur l'action à exercer sur les pouvoirs publics en vue des améliorations à introduire ;
» 6° Qu'mi concours plus général et plus actif soit assuré à nos œuvres agricoles. »
Avant peu, sans aucun doute, ces lacunes dans l'action Jde propagande cléricale seront comblées et l'importance déjà formidable du Boerenbond belge, aussi bien que des différentes fédérations provinciales pourra, sous la tutelle bienveillante du Gouvernement et des députations permanentes catholiques, s'accroître encore. Déjà leur présence est requise aux diverses manifestations politiques organisées par le parti, et l'on a pu constater, iors du meeting du 27 août, que les unions professionnelles du Boerenbond belge avaient envoyé des contingents imposants à Louvain.