STATISTIQUE DES SOCIÉTÉS PROFESSIONNELLES AGRICOLES
Au 31 décembre 1908 il existait 1,468 sociétés et fédérations reconnues, conformément à la loi de 1898 sur les unions professionnelles. On peut affirmer que les 56 des sociétés au moins sont nettement cléricales, les fédérations le sont toutes :
Comices agricoles 3
Ligues agricoles 677
Cercles de fermières 4
Syndicats d'élevage de bêtes bovines 182
— — de chevaux 3
— ^ de chèvres 229
Syndicat d'élevage de brebis i
Les Œuvres sociales et économiques. 395
Unions d'élevage de chiens 5
Syndicats d'élevage de chiens de trait 5
— — de lapins . 27
— — de porcs 17
Sociétés d'apiculteurs 14
— d'horticulteurs 14
Société d'arboriculteurs (ligue pomologique) ... i
Sociétés de maraîchers 16
Société pour la répression de la falsification du beurre i
— de médecins vétérinaires i
— de viticulteurs i
Sociétés d'aviculteurs 145
— de planteurs de betteraves 5
— — de chicorée 11
— — de tabac 6
— — de houblon 34
— — de fraises 21
Société d'ouvriers agricoles i
Fédérations provinciales de ligues agricoles ... 4
Fédération d'arrondissement de ligues agricoles . . i
Fédérations cantonales de ligues agricoles. ... 2
Fédération de planteurs de chicorée i
— nationale d'unions avicoles .... i
— régionale d'unions avicoles . '. . . i Fédérations provinciales d'unions avicoles .... 2
— d'arrondissement d'unions avicoles . . 2
— provinciales de syndicats d'élevage de
bêtes bovines 2
Fédérations d'arrondissement de syndicats d'élevage
de bêtes bovines 2
Fédération régionale de syndicats d'élevage de bêtes
bovines , , , , , i
Fédérations provinciales de syndicats d'élevage de
chèvres .,,,,, 2
Fédérations d'arrondissement de syndicats d'élevage
de chèvres , , , , 7
Fédérations provinciales de syndicats d'élevage de porcs 2
— régionales d'unions professionnelles de cultivateurs de houblon 3
Fédération régionale d'unions de planteurs de fraises i
Total 1,468
Il convient d'ajouter à ce chiffre deux à trois cents unions non reconnues, neutres, libérales ou socialistes.
A. Les comices agricoles
Les comices agricoles ont été créés par Charles Rogier, .en 1848 ; ce sont des associations de cultivateurs groupés en vue de faire progresser l'agriculture, spécialement par des concours, des expositions, des champs d'expériences et la création d'œuvres économiques. Leur fonctionnement a été réglé en dernier lieu par un arrêté royal du 18 octobre 1889; plusieurs circulaires ministérielles ont depuis lors limité leur action à l'organisation des concours, des expositions et des champs d'expériences.
Les comices sont dirigés par un comité dont les membres sont choisis par élection.
Ils se réunissent chaque année en assemblée générale au mois de janvier, à laquelle rapport est fait sur la gestion administrative pour l'exercice écoulé. Les réunions organisées en vue d'une élection de membres du comité sont, depuis quelque temps surtout, dans certaines régions fort animées, en raison de compétitions politiques.
Les comices organisent ou patronnent des concours ])our chevaux et bétail, des champs d'expériences, des concours d'étables, intéressant plus particulièrement les petits exploitants agricoles, ainsi que des expositions pour machines agricoles et instruments aratoires.
Dans le courant de l'année 1908, les comices ont organisé six concours d'arrondissement et 90 concours cantonaux. De ceux-ci, 74 furent tenus dans la partie flamande du pays et le Luxembourg, 16 seulement dans les régions wallonnes.
Une somme de 151,510 francs a été allouée à ces concours. Les 158 comices avaient un effectif total de 35,288 membres, soit en moyenne 223 membres par comice. Dans chaque province, les comices sont groupés en fédérations, sous le nom de Société provinciale d'agriculture .
Les provinces wallonnes comportent 20,000 membres environ, donc près des deux tiers du nombre global des membres des comices.
Depuis, le développement pris par les associations agricoles catholiques, les cléricaux sectaires se révèlent de plus en plus hostiles à ce genre d'institutions. Ils sont cependant en majorité dans beaucoup d'entre' elles ; mais ils se heurtent ici fréquemment au contrôle difficilement accepté de gros fermiers libéraux, qui les gênent ostensiblement ; par ailleurs même, dans les provinces wallonnes notamment, ceux-ci sont en majorité.
Cette situation a incité le groupe agraire catholique à poursuivre avec acharnement leur suppression dans les conditions où ils
Les Œuvres sociales et économiques. 397
sont organisés actuellement. Nous sommes de l'avis qu'il y a lieu de reviser leur statut ; certaines imperfections notoirement reconnues comme nuisant à leur vitalité requièrent des modifications. Mais le jeu clérical tendant à substituer à ces organismes, qui sont en quelque sorte la représentation officielle de l'agriculture, une représentation pour ainsi dire absolue et exclusive des associations confessionnelles enlèverait peu à peu aux cultivateurs libres, jaloux d'assurer leur émancipation, leur affranchissement de tout dogme, de toute politique, la suprême ressource et livrerait insensiblement la totalité des populations rurales au cléricalisme.
Si les libéraux ne créent guère, politiquement parlant, d'œuvres agricoles, tout au moins leurs partisans trouvent-ils dans leur affiliation aux groupements fondés à l'initiative des comices, un moyen sûr de bénéficier des avantages inhérents à l'association et (des subsides accordés par l'Etat, sans faire abdication de leurs principes philosophiques.
Aussi bien les cléricaux ont poursuivi sans trêve la destruction de l'enseignement primaire officiel, comme l'affaiblissement de l'enseigTiement agricole public, aussi bien, de plus, ils ne veulent que de l'enseignement professionnel libre, parce qu'ils trouvent dans le clergé le personnel nécessaire pour mener à bien leurs entreprises, conformément aux besoins de leur politique ; ainsi ils entendent obtenir, au profit de leurs associations confessionnelles, l'empreinte officielle qui les rendrait maîtres absolus des destinées de l'agriculture.
Cette substitution est poursuivie méthodiquement, ainsi que l'a fort bien établi M. le député Giroul, à la Chambre, le 17 juin 1909.
Dès 1896, M. Maenhaut, un des membres les plus remuants du groupe agraire déclarait : « Je l'ai dit l'année dernière et je le répète, je suis de plus en plus convaincu que les comices, tels qu'ils sont organisés actuellement, sont des rouages inutiles. Les subsides que l'on accorde à la plupart d'entre eux n'atteignent pas le but que le Gouvernement se propose. »
Dans un travail publié sous les auspices du Conseil supérieur de l'agriculture, M. Vliebergh, professeur à Louvain et l'un des fondateurs du Boerenbond belge, écrivait, après avoir suggéré quelques mesures qui pourraient renverser l'organisation actuelle des comices : « Par ces moyens on arriverait, après un certain nombre d'années, à ce que nous considérons comme l'idéal : les comices étant uniquement composés des délégués des associations agricoles de la circonscription. »
Le Luxembourgeois, bulletin officiel de la Société provinciale
agricole du Luxembourg, écrivait d'ailleurs : « Ce que l'on veut, au fond, ce n'est pas une place au soleil, c'est toute la place ; ce que l'on a en vue, c'est, sinon la suppression comi^lète, au moins l'annihilation des comices. »
L'œuvre de destruction se poursuit d'une façon lente mais sûre.
Dès le i"^' février 1898, le Ministère compétent introduisit neuf délégués des associations libres au sein du Conseil supérieur de l'agriculture, qui était en grande partie une émanation des comices. Enfin, une circulaire ministérielle du 8 octobre 1900 réglait le partage des subsides entre les comices et les associations libres.
L'opposition ainsi est prévenue. Nous sommes de cet avis qu'il importe, au contraire, que l'institution des comices, non seulement soit maintenue, mais réorganisée et renforcée. Notre avis est que d^ns chaque circonscription de comice ou de groupe de comices le (lOuvernement de demain devrait créer une sorte de secrétariat permanent, entretenu aux frais de l'Etat et jouant le rôle des secrétariats actuels du Parti catholique. Ces secrétariats, bien achalandés, devraient rayonner dans toute la circonscription, disposer de conférenciers officiels, aider, documenter ceux qui seraient désireux de créer des œuvres. Ces secrétariats seraient l'institution de tous, qui conseille, qui guide et qui soutient.
Les comices pourraient y tenir leurs réunions, y organiser des bibliothèques ambulantes, lancer des tracts, pourvoir à la surveillance de l'enseignement intermittent, des cours agricoles, etc.. bref, concourir à aider les agriculteurs à améliorer leur sort par une action dans le domaine économique et sans exiger d'eux aucune profession de foi.
C'est exactement, comme on voit, le contraire de l'organisation générale agricole dont les cléricaux ont gratifié le pays et... leur parti.
B. Les ligues agricoles ; le Boerenbond belge 1. — Li's Limites (uj rivales
Les « ligues » sont des associations de cultivateurs formées pour l'étude et la défense des intérêts agricoles. Leur cercle d'action se limite le plus souvent à un hameau, parfois à une ou ])lusieurs communes. Dans ce cas, les ligues, presque toutes catholiques, ont un caractère paroissial. La ])lupart, les deux tiers environ, sont légalement reconnues.
On les a dénommées plus particulièrement « bonden » ou « gildes ».
Les gildes étaient des communautés d'artisans, en usage chez les Ciermains, ayant existé, pour les uns, après les invasions
Les Œuvres sociales et économiques. 399
barbares, pour les autres, du temps des Romains. D'aucuns les croient issues des idées chrétiennes de charité et de fraternité. L'étymologie les fait dériver du mot tudesque « geld » (argent), et se rattache peut-être à l'usage pratiqué alors des réunions faites en vue de libations.
Quoi qu'il en soit, il est certain qu'à toutes les époques de l'ère chrétienne, les paysans étaient groupés autour du curé du village, et le prestige de la paroisse était au moins aussi grand que celui de la commune civile elle-même. C'est cette tendance, en tout cas, que les gens des campagnes ont à se grouper autour du clocher qui a été exploitée avec art et méthode, par les dirigeants catholiques, avec le concours du clergé, en vue de constituer des unions ou ligues, sous prétexte d'organiser la défense des intérêts économiques, en réalité dans le but de constituer autant de groupements politiques. Ces divers intérêts sont incorporés dans les différentes sections ; il faut faire partie de la confrérie, de la gilde, il est formellement s'.ipulé qu'il faut en observer toutes les dispositions concernant la pratique religieuse pour pouvoir bénéficier de ses avantages économiques.
<; Il faut, écrit M. A. Vermeersch S être membre de la gilde pour participer aux avantages de la section. Outre cette fin immédiate, nos syndicats agricoles ne négligent pas la fin tiltérieure de la culture morale et religieuse de leurs membres. La façon cependant dont ce but est poursuivi n'est pas la même partout.
» Une première méthode consiste à créer simultanément une confrérie et une association professionnelle, composées des mêmes membres. Les pratiques de la confrérie sont d'ailleurs peu absorbantes ; un ave quotidien, puis, tous les trois ou six mois, un salut avec instruction, précédant la réunion syndicale. »
Puis plus loin :
« Le caractère chrétien des Boerengilden affiliés au Boerenbond belge s'accuse par un certain engagement des membres à rester bons chrétiens, par la participation à certaines solennités religieuses de la paroisse, puis par une réunion mensuelle à l'église et la célébration de la fête de Saint-Isidore, le patron des agriculteurs. Le curé figure partout comme membre de droit dans le conseil. Sa présence y est considérée comme une garantie d'union et de stabilité.
» L'intervention du clergé, tout en étant fréquente, est plutôt officieuse qu'officielle dans les campagnes catholiques de la Flandre orientale. Les statuts affirment, dans leurs dispositions, le respect de la religion, de la famille et de la propriété. Il arrive
' Manuel social, par M. A. Vermeersch, p. 378. Librairie Alcan, Paris.
même que, sans cette déclaration, les sentiments chrétiens des membres du comité et les tendances du journal répandu par l'association assurent suffisamment le caractère confessionnel du syndicat.
» Ce même système prévaut maintenant dans le Hainaut. »
La plupart des ligues agricoles sont affiliées à un organisme central, dont le ressort s'étend soit au canton, soit à la province, soit au pays.
Cette centralisation a un double avantage : i" elle permet -d'organiser certains services que les ligues seraient impuissantes à constituer isolément et fait bénéficier leurs membres d'avantages possibles seulement moyennant le grand nombre ; 2" elle est voulue par les politiciens cléricaux, qui, à l'instigation des hommes d'œuvre, cherchent de plus en plus à ne subsidier que les groupements imposants, tels les fédérations, système qui rend illusoire l'effort trop individualiste des libéraux.
L'activité des ligues se manifeste dans l'universalité des intérêts agricoles ; les sections y sont nombreuses, facultatives et comportent les services suivants, basés à la fois sur la coopération et la mutualité : assurance contre la mortalité des animaux domestiques, chevaux, bœufs, chèvres, porcs, etc. ; caisses rurales Raiffeisen de crédit avec caisses centrales ; achat en commun de semences, d'engrais, de matières alimentaires pour le bétail, de machines agricoles, de laiteries à bras et à vapeur ; services d'inspection des caisses Raiffeisen, des mutualités d'assurances, des unions ; assurance contre l'incendie, la grêle, les accidents ; champs d'expérience ; conférences, journaux, tracts, bibliothèques ; cours de >'acances ; consultations juridiques gratuites ; placement des ouvriers agricoles, etc.
Tous ces services sont organisés par les Fédérations pro\inciales, certains secrétariats permanents d'œuvres sociales ou le Boerenbond belge de Louvain. qui s'efforce de rayonner sur tout le pays.
I^e Boerenbond de I.ouxain réunit les ligues agricoles établies dans les provinces d'Anvers, de Brabant et de Limbourg et quelques groupements locaux disséminés dans les autres provinces.
Le Provinciale Bcerenbond van West-Vlaanderen se compose des ligues de la Flandre occidentale et du Eigenaars- en Landbouwersbond van Bruggc, étendant particulièrement son activité sur les groupements locaux de ru!ti\ateurs de l'arrondissement de Bruges ; le Landbouwershond van Oost-Vlaanderen i-om])rend les ligues réunies de la l'iandre orientale : la Fédération agricole du Mainaut. les sociétés établies dans cette province ; la Fédération agricole de la province de Liège la Ligue agricole luxembourgeoise et la Ligue agricole de la proxince de Namur.
Les Œuvres sociales et économiques. 401
Le Secrétariat des œuvres sociales de l'arrondissement de Bruxelles, établi rue du Boulet, 7, à Bruxelles, groupe diverses fédérations professionnelles, constituées pour le relèvement de diverses branches de l'agriculture exploitées surtout par des petits cultivateurs et s'occupant accessoirement de culture et d'élevage.
11 nous apparaît que le meilleur moyen de montrer comment fonctionnent les rouages de cette organisation consiste à exposer ce qu'est le Boerenbond belge, de beaucoup^ le plus puissant et le plus complet au point de vue des divers services.