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SOCIÉTÉS DIVERSES

Le succès qui a couronné les efforts des catholiques dans la constitution des syndicats ci-dessus, ne pouvait les laisser omettre certaine.'", cultures, occupant une place en vue dans notre économie rurale.

Des essais sont tentés en ce moment pour incorporer dans des syndicats nouveaux la production de divers autres légumes ou fruits, voire même des fleurs, de telle façon que dans un avenir J'approche il ne restera pas un seul intérêt agricole qui ne soit confondu avec l'action syndicale catholique.

Dans cet ordre d'idées, il existe déjà :

i"^' Des sociétés de planteurs de tabac (61 ;

2" Des sociétés de planteurs de petits pois (lo; ;

3° Des sociétés p'^ la vente de pommes de terre précoces (20) ;

4'^ Des sociétés de viticulteurs (2) ;

5" Des sociétés pour la vente de semences ou pour leur amélioration ;

6" Des sociétés pour la vente des fruits ; •

7" Des sociétés de maraîchers (16).

C. — Sociétés ou syndicats constitués pour l'achat de semences, d'engrais commerciaux, de matières alimentaires pour le bétail et de machines agricoles.

Les divers articles qui font l'objet de ce chapitre forment un groupe important dans les intérêts de l'agriculture.

L'emploi de semences sélectionnées, l'introduction dans la culture de l'usage des engrais chimiques, une garantie plus grande de la valeur des matières alimentaires pour le bétail, la possibilité de

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disposer au sein des syndicats de certaines machines agricoles de prix élevé sont des avantages que ne peuvent dédaigner le moyen et le petit cultivateur.

Les catholiques l'ont compris ; comme nous l'avons vu, leur politique agricole s'est attachée de bonne heure à créer et à développer au Ministère de l'Agriculture des services chargés de l'organisation et de la défense de ces intérêts et, au dehors, des groupements, associations syndicales ou coopératives d'achat, devenant pour les populations de la campagne des intermédiaires obligés pour leur permettre de jouir des faveurs officielles.

Les agronomes et les conférenciers de l'Etat ont rendu ici très particulièrement des services au Parti catholique. Ces agents ont toujours reçu pour mission de borner leur action à provoquer la formation de groupements, sans intervenir d'une façon directe dans la constitution ; leur rôle se borne à préparer le terrain aux propagandistes cléricaux, et ce rôle ils l'ont toujours rempli scrupuleusement. Les agriculteurs, petits et grands, se sont d'ailleurs trouvés dans l'obligation de recourir à l'association. La falsification des engrais est chose facile et courante ; les prix varient avec les quantités achetées, et quelques matières font même l'objet de spéculations ; les frais de transport sont excessifs lorsqu'il ne s'agit pas de livraisons importantes de marchandises.

Les denrées alimentaires pour le bétail prêtent à la fraude avec la même facilité ; la teneur en éléments nutritifs de ces matières, qui sont toutes des sous-produits d'industrie, est variable et on les falsifie d'ailleurs aisément.

L'achat judicieux, profitable, est une opération délicate ; le petit cultivateur est exposé à des erreurs et des mécomptes auxquels il est très sensible, avec raison.

C'est dans ces conditions qu'ont été constituées, au sein des ligues paroissiales, des sections d'achat en commun. C'est ainsi également que se sont formés d'autres groupements, associations simples, unions professionnelles ou coopératives, celles-ci vendant au public, et même des sociétés anonymes.

Il faut distinguer encore ici les sociétés locales, qui sont presque toutes l'œuvre du Parti catholique, et les sociétés coopératives ou anonymes, dont le champ d'action s'étend sur 'oute une région.

Dans les ligues locales les commandes sont passées en bloc, par les soins du comité directeur, à des marchands ou, comme c'est le cas pour les gildes agricoles rattachées au Boerenbond de Louvain, au comptoir d'achat créé par celui-ci. Il n'y a, de cette façon, qu'un acheteur, le syndicat, en présence du vendeur.

Les marchandises arrivent en gare, sont contrôlées ou non, et

chaque membre vient y prendre livraison de la quantité qu'il a commandée : le prix en est paye au trésorier syndical, dans les trente jours habituellement.

Les sociétés ou syndicats régionaux vendent directement au consommateur : il est rare qu'elles reçoivent des commandes de syndicats locaux. Les avantages qu'ils offrent au îoint de vue du prix et des garanties de pureté des produits sont d'ailleurs suffisants pour ne pas justifier cette commande à deux degrés ; comme ils sont, d'autre part, installés généralement dans les centres de consommation ou qu'ils y créent des succursales, les frais de transport sont réduits au minimum.

Malgré les avantages procurés par l'achat en -ommun, les sociétés ne sont parvenues à grouper qu'une proportion minime des cultivateurs belges. La statistique officielle accusait au 31 décembre 1908 l'existence de 1,070 syndicats, comprenant 63,103 membres, parmi lesquels 40,000 environ sont affiliés au Boerenbond de Louvain.

Cette statistique, il est vnai, ne représente pas la situation exacte. Outre qu'elle ne comprend pas les groupements de fait, ceux qui se constituent pour un achat déterminé — ils sont assez nombreux, — elle ne renseigne pas non plus les nombreux clients des coopératives régionales, constituées entre agriculteurs.

Le Boerenbond belge fait des affaires ])our un chiffre annuel d'environ 8 millions de francs, mais les coopératives, le .Syndicat agricole de Landen. le Syndicat agricole de C^enappe, l'Union agricole de Jodoigne, la Meunerie économique de Clavier, le Syndicat agricole du Geer à Tongres, la Coopérative agricole de Tirlemont, pour n'en citer que quelques-unes parmi celles qui ne revêtent pas de caractère confessionnel, font des affaires dont le chiffre est autrement important que celui du Boerenbond.

Il n'en est pas moins vrai qu'il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine pour combattre la fraude, bien plus que pour amener une réduction des prix.

C'est aussi l'opinion des catholiques qui ont voté au Congrès de Malines les vœux suivants :

<; Voir les propriétaires catholiques, les hommes d'œuvre et les fermiers importants soutenir, encourager et développer ces œuvres, les recommander et s'en servir ;

» Appuyer les œu\res locales d'une même région sur une institution centrale sérieuse, désintéressée et puissante, chargée de traiter leurs achats et de défendre leurs intérêts auprès du grand commerce ; institutions où les intérêts à servir au capital seraient limités et dont les bénéfices serviraient particllenicnt à soutenir les œuvres agricoles et reviendraient en partie directement .lux cultivateurs :

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» Enfin, voir ces institutions centrales ne pas perdre de vue leur rôle réel d'oeuvres sociales agricoles et s'attacher toujours à inériter, par leur façon de travailler, l'intérêt, les faveurs et la confiance du cultivateur. »

Notons enfin ces deux vœux émis au Congrès tenu à Frasnes en 19 lo par la Fédération agricole du Hainaut :

<. Qu'ils (les cultivateurs) visitent attentivement l'Exposition et les installations de l'Ecole agricole de mécanique de Leuze, ainsi que les ateliers de la société coopérative les Cultivateurs du Hainaut .

» Que les catholiques ne s'adressent, pour l'achat de leurs machines, qu'à des fournisseurs catholiques. »

D. — Sociétés pour la vente du lait, la fabrication ou la vente du beurre et du fromage

Les sociétés de laiterie adoptent en Belgique la forme coopépérative et relèvent par conséquent de la loi de 1873.

Elles ont pour objet la fabrication et la vente en commun du beurre et du fromage, parfois, mais rarement, la vente du lait exclusivement .

Les membres fournissent le lait de leurs vaches à la laiterie, où il est pesé ou mesuré et soumis à l'analyse pour en fixer le prix.

La fabrication se fait suivant des méthodes perfectionnées et dans des conditions hygiéniques meilleures que jadis. Il existe de petites laiteries, dites « à bras », oii les machines sont actionnées par l'homme, et de grandes laiteries à vapeur.

Les premières, dont le coût d'installation ne dépasse pas 5,000 francs, immeuble compris, se prêtent à une fabrication journalière de 500 litres environ, produit de 75 vaches ; ce sont les plus nombreuses.

Les secondes, entreprises de grande envergure, coûtent comme installation de 20 à 50,000 francs et permettent de travailler jusque I 5,000 litres de lait par jour, dans des conditions plus scientifiques que les premières, notamment par pasteurisation du lait ou de la crème.

Dans certaines contrées, le Luxembourg par exemple, existe encore un système dit régional, comprenant une crémerie centrale, où se fait le barattage, et des sections locales, laiteries à bras, où se fait l'écrémage. Ce genre de laiterie convient aux régions où les voies de communication sont difficiles et où le transport du lait offrirait des inconvénients pour sa conservation.

Le travail effectué par les laiteries se paie à raison d'un demi

ou un centime par litre de lait transformé en beurre ; mais ce prix atteint deux centimes lorsque la laiterie se charge de prendre le lait à la ferme et d'y ramener le lait écrémé.

La vente du beurre se fait en commun, par les soins de la coopérative.

Les catholiques recommandent, en général, de donner (aux laiteries autant que possible le caractère paroissial. Les avis diffèrent cependant sur ce point. Le Ministère de IWgriculture a publié récemment une brochure ' dans laquelle il préconise la grande laiterie à vapeur.

Les laiteries catholiques sont groupées en fédérations, qui ont chacime im secrétaire chargé d'inspecter les laiteries. Ces inspections sont subsidiées par l'Etat à raison de 25 francs par laiterie inspectée animellement. Les fédérations touchent, de ce chef, des subsides se montant à plusieurs milliers de francs chaque année. Il est incroyable que l'Etat confie ainsi à des particuliers une mission d'intérêt public. Les secrétaires inspecteurs sont des sortes de fonctionnaires sans responsabilité vis-à-vis de l'Etat.

L'Etat, au surplus, intervient encore par des subsides pour concours, pour organisation de conférences ; enfin par Je service de la station laitière qui, établi à Gembloux, poursuit les recherches nécessaires pour élucider les difficultés qui se rencontrent dans le domaine de la laiterie. Celle-ci renseigne les intéressés sur toutes les questions scientifiques qui se rapportent à cette industrie : meilleurs procédés pour apprécier la valeur du lait, pasteurisation des laits, laits anormaux, questions bactériologiques et chimiques, instruments nouveaux, etc.

Le nombre- de laiteries en activité était au 31 décembre 1908 de 506 pour tout le pays, avec un effectif de 47,185 coopérateurs. possédant 136,803 vaches. Chacun de ceux-ci possédait donc en moyeimc trois vaches.

Les produits vendus par les laiteries en 1908 peuvent être évalués à 33,458,953 francs, représentant une moyenne de 66,124 francs par société et 709 francs par membre.

Les laiteries groupent donc surtout des petits cultivateurs. Elles sont du reste plus particulièrement répandues dans les régions de petites cultures. Beaucoup de laiteries coopératives à vapeur se sont dissoutes dans ces dernières années pour des raisons économiques trop longues à exposer ici. Il n'est pas toujours opportun d'appliquer le princijDe coopératif au traitement du lait.

' Avis aux Cultivateurs, "îe série, n° 11. On peut l'obtenir gratuitement en s'adressant au Ministère de raf,aiciilture.

- Bulletin de l administration de FAgriculture, 1910.

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La plupart des laiteries à bras ont un caractère confessionnel. Beaucoup de laiteries à vapeur poursuivent uniquement un but commercial.

E. Sociétés de crédit agricole

Les précurseurs de l'organisation du crédit agricole, dans notre pays, ont été des libéraux. Détenant encore le pouvoir en 1884, ils firent voter par les Chambres, à l'initiative de M. Graux, peu de temps avant leur chute, la loi réglant la question du crédit aux agriculteurs et donnant lieu, dans son application, à la création des comptoirs agricoles, qui subsistent toujours. La loi de Bara de 1873 sur les sociétés commerciales règle au surplus également les dispositions des caisses Raiffeisen, qui font aujourd'hui l'orgueil des catholiques.

De bonne heure, les militants cléricaux ont vu tout le parti qu'ils pourraient tirer d'une organisation judicieuse et populaire du crédit agricole. L'argent, peu répandu dans les campagnes, est le véritable levier de l'agriculture ; le crédit y est indispensable. La terre n'est productive qu'à longue échéance, la croissance du bétail prend des années, l'achat de semences, engrais, matières alimentaires pour les animaux de ferme, l'acquisition d'instruments aratoires, de machines agricoles, les récoltes mauvaises, la perte du bétail, l'acquisition d'une terre, toutes ces considérations ont leur importance dans l'économie rurale et requièrent le capital ou le crédit.

Quel qu'ait été le mérite des services rendus par les comptoirs agricoles, ceux-ci ne pouvaient suffire aux yeux des hommes d'oeuvre et par conséquent des législateurs catholiques inspirés par eux, pour concilier au parti les faveurs des masses populaires rurales. Nous avons déjà dit que l'embrigadement, l'enrôlement définitif dans les groupements chrétiens répondait seul au fiiot d'ordre de S. Em. le Cardinal-Archevêque.

C'est dans ces conditions que l'abbé Mellaerts, le premier secrétaire du Boerenbond belge, rapporta d'un voyage qu'il entreprit en Allemagne, pour l'étude des associations agricoles, le plan d'après lequel fonctiorment, dans ce pays, les sociétés de crédit rural. Un colonel allemand, du nom de Raiffeisen, y avait créé, dès 1850, des sociétés mutuelles de crédit basées sur la solidarité illimitée entre membres, au point de vue des prêts et leur choix strictement réservé à une étendue de territoire très réduite. Ce principe était appliqué en Ecosse déjà à la fin du xviiie siècle et y avait fait naître des sociétés nombreuses, dont beaucoup existent encore.

Avec l'appui d'hommes politiques, notamment MM. Schollaert et Helleputte, l'abbé Mellaerts introduisit ces caisses en Belgique. Peu après, on leur octroya une forme légale. Il fut décidé qu'elles prendraient la forme coopérative et une loi votée eu 1894 \int renforcer les dispositions de la loi du 18 avril 1884 en leur faveur.

La Caisse d'épargne était désormais autorisée à faire des avances de fonds aux sociétés coopératives de crédit agricole, aussi bien qu'aux agriculteurs, mais, dans ce cas, par l'intermédiaire d'un comptoir agréé seulement. Le Gouvernement accordait certaines faveurs fiscales. Un privilège agricole était créé en faveur du prêteur et inséré dans l'acte de prêt. Ce privilège portait sur les récoltes de l'année, sur tout ce qui garnit la maison louée ou la ferme, ainsi que sur tous les accessoires de l'exploitation de la ferme .

Les caisses Raiffeisen, ayant presque toutes des attaches catholiques, furent rapidement prospères. Incontestablement, elles durent cette vogue à l'influence prépondérante que joue dans chaque village le curé, promoteur de l'œuvre, et les catholiques rappellent assez volontiers aujourd'hui que leurs caisses centrales, qui ne sont que le groupement des caisses locales, peuvent se passer du concours de la Caisse d'épargne de l'Etat. Mais qui donc pourrait contester que cet appoint officiel, au début de la création des caisses Raiffeisen, n'ait été la cause initiale du succès, apix)int réclamé avec une insistance significative par les promoteurs. Nous verrons, dans un chapitre spécial, jusqu'à quel point le Parti catholique a su tirer profit de la législation qui règle la matière. Celle-ci devait pour ainsi dire annihiler, dans certains milieux, le champ d'action des comptoirs agricoles créés par la loi de 1884.

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