II. — Ties Caisses JRaiffeL^en
Les caisses Raiffeisen existent en Belgique, comme nous l'avons yu, depuis 1892 ; la première fut créée par l'abbé Mellaerts, à Rillaer, près d'Aerschot.
Nous avons vu également que la Caisse d'épargne et de retraite de l'Etat est autorisée à leur faire des avances de fonds à 3 p. c. et que la loi prévoit, au profit des emprunteurs, une notable réduction des frais fiscatix.
Les caisses Raiffeisen sont ainsi de petites coopératives de crédit et d'épargne, formées entre sept agriculteurs ^ au moins, s'engageant à se consentir des prêts mutuels, sous responsabilité solidaire et illimitée.
^ La qualité d'agriculteur est requise par la Caisse d'Epargne pour l'autorisation des prêts.
La taxe d'entrée est d'ordinaire d'un franc et les jjarts de coopérateur de trois francs. L'admission des membres est décidée sur avis du conseiL
Les caisses sont locales, existent fréquemment sous forme de section d'une gilde paroissiale et étendent parfois, mais larement. leur champ d'action au delà de la commune du siège. Tout le secret de la réussite de ces œuvres réside précisément dans ce fait (jue les cultivateurs se connaissent mutuellement, peuvent apprécier l'honorabilité et la solvabilité de chacun des membres et exercer ainsi une surveillance étroite sur la destination des prêts, aussi bien que sur le maintien intégral des cautions fournies.
Si la responsabilité des coopérateurs est illimitée, ce qui pourrait effrayer certains cultivateurs, elle trouve néanmoins un correctif dans ce fait que le montant des prêts à consentir est fixé annuellement par décision de l'assemblée générale ; il dépasse rarement i,ooo francs.
Les fonds prêtés proviennent des dépôts des membres, soit de la caisse même, soit de certaines sociétés mutualistes ou sont fournis par la Caisse d'épargne et de retraite, à 3.25- p. c, par l'intermédiaire d'une caisse dite « centrale », dont nous nous occuperons dans le chapitre suivant.
L'activité des caisses se résume donc ainsi :
I" Elles reçoivent les dépôts des membres, fi.xés à un franc minimum, et servent à ceux-ci un intérêt de 3 p. c. ;
2" Elles font des prêts sur gage, privilège, hypothèque, garantie par police d'assurance sur la vie, signature d'un effet à courte échéance, garantie d'un tiers, à 3.25 p. c, étant entendu que les sommes avancées servent à des intérêts agricoles et soient remboursées par annuités ;
3° Elles accordent à leurs membres des comptes-courants, sur lesquels ceux-ci peuvent prélever certaines sommes, sans passer par les formalités habituelles.
La caisse est administrée par un conseil, dans lequel le rôle du directeur et du trésorier-caissier est prépondérant. Ce dernier seul est rémunéré. Le curé de la paroisse fait partie de droit du conseil d'administration.
L'n comité de surveillance, composé de six membres, est tenu d'examiner plusieurs fois par an la gestion du caissier, et une assemblée générale des coopérateurs décide annuellement des mesures nouvelles à prendre et ratifie les décisions prises durant l'exercice écoulé par le comité.
Les caisses Raiffeisen sont, pour la plupart, dans une situation prospère quant à leurs dépôts ; aucune n'a encore fait faillite. Elles ne distribuent jamais de dividende. Les bénéfices vont dans
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leur entièreté à la réserve, qui sert à étendre le champ d'action de la société. Pour ne pas inciter les membres à provoquer la liquidation lorsqu'une caisse est très florissante et à accumuler des réserves qui pourraient tenter, la loi stipule qu'en cas de liquidation anticipée — la durée sociale est habituellement de 29 ans — celles-ci doivent être déposées à la Caisse de consignations et de dépôts et elles ne peuvent servir qu'à la reconstitution d'une caisse nouvelle dans la commune.
Les dépôts sont, en général, plus importants que les demandes de crédit.
En Allemagne, on a pu relever depuis longtemps une situation tout aussi intéressante quant à la puissance du principe : la Fédération de Neuwied comporte à elle seule 3,288 sociétés et 236,721 membres ; elle fait annuellement pour 450 millions d'affaires.
Sans atteindre des chiffres relativement aussi élevés, on peut dire qu'en Belgique l'œuvre des catholiques a réussi. En effet, alors qu'il n'existait chez nous en 1897 que 159 caisses, il y en avait 618 à la fin de 1909, dont la moitié relevant du Boerenbond de Louvain. Toutes les autres se rattachent à des caisses centrales provinciales également catholiques. Les 618 caisses ont un effectif de 25,190 membres, dont un cinquième environ habite la campagne sans exercer la profession d'agriculteur. Durant l'année 1908, les Drêts se sont élevés à 4,353,651 francs, alors que les dépôts des membres se sont chiffrés par une somme de 8,170,158 francs. Les réserves des différentes caisses étaient représentées par 439,528 francs .
Certaines parties du pays, le Brabant wallon, le Limbourg, la province de Namur, le Hainaut, sont restées réfractaires aux efforts des hommes d'œuvre cléricaux, encore que dans cette dernière province des résultats plus encourageants ont été enregistrés ces derniers temps ; il y existe actuellement 78 caisses.