LES CAISSES DE CHOMAGE
Le mouvement tendant à combattre les effets désastreux occasionnés par le chômage involontaire moyennant l'intervention des communes est parti de Gand et eut pour initiateur M. \'arlez, qui dirige encore aujourd'hui le fonds communal de cette ville. Antérieurement, cependant, il est à notre connaissance que la commune d'Lxelles fut la première à organiser une caisse de ce genre.
L'intervention de l'Etat au profit des caisses ne date que du début de l'année 1909.
La plupart des syndicats d'ouvriers et d'employés ont créé une caisse commune, alimentée par les cotisations des membres et destinée à venir en aide à ceux-ci en cas de ciiômage involontaire. Dans les syndicats socialistes, l'indemnité est payée dès le troisième jour de la cessation du travail ; dans les syndicats chrétiens, dès le premier jour. Les grèves et les lock-outs, les maladies et les incapacités physiques de travailne peuvent donner lieu au payement d'indemnités à prélever sur cette caisse.
L'âge d'admission varie de 16 à 50 ans ma.ximum. Un stage de plusieurs mois est requis avant l'admission. Les caisses se chargent, en général, des frais de déplacement reconnus nécessaires pour trouver de la besogne ; ces frais varient de 3 à 5 francs et ne sont accordés que deux fois par an. Dans la plupart des syndicats, un service de mutation est prévu pour ceux des membres qui quitteraient une localité ou une région.
La pratique de la prévoyance, donnant aux ouvriers tous ces avantages, est en usage depuis 40 ans, en Belgique, et elle s'est développée rapidement, surtout lorsque les pouvoirs publics, les provinces et les communes notamment intervinrent d'une manière efficace et permanente.
Un premier crédit de i,ooo francs fut voté en 1897 par la province de Liège, au profit des caisses mutuelles de chômage. Dès 1899, le conseil communal de Gand, à l'initiative de M. Variez ■et sur rapport de celui-ci, décidait de créer le fonds communal
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de chômage. Ce fonds était dirigé par un comité non officiel, formé par des délégués de la commune, des associations professionnelles et des personnalités s'intéressant aux œuvres. 11 était alimenté par un subside annuel de la commune et le produit de certaines fêtes, de legs, donations, etc., permettant de prolonger le payement des indemnités dans certaines circonstances pénibles au delà du terme statutaire.
Bientôt le fonds devint, dans certaines grandes agglomérations, intercommunal. A la fin de l'année 1910 il existait 22 fonds communaux et intercommunaux, avec 50 communes affiliées. Tous ont des statuts semblables à ceux du fonds communal de Gand.
Jusqu'à ce jour, leur activité s'est manifestée de différentes manières .
a) Subventions aux chômeurs syndiqués, c'est-à-dire participant à une caisse de chômage involontaire établie par une association professionnelle affiliée au fonds. Le système consiste à majorer l'indemnité journalière octroyée par l'association professionnelle à ses membres chômeurs ;
b) Subventions aux chômeurs épargnant individuellement pn vue du chômage involontaire et affiliés à cette fin au fonds. Celui-ci leur accorde ime majoration sur le montant des retraits d'épargne effectués par etix à raison d'un semblable chômage ;
c) Subventions consistant également en majorations des retraits d'épargne aux chômeurs épargnant collectivement, c'est-à-dire faisant partie d'une association constituée spécialement pour aider ses membres à fabriquer l'épargne, en vue du chômage involontaire et affiliée au fonds ;
dj Subventions aux chômeurs isolés, ni syndiqués, ni épargnants. Il s'agit ici de sommes attribuées simplement à titre de secours, et dont le montant est déterminé plus ou moins arbitrairement d'après la durée du chômage et le degré de besoin des intéressés ;
e) Subventions directes à des syndicats professionnels ayant une caisse de chômage. Ce dernier système est propre au fonds de Liège .
Sur rapport de M. l'échevin Seeliger, la ville de Liège a, en effet, décidé de remettre les subventions aux syndicats eux-mêmes et non aux chômeurs individuellement ; de prendre pour base des subsides à accorder les indenmités payées par les syndicats en même temps que les cotisations perçues par eux.
A Bruxelles, le fonds communal, créé depuis 1906 et très prospère, est dû surtout à l'initiative de M. le bourgmestre Max.
Diverses provinces interviennent de même.
Depuis 1907, le Ministère du Travail intervient pour encou-
rager les fonds communaux de chômage : le subside annuel, qui était cette année de 10,000 francs, a été porté à 20,000 francs en 1908. Récemment, à la Chambre, M. le député Anseele protestait avec véhémence contre l'indifférence du Gouvernement vis-à-vis de la grave question du chômage. N'y a-t-il pas en Belgique près d'un million d'ouvriers ?
Il est vrai (|ue si la somme de 20,000 francs, toujours prévue pour cet objet, est dérisoire et qu'une faible partie seulement est accessible aux syndiqués socialistes, d'autres postes figurent au budget du Ministère du Travail qui permettent au Gouvernement d'intervenir pour encourager les syndicats reconnus.
Les fonds communaux a\ant adopté une répartition égale à l'égard des chômeurs syndiqués ou libres, il ne lui a pas paru possible de subventionner le cliômage autrement que ne le faisaient les communes, auxquelles d'ailleurs vont les subsides.
Mais comme les syndicats clirétiens seuls demandent et obtiennent la reconnaissance légale, c'est à eux seuls que vont tous les autres encouragements officiels, accordés notamment pour frais de premier établissement, pour conférences, bureaux de placement, enseignement professionnel, revues dites professionnelles, etc.
El nous verrons qu'ils ne sont vraiment pas à dédaigner.