CHAPITRE PREMIER
Considérations générales
Les origines du mouvement coopératif en Belgique remontent, d'après M. Louis Bertrand % qui s'est spécialisé dans l'étude de cette question, à l'année 1848, au lendemain de la Révolution de Paris. Alors que partout ailleurs les premières sociétés coopératives avaient été des sociétés de consommation, chez nous, le mouvement coopératif aurait débuté par des sociétés de production.
Les premières tentatives n'eurent d'ailleurs guère de succès ; les sociétés périclitèrent rapidement. L'on vit bien se créer, à l'initiative de Charles Rogier, un certain nombre de sociétés pour l'achat en commun de provisions d'hiver, mais en 1860 à peu près toutes les sociétés de coopération avaient disparu.
Pour M. Louis Bertrand, de 1864 à 1873 se place une seconde phase dans l'évolution du mouvement coopératif, coïncidant avec l'agitation ouvrière préparée et entretenue par le marxisme, introduit vers cette époque en Belgique et ayant abouti à la création de quelques coopératives socialistes à Bruxelles, Gand, Anvers, Liège, Verviers, dans le Centre et le bassin de Charleroi.
Aucune loi spéciale ne légalisait les sociétés nouvelles ; elles disparurent bientôt.
Bara, en 1873, dota, comme nous l'avons vu, le pays de la loi sur les sociétés commerciales : les coopératives pouvaient dès lors être reconnues légalement et jouir de tous les avantages inhérents à la personnification civile ; elles devaient payer patente.
L'extension du mouvement ne fut pas encore très marquée dès les premières années qui suivirent la mise en vigueur de la loi. En 1878 il existait 13 coopératives reconnues, dont 10 banques populaires ; mais leur développement fut plus rapide dès la constitution officielle et définitive du Parti ouvrier, en 1885.
' La Coopération, par L. Bertr.\nd, député. Ch. Rozez, éditeur, 81, rue de la Madeleine, Bruxelles.
I/Officc du Travail a publié l'an dernier une intéressante brochure, résumant les résultats d'une enquête portant sur toutes les sociétés coopératives (les sociétés agricoles non comprises), constituées en Belgique de 1873 à 1908. Elle a permis d'établir aussi exactement que possible l'importance du mouvement coopératif.
De 1873 à 1908, d'après l'enquête, il a été constitué 1.728 coopératives. De 1873 à 1886 il n'y a eu en moyenne que sept constitutions par an. De 1886 à 1896 la moyenne annuelle monte à 37, pour arriver, de 1896 à 1908, à près de 97 sociétés.
Pendant la même période, de 1873 à 1908, 783 coopératives se sont dissoutes, soit 45 p. c. des sociétés constituées.
Il existait, à la fin de 1908, 945 coopératives ; 783 de ces sociétés ont fait cormaître le chiffre de leurs affaires, lequel s'élevait en 1908 à 959,094,825 francs, dont 836,121,596 francs pour les seules sociétés de crédit.
Nombre de membres pour 831 sociétés: 324,700. Capital versé pour 811 sociétés : 36,654,785 francs.
La brochure distingue, — en dehors des coopératives agricoles — 10 espèces différentes de coopératives : consommation, pharmacie, production capitaliste, production ouvrière, nations, crédit, habitations, assurances, achat de matières premières, diverses.
Elle donne pour chaque espèce le nombre de sociétés existant en 1908, le chiffre des affaires réalisées, le nombre des membres, le capital versé et la répartition par province.
Il est à remarquer particulièrement que les sociétés de consommation, au nombre de 379, ont répondu à l'enquête en accusant 250,106 tnembres, 72,129,000 francs comme chiffre d'affaires et 7,235,000 francs de capital versé.
Il y a lieu de remarquer, d'autre part, le petit nombre de coopératives de production ouvrières (26) et leur peu d'importance : 2,300 membres environ, 2 millions de francs d'affaires et 613 (^vriers occupés.
Dans ces chiffres, avons-nous vu, ne sont pas comprises les coopératives agricoles, les plus nombreuses, et qui presque toutes sont cléricales. C'est dans le domaine agricole que les cléricaux ont mis à profit surtout la loi de 1873, et nous avons vu qu'il n'y a plus guère ici d'intérêt économique qui ne soit compris dans l'activité de ces sociétés.
L'effort des catholiques n'a cependant pas complètement négligé les sociétés de coopération ouvrière, et nous verrons qu'il en existe de puissantes, notamment de crédit pour habitations ouvrières, puis de production, renforcées par des organisations d'œuvres les plus diverses.