CHAPITRE II
Les coopératives socialistes
Les coopératives ouvrières sont plus particulièrement socialistes. A peu près toutes sont rattachées à l'Office coopératif belge.
Le rapport présenté au XXVI^ Congrès de 191 1, sur leur activité, nous donne des renseignements très complets sur l'importance du mouvement :
Au cours de igio il s'est créé au sein du Parti ouvrier une quinzaine de sociétés coopératives, savoir dix sociétés coopératives die consommation, une société coopérative de crédit et quatre sociétés coopératives agricoles.
Le recensement annuel entrepris par l'Office coopératif iadique que les 199 coopératives ouvrières de consommation sur lesquelles a porté l'enquête avaient fait un chiffre d'affaires de fr. 43,288,867.45, avaient réalisé un bénéfice die fr. 4,078,559.37; le nombre de leurs membres s'élevait à 148,002; celui du personnel occupé à 2,223. La valeur des imrneubles possédés par nos sociétés est de fr. 15,850,158.17. Quant au capital versé par les membres, il est de fr. 1,893,616.79.
Ces 199 sociétés ont 367 sièges d'exploitation ou de vente.
Si on compare ces résultats à ceux du recensement précédent, on constate une progression assez considérable, provenant d'une part de ce que l'enquête a été plus complète, kiu nombre plus grand île sociétés et aussi de la marche en avant du mouvement coopératif: 2,600,000 francs de plus pour les ventes ; 8,000 coopérateurs de plus.
Quant à nos coopératives de production, leur état reste stationnaire.
Dans la voie de la coopération agricole, il y a lieu de signaler pour l'année 1910 le beau mouvement entrepris dans les cantons de Soignies, Enghien, Lessines, Rœulx, et qui s'est traduit par la création de coopératives de cultivateurs. Le terrain à défricher présente plus d'une sérieuse difficulté : aussi, est -H bon de ne s'y aventurer qu'avec beaucoup' de prudence.
Dans le pays die Charleroi, d'un mouvement de concentration coopérative récent, nous pouvons augurer de féconds résultats.
A l'anarchie qui régnait succédera, d'ici quelques années, une organisation centralisée que décuplera la puissance de la coopération et permettra la création d'œuvres de solidarité et d'éducation.
Nos tentatives pour fédérer les mutuelles d'achat ' dans le Centre n'ont pas abouti, pas plus celles pour créer une entente avec le groupisme du pays de Liège.
En Flandre, nous avons assisté à la naissance d'une fédération des boulangeries coopératives socialistes dont les premiers résultats sont le Iprélude d'œuvres marquantes : le moulin fédéral, la caisse centrale des grèves.
Il serait à souhaiter que toutes les boulangeries de la Walionnie et du Brabant suivent cet exemple.
Si l'on savait mettre im frein à son particularisme, il y a déjà quelques années que les boulangeries coopératives ne seraient plus tributaires de la meunerie capitaliste.
La Fédération des boulangeries socialistes de la Flandre comprend toutes les sociétés de la région ; la Fédération française ne compte comme affiliées que les coof)ératives de Jolimont, Auvelais, Waremme, Nismes, Boussu, Wanfercée. Dinant, Beyne-Heusay, Louvain, Ath, Leuze.
L'Office coopératif a publié dans le cours de l'année dernière, outre son journal La Coopération, tiré à 5,000 exemplaires, de nombreuses brochures.
La question des droits d'entrée a fait l'objet de son examen et a donné lieu à une protestation aux Chambres, de même qu'U s'est élevé, en termes précis et énergiques, contre le renchérissement de la vie. Un pétiiionnement dans ce sens a été provoqué par l'Office.
La Fédération des coopératives belges, qui entre dans sa dixième année d'existence, a réalisé pour 1910 le chiffre de fr. 4,489,996.46 d'affaires, soit, siu l'année dernière, une augmentation de i million 268,147 fr. 66.
Ce chiffre d'affaires n'est ni en proportion des efforts faits par l'administration et par le jîersonnel, ni en relation avec la vente de nos sociétés, 4 millions : c'est le dixième du total des affaires coopératives !
On voit donc que le mouvement coopératif du Parti ouvrier est des plus sérieux.
La coopérative socialiste qui, quoique fondée seulement en 1907, a donné les plus brillants résultats est assurément la Prévoyance sociale, qui s'occupe d'assurances sur la vie et contre l'incendie.
Voici le tableau de son activité jusqu'au 30 septembre 19 10 :
La branche «vie » (fondée en octobre 1907) comptait, au 31 décembre 1907, 5,947 assurés pour 1,376,315 francs; à fin 1908, 29,950 assurés pour 5,758,883 francs; à fin 1909, 62,148 assurés pour 11,00,551 francs, et au 30 septembre 1910, 91,431 assurés pour 16,627,123 francs. Au bout de 36 mois d'existence la société avait réglé 1,285 sinistres pour 132,229 francs.
Quant à la branche «incendie » (fondée en novembre 1909), elle a enregistré 3,907 polices, encaissé 24,129 francs et réglé 28 sinistres pour 5,010 francs pendant sa première année d'existence.
La Coopérative de la Maison du Peuple de Bruxelles n'est pas moins intéressante. Elle dispose de 28 succursales, trois boulangeries, un entrepôt de charbon, un magasin de confection et d'aunages, cinq boucheries, sept maisons du peuple, un magasin central
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d'épiceries, et fait un chiffre d'affaires annuel de i 5 millions de francs, avec im bénéfice moyen de plus de 600,000 francs. Elle a environ 26,000 membres.
Lorsque l'on envisage les profits que les coopérateurs peuvent trouver dans leur affiliation à une coopérative, on ne peut s'empêcher de reconnaître que des chiffres aussi sensationnels que ceux que nous venons de rappeler ont une signification sérieuse, quant au profit que des œuvres d'une aussi grande envergure peuvent valoir sur le terrain politique. Les coopératives, étant réputées sociétés commerciales, peuvent vendre à tout venant. A des époques où, comme c'est le cas en ce moment, la cherté croissante des vivres se fait cruellement sentir pour les petits budgets, comment les ouvriers, employés, petits fonctionnaires ne seraient-ils pas irrésistiblement poussés à prendre le chemin de la coopérative, oii leur qualité de coopérateur leur vaudra des bénéfices certains ?
Ceux-ci ont été évalués à 200 francs en moyenne par an pour notre pays, davantage sans doute en ce moment pour un ménage ouvrier normal qui achèterait tous ses produits à la coopérative.
En France, M. Cheysson, récemment décédé, les estimait à 10 p. c. En Angleterre ils vaudraient 125 francs.
LTne enquête faite cette année par M. V. Serwy sur la fidélité coopérative, d'après les données de la statistique recueillie par l'Office coopératif, a permis de dresser, soit par arrondissement, soit par province, le Chiffre de la consommation moyenne par tête de coopérateur. C'est en quelque sorte le thermomètre de la fidélité coopérative : arrondissement de Liège, 800 francs ; arrondissement de Huy, 750 francs ; province de Liège, 669 francs ; arrondissement de Waremme, 500 francs ; arrondissement d'Ath, 420 francs ; les deux Flandres et Anvers, 410 francs ; arrondissement de Tournai, 400 francs : province de Luxembourg, 335 francs : arrondissement de Thuin, 3 1 o francs ; province de Namur, 300 francs ; Borinage, 300 francs ; province de Hainaut, 295 francs ; Brabant flamand, 240 francs ; Brabant, 228 francs ; arrondissement de Verviers, 200 francs ; arrondissement de Charleroi, 180 francs; arrondissernent de Soignies, 160 francs; Brabant wallon, 140 francs.
Que faut-il conclure de ces chiffres ? L'écart entre ceux des arrondissements de Huy, Liège et ceux de Charleroi, Soignies, Nivelles, est énorme. Il est dû à ce que les ménagères du pays de Liège ne connaissent plus d'autre commerce que celui de leur coopérative, tandis que dans l'autre partie du pays wallon les trois quarts de la consommation ouvrière sont encore fournis par le commerce compétitif. Mais quelle que soit l'importance relative de ces chiffres, il est certain que les sommes qu'ils représentent cor-
respondent à une part déjà notable des budgets d'ouvriers et d'employés, puisque nous avons vu que 65 p. c. des ouvriers belges gagnent moins de 3 fr. 50 par jour et que la situation des employés, au point de vue de leurs traitements, n'est pas toujours meilleure. Si ces profits ne sont pas décisifs pour déterminer l'absorption des travailleurs par le parti qui leur vient en aide sur le terrain économique, il est certain que les œuvres coimexes, d'un caractère plutôt social, constituées autour de l'œuvre capitale, ont tôt fait de rendre celle-ci complète et définitive.
Le caractère politique que les socialistes avaient donné de bonne heure à leurs coopératives ne pouvait manquer d'être remarqué par les cléricaux, au moment où ils procédaient à une réorganisation générale de leurs œuvres de propagande et où s'imposait de plus en plus la nécessité impérieuse de s'intéresser davantage aux classes laborieuses.
L'assemblée générale des délégués des œuvres catholiques de l'Archidiocèse de Malines avait été chargée, le i='' mai 1889, de discuter la question des coopératives. Elle avait à répondre à la question ainsi posée : « Y a-t-il lieu d'établir et d'encourager -dans quelles formes et sous quelles conditions, — les sociétés coopératives de production, de consommation et de crédit ? »
Deux courants s'étaient dessinés au moment des discussions : l'un préconisait la création de ce genre d 'œuvres ; l'autre, au contraire, considérait comme dangereux de susciter une concurrence inopportune aux petits commerçants, surtout par la diffusion de coopératives de consommation, les cléricaux ayant le plus grand intérêt à se concilier les faveurs de cette importante fraction de la petite bourgeoisie. Finalement, une solution mixte interrint, qui admit en principe la création de coopératives de production et de crédit et la constitution de coopératives de consommation, là seulement où une entente était possible entre vendeurs et consommateurs.
Quoi qu'il en soit, de l'ensemble des discussions se dégageait cette conviction que les cléricaux ne manifestaient guère d'enthousiasme pour ce mode de propagande, très en faveur dans le camp socialiste, se réservant d'user de la coopération agricole qui ne présentait pas les mêmes inconvénients. C'est ainsi sans doute que s'explique l'infériorité notable que les coopératives catholiques ouvrières présentent actuellement comme nombre, eu égard à leurs autres œuvres économiques.
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Une quarantaine environ sont renseignées comme faisant partie de la Ligue 'démocratique belge.
L'Union démocratique de Liège en compte deux : les Tailleurs réunis et les Cordonniers. Celles-ci sont des coopératives d'achat.
A Charleroi, nous connaissons les Ouvriers réunis ; à Movlanwelz, le Bon Grain ; à Anvers, le Beste Brod ; à Gand, la société Het Volk ; à Louvain, De Vereenigde Kleermakers et les Ebénistes réunis ; à Houdeng, l'Union des ouvriers ; à Roulers, De Gilde van Ambachten ; à Saint-Nicolas, une coopérative de tisserands ; à VervierS;, la société Saint-Sévère ; à Liège, la société coopérative Saint-Joseph ; puis le Fédération ouvrière, composée de rrois sociétés à Pâturages, Seraing et Anderlues, etc.
Un grand nombre de coopératives sont neutres, quelques-unes libérales.
Des 943 coopératives renseignées par l'enquête -le l'Office du travail, à la fin de l'aimée 1908, les autres sont faites entre employés, artisans, petits patrons et fonctionnaires. Nous nurons à y revenir au chapitre traitant de la petite bourgeoisie.
HABITATIONS OUVRIÈRtiS