CHAPITRE II
L'Enseignement professionnel
Parmi les facteurs mis en jeu pour assurer la prospérité et le développement des richesses d'un pays, il n'en est pas de plus important que celui qui intéresse l'initiation professionnelle des diverses catégories de travailleurs, seule susceptible d'assurer un maximum de productivité à ses ressources. L'enseignement professionnel s'adresse aux jeunes ouvriers et aux artisans, aux employés et aux patrons, aux jeimes filles enfin cju'il importe d'initier, de préparer en vue du rôle qu'elles auront à jouer en tant que ménagères.
Trè.'". spécialement la formation technique de l'artisan requiert de plus en plus une connaissance approfondie, théorique aussi bien que pratique, des méthodes nouvelles de travail, en .-oie de transformation ininterrompue.
Notre étude, ici, comporte l'enseignement de l'ouvrier, comme celui de l'artisan, du patron, parce qu'il nous a paru que l'un et l'autre ont des points de contact qui s'accordent parfaitement d'une description commune.
// n'existe pas en Belgique de loi relative à l'enseignement professionnel.
Combien de fois n'a-t-on pas signalé cette lacune, qui cache une fois de plus, semble-t-il, des préoccupations d'ordre politique ! Le Gouvernement n'a jamais voulu créer d'écoles professionnelles, préférant, à l'encontre de ce qui se constate dans les autres pays d'Europe, subsidier et encourager l'initiative privée dans cette matière.
Assuré de l'appui des congrégations, assuré aussi de l'intervention active du clergé régulier, le Parti clérical a toujours eu à sa disposition tout un personnel possédant déjà des locaux et les installations nécessaires et n'ayant plus qu'à puiser dans les caisses congréganistes, diocésaines et publiques pour mettre à profit, dans l'œuvre générale de propagande, cette arme précieuse que peut devenir la formation professionnelle de l'enfance et de l'adolescence.
Le système de la « liberté subsidiée » a trouvé ici, une fois de plus, un terrain d'application propice à la grande œuvre de clérica-
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lisation, et c'est ainsi que l'Etat se dessaisit, de par la volonté des cléricaux, de l'importante tâche de la formation professionnelle des travailleurs, au profit de l'initiative privée, représentée par des patrons, des industriels, des syndicats, des associations patronales et surtout, comme nous verrons, par des communautés l'eligieuses.
On voit se dessiner immédiatement les avantages que devait valoir aux cléricaux cette tactique particulièrement habile, et qui déjà leur avait réussi dans l'organisation de l'enseignement agricole et dans la création des œuvres.
Les syndicats chrétiens, ayant leur siège social dans les secrétariats permanents, émargeant, comme nous l'avons vu, pour des sommes importantes au budget national, ne furent guère en peine de créer dans leurs locaux des écoles professionnelles.
Les congrégations, les couvents pouvaient faire de même ; un personnel était là, inactif, que l'on pouvait utiliser et 'ransformer en corps professoral. Voilà constitué le nouveau facteur de propagande, moyennant les deniers de l'Etat !
Comment les libéraux et les socialistes auraient-ils pu se servir de la « liberté subsidiée », qui règle l'enseignement professionnel, alors qu'ils ne disposent ni de locaux, ni de personnel, ni de ressources ? D'une part, l'Etat ne crée pas d'écoles professionnelles, d'autre part, seuls les cléricaux, en raison des circonstances que nous venons de rappeler, sont en situation d'ouvrir ces écoles et de les faire enti-etenir, d'ailleurs, avec la complicité des Ministères, pour ainsi dire entièrement aux frais du Trésor public !
Le système adopté par les cléricaux en matière d'enseignement professionnel n'est qu'une des modalités du système plus général qui doit rendre la protection gouvernementale inaccessible à ceux qui refuseraient d'entrer dans leurs rangs.
En laissant au pouvoir exécutif, représenté dans l'espèce par le Ministère du Travail, le soin exclusif de régler l'intervention de l'Etat au point de vue des subsides et d'autres avantages, suivant le bon plaisir du ministre compétent, les cléricaux peuvent non seulement faire triompher partout leur enseignement privé et cléricalisant, mais rendre inefficaces, à défaut d'appui officiel, les efforts de l'initiative non cléricale.
C'est dans ces conditions que certaines communes et certaines provinces décidèrent d'organiser l'enseignement professionnel que pouvaient requérir tous ceux qui ne veulent pas se résigner à subir l'atmosphère religieuse des écoles privées confessionnelles, installées dans quelque gilde, maison d'ouvriers, secrétariat ou congrégation .
En 1884 il n'existait en tout et pour tout qu'un cours professionnel pour garçons, un cours d'apprentissage pour jeunes filles,
aucune école professionnelle proprement dite. Tout comme dans les pays étrangers, l'enseignement professionnel était pour ainsi dire inexistant en Belgique. Les premières institutions de ce genre, les école.î industrielles, furent créées par les administrations conamunalei: libérales. Le Gouvernement clérical refusant de créer des écoles professionnelles officielles, accessibles à tous, certaines provinces, telles le Hainaut, établiront sans tarder tout un réseau d'écoles, qui font aujourd'hui la gloire du pays.
L'Université du Travail de Charleroi, à cet égard, est ur modèle du genre, avec ses cinq grandes divisions, comprenant : I" une école industrielle provinciale supérieure ; 2° un musée provincial de l'enseignement industriel et professionnel ; 3° une école professionnelle avec cours du jour et du soir ; 4° une école provinciale de culture maraîchère et d'arboriculture, et, enfin, 5° une école d'apprentissage et des ateliers pour estropiés et accidentés du travail. ^
Le Brabant et la province de Liège viennent d'entrer dans la même voie. Les grandes communes dans lesquelles des v'coles professionnelles avaient été créées par des syndicats patronaux reçurent une estampille officielle et, est-il besoin de le dire, dans aucune de ces écoles il n'est laissé de place aux préoccupations philosophiques ou politiques.
Nous pensons que s'il est désirable de voir l'Etat encourager l'initiative privée, qui peut faire éclore des écoles s'inspirant de certains besoins locaux, il est de toute nécessité, en raison de l'importance croissante de l'enseignement professionnel dans l'activité nationale, que l'Etat, à son tour, crée, multiplie le nombre de ces écoles, en les dotant du personnel et de l'outillage cjui mettent leur enseignement à la hauteur des progrès modernes.
L'éducation professionnelle varie avec les diverses «..itégories de travailleurs qu'elle intéresse. Nous étudierons l'enseignement professionnel en nous inspirant du tableau suivant :
I. Enseignement des artisans et des ouvriers : 1° Ecoles et cours industriels :
2° Ecoles et cours pri)fessionnels ; 3° Ateliers d'apprentissage ; 4° Ecoles de Saint -Luc.
IL Enseignement des employés :
Cours commerciaux.
111. Enseignement spécial aux jeunes filles : 1° Ecoles professionnelles ; 2° Ecoles et classes ménagères ;
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3° Ecoles ménagères mixtes ; 4° Ateliers d'apprentissage.