I. — Ecoles et cours industfiels
Dans un remarquable discours prononcé au Sénat, lors de la discussion du budget du Ministère du Travail, M. Hiard, sénateur du Hainaut et industriel en vue, se prononçait ainsi au sujet de l'enseignement professionnel :
« La question du recrutement d'ouvriers capables, formés à bonne école, est d'un intérêt vital pour nos industriels. Je ne crains pas de dire que de la solution qui sera donnée à cette question dépend l'avenir de l'industrie nationale. Pour que la Belgique maintienne sa bonne réputation, pour qu'elle puisse soutenir la concurrence des puissantes nations d'Europe et d'outre-mer, il faut certes qu'elle perfectionne son outillage, ses moyens de production et qu'elle recherche toujours de nouveaux débouchés ; mais il lui faut aussi, ne l'oublions pas, des ouvriers toujours plus capables, à même de donner corps aux idées de nos ingénieurs compétents.
y> C'est à la suite d'une expérience déjà longue dans l'industrie que je dois signaler l'impossibilité de former des ouvriers compétents dans la plupart des grands établissements industriels tels que les nécessités de travail les ont formés à l'heure actuelle.
» Il faut absolument que nous suivions l'exemple nous donné par l'Angleterre et l'Allemagne, qui ont créé, développé et subsidié, sans parcimonie, les écoles professionnelles. Il faut bien le dire, nous sommes en retard sous ce rapport. Pour ne parler que du Hainaut, des chefs d'industrie, avec le concours si actif et si apprécié du Conseil provincial et de la Députation permanente (auxquels je me plais à rendre ici un public hommage), ont créé un peu partout des écoles industrielles, avec, de-ci, de-là, des écoles professionnelles y adjointes. Le Gouvernement a soutenu ces efforts, mais, à mon avis, pas dans la mesure dans laquelle il aurait dû et pu le faire. »
La concurrence de plus en plus grande que les étrangers viennent faire sur nos marchés à nos produits nationaux devrait, semble-t-il, inciter le Gouvernement à accorder une attention autrement importante à cette question de l'initiation professionnelle. L'infériorité de nos ouvriers et artisans est rendue effective déjà par l'absence de toute contrainte en matière d'instruction. Fort heureusement, les écoles et cours industriels, créés par certaines provinces et certaines communes, sont venus suppléer à cette lacune par l'organisation d'im enseignement spécial à l'intention des travailleurs : on y enseigne en effet les mathématiques, les langues modernes, le dessin, la technologie des ateliers, les éléments indispensables de chimie et de physique, l'électricité, l'industrie textile, l'industrie houillère, l'industrie du bâtiment, la métallurgie, etc., toutes connaissances de plus en plus nécessaires pour permettre à l'ouvrier ou à l'artisan de se perfectionner dans son métier ou l'industrie locale.
Presque toutes les écoles et cours industriels, au surplus, sont organisés par les communes.
Au !'='■ janvier 1910 il en existait 90 agréées pour tout le pays, avec 1,136 professeurs. Dans ce chiffre, le Hainaut intervient pour 44 institutions, le Brabant pour 14 et la province de Liège pour sept, soit au total, pour les trois provinces libérales-socialistes, 65 sur 90. Il y avait, en outre, 41 écoles et cours de dessin industriel et professionnel.
Il en est de diverses espèces. Les écoles industrielles ordinaires organisent leurs cours le soir, en semaine, et le matin, le dimanche. La durée des cours est de cinq ans : ils s'appliquent plus spécialement à l'étude des industries de la région. Certaines d'entre elles ont prévu l'organisation de cours commerciaux ou professionnels.
Les écoles mixtes sont ouvertes aux jeunes gens qui se destinent aux métiers artistiques ou à l'industrie ; après deux années d'études communes, les uns vont à la section dite artistique, les autres à la section dite industrielle.
Les écoles industrielles supérieures (Ecole provinciale de l'Université du Travail de Charleroi, écoles communales de Mons et de La Louvièrej préparent aux ]5ostes de conducteurs de travaux, chefs d'ateliers, cliefs de burea.ux ou de contremaîtres.
Alors que les cours industriels ne permettent aux intéressés que de prétendre à un certificat de capacité, les élèves des écoles industrielles qui subissent avec succès leurs examens reçoivent des diplômes. Les élèves sortant des écoles dites supérieures ont droit, s'ils réussissent l'examen régulier, à une licence industrielle du degré supérieur.
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Les cours industriels comportent un programme plus restreint et s'adressent surtout aux ouvriers et aux artisans qui ne peuvent suivre régulièrement les écoles. Ces cours se donnent plus spécialement le dimanche ; certains sont annexés aux écoles industrielles. Ils sont ou purement scientifiques, ou exclusivement consacrés à ■ l'étude du dessin professionnel.
L'âge d'admission dans les cours aussi bien que les écoles est fixé à 14 ans.
La direction incombe aux communes. Celles-ci élaborent le règlement, qui doit être approuvé par la Députation permanente et par le Gouvernement.
L'organisation des écoles est confiée à une commission administrative composée de six membres : deux désignés par la jjrovince, deux par la commune et deux par le département du travail. Le bourgmestre ou son délégué en fait partie de droit, de sorte que quand il est choisi dans la minorité cléricale il domie la majorité au Gouverneiment, surtout que la voix du président est prépondérante et que le tninistre se réserve d'agréer ou de ne pas agréer les délégués de la province ou de la commune. A différentes reprises déjà, des députés ont fait valoir à la Chambre des réclamations au sujet des abus qui président à ces agréations, lorsque l'intérêt du parti est en jeu.
Les mandats sont de six ans. L'Etat exerce son contrôle dans l'école et, à cette fin, délègue chaque année un inspecteur.
La nomination des professeurs proposés par la commission administrative est ratifiée par la commune et doit être également approuvée par le Gouvernement, sur avis de la Députation permanente. Ici encore on a signalé fréquemment des abus ; à Boussu, à Quiévrain, à Jumet, le Ministre du Travail refusait, il y a peu de temps, d'agréer le choix des directeurs. Le but, ou plutôt le prétexte évident de ces vexations est de ne pas ratifier les budgets et de ne pas accorder de subsides. Le système gouvernemental, au surplus, rend le ministre maître des destinées de ces écoles dites «officielles », alors que l'Etat n'intervient, comme nous verrons, dans leurs dépenses que pour un tiers : c'est le ministre qui règle la comptabilité, approuve ou désapprouve le traitement des professeurs, détermine les conditions des examens de sortie, etc.
Tous les prétextes, au surplus, sont bons pour refuser la liquidation des subsides et détruire l'enseignement des communes : les budgets sont approuvés après de longs retards qui n'autorisent pas le paiement des subventions, les agréations différées pendant plusieurs années, l'autorisation de dédoubler certains cours, de prendre des mesures susceptibles d'améliorer l'enseignement sont refusées, les subsides ne sont pas accordés parce que le nombre
d'élèves est insuffisant. (Nous avons vu comment, au contraire, les écoles ménagères agricoles sont subsidiées alors que, d'après le derniei rapport triennal ayant jîaru, le nombre des élèves requis par la loi n'est pas atteint). Bref, le Ministère dispose de tous les moyens nécessaires pour entraver le développement normal et utile des écoles industrielles, pour la seule raison qu'il n'y a pas de place ici pour l'atmosphère religieuse 1
Voilà le régime des écoles industrielles communales et provinciales, qui les met en réalité hors la loi.
Les écoles dites libres jouissent d'un régime de faveur. Ici, les fondateurs ou organisateurs sont seuls à désigner les membres de la commission administrative. Le nombre de ceux-ci est indéterminé ; le gouvernement y fait admettre un seul délégué.
Cette commission désigne les professeurs sans que l'Etat ait le droit d'intervenir ; leur choix est simplement notifié au Ministère. Les comptes, la gestion, tout est approuvé, oela va de soi, sans réserve par le ministre.
C'est dans ces conditions que, de plus en plus, le Hainaut se dégage de la tutelle gouvernementale, préférant renoncer à des subside,? qui ne peuvent que valoir aux institutions provinciales et communales des tracasseries susceptibles d'arrêter leur essor.
Les mêmes procédés étant employés, pour l'octroi des subventions, à l'égard des écoles ménagères, des cours professionnels, des ateliers d'apprentissage, un grand nombre de ceux-ci ont recouvré toute leur liberté: 12 cours techniques, 8 écoles industielles, 12 classes ménagères, 70 cours de coupe, 5 ateliers d'apprentissage se défendent ])arfaitement aujourd'hui sans le concours . de l'Etat.
Le Gouvernement intervient par des subsides de différentes manières, ainsi qu'il sera dit plus loin.
Aux requêtes doivent être ajoutés des renseignements concernant le règlement organique, le budget, l'horaire des leçons, le programme des cours et la liste des élèves. Après instruction, des subsides sont accordés à l'essai. L'agréation définitive comporte les conditions que nous avons énumérées plus haut.
Sur les 90 écoles et cours industriels, huit seulement sont organisés par les cléricaux. Mais nous verrons que si, dans les centres industriels, ceux-ci eurent trop ])eu à espérer de la classe ouvrière pour faire leur effort habituel, ils rétablirent l'avantage à leur profil, au point de vue de l'enseignement professionnel, en édifiant partout des écoles ménagères, des écoles de Saint-Luc ou des écoles professionnelles proprement dites.
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