II. — ifts écoles et cours professionnels
Les écoles et cours professionnels sont plus particulièrement créés en vue de préparer au patronat et s'occupent donc des métiers bourgeois.
Ici encore l'Etat n'intervient que par encouragements et laisse exclusivement à l'initiative privée le soin de propager cet enseignement.
Il n'existe aucune école de ce genre à caractère officiel. Toutes sont créées soit par des communautés religieuses, soit par des associations patronales. On les trouve plus particulièrement établies dans les grandes villes. Ici les divers corps de métiers se sont ingénié à développer l'apprentissage avec leurs propres ressources, ne recourant qu'accessoirement à l'intervention des pouvoirs publics.
Le programme varie nécessairement avec les métiers des corporations, gildes ou syndicats ; il accorde en général une part très large, à côté de l'enseignement professionnel proprement dit, à l'étude du dessin et du commerce. On y enseigne, en outre, les mêmes matières que dans les cours industriels : les mathématiques, la physique, l'électricité, les langues vivantes, la sténographie, la dactylographie, l'hygiène et l'économie industrielle.
Les cours se donnent surtout le soir, parfois le jour. Ils sont gratuits, parfois payants ; d'autres fois les apprentis sont rémunérés lorsque les articles façonnés ou fabriqués par eux sont livrés à des coopératives de vente formées entre patrons.
Les communes et les provinces subsidient les écoles et cours professionnels.
L'Etat intervient pour 2/5 dans les dépenses totales ordinaires ; puis, comme nous verrons, dans les frais de construction ou d'amélioration des locaux ; enfin, pour moitié dans les frais d'achat de l'outillage.
Au !«■■ janvier 1910 il existait 68 écoles agréées et 16 cours professionnels subsidiés.
Dans ces chiffres figurent assez bien d'écoles fondées à l'initiative de gildes, de patronages, maisons d'ouvriers et secrétariats permanents catholiques. Il en existe notamment à Bruxelles, Louvain, Liège, Roulers, Namur, x^nvers, Gand, Wandre, Charleroi, Manage, Ostende, etc.
Les autres ont toutes un caractère de neutralité absolue.
m. — IjCS ateliers d'apprentissage
La réorganisation de l'apprentissage est actuellement l'une des préoccupations dominantes des pouvoirs publics dans la plupart
des pays d'Europe. Jadis, l'organisation syndicale, les corporations de métiers se chargeaient de la formation des apprentis. En dépit des progrès incessants, autant que rapides, faits par le machinisme pendant longtemps et partout, sauf peut-être en Allemagne et aux Etats-Unis. les divers pays s'étaient désintéressés de cet important facteur social.
La crise de l'apprentissage constatée il y a deux ans en France a décidé le tiouvernement de ce pays à prendre des mesures en vue d'y porter remède. En Belgique, le même problème s'est posé et la Commission nationale de la petite bourgeoisie a proposé en 1906 divers moyens de nature à faire revivre l'apprentissage, en l'encourageant par voie de subsides. C'est ainsi que sont nés, comme nous le verrons plus loin, les secrétariats d'apprentissage.
Depuis quelques années, à l'initiative de certaines communes, des écoles dites du 4<= degré préparent de la manière la jdus heureuse la formation de la jeunesse à l'apprentissage d'un métier.
La première école de ce genre fut créée à Saint-Gilles, sur la proposition de AL Morichar, à la suite d'un vote intervenu au Conseil communal le 15 juillet 1902.
Voici comment la définissait son zélé directeur, AL V. De Vogel, qui en fut l'organisateur, en collaboration avec M. Morichar :
(c Créer pour la classe ouvrière un organisme où ses fils pussent recevoir une éducation générale préparatoire à tous les métiers ; établir une école où les enfants du peuple et du petit patronat, ne désirant pas adopter la carrière administrative ou devenir employés ou commis, reçussent une instruction manuelle nettement caractérisée ; fonder un établissement où, en un mot, le fils de l'ouvrier voulant rester ouvrier, désireux de se lancer dans ce que nous appellerons la carrière manuelle, tout en ^e développant intégralement, pût se préparer à sa fonction sociale future, tel apparaissait le problème à résoudre '. »
Depuis, à l'initiative de AL l'échevin Cocq, les mêmes écoles furent créées à Lxelles, et actuellement la plupart des grandes communes administrées par les libéraux sont entrées dans la même voie.
Le fonctionnement aussi bien que l'agencement de ces écoles sont très laborieux et le recrutement du personnel enseignant notamment est particulièrement difficile. Le projet Schollaert, s'inspirant de l'exemple donné par ces communes, projetait la création d'écoles du 4<^^ degré dans presque toutes les communes du pays. 11 semble que l'auteur du projet se soit fort peu préoccupé de cette
• L'Ecole primaire supérieure technique de Saint-Gilles (dite 4^ degré), par Victor De Vogel. Iinp. V. Feron. Cl, rue \'erboekhaven. IStll.
Les Œuvres sociales et économiques. 555
dernière difficulté et sans doute il nourrissait l'espoir de voir improviser par les congrégations le personnel enseignant très spécial requis par ce genre d'écoles. Il est certain qu'il n'eût pas suffi de décréter leur création pour les voir éclore partout dans les conditions requises par les progrès techniques et pédagogiques modernes. On serait plutôt .tenté de ne voir dans la proposition qu'un moyen ingénieux de donner satisfaction à tous ceux qui protestent contre l'incurie du Gouvernement à l'égard de ce problème important qu'est la préparation professionnelle de l'enfance.
Les ateliers d'apprentissage existant actuellement en Belgique poursuivent ce but. Leur origine remonte à quelques siècles pour certains d'entre eux. Fondés grâce à l'initiative privée, ils furent reconnus d'utilité publique en 1861. Ils sont subsidiés depuis.
Ces ateliers ont pour objet la formation professionnelle des jeunes gens, âgés de 14 ans au moins. L'enseignement y est mixte, c'est-à-dire théorique et pratique. Il en existe de trois catégories :
1° Des ateliers d'apprentissage pour la pierre de taille, au nombre de 26, presque tous installés dans le Hainaut et la province de Liège ;
2" Des cours professionnels et ateliers d'apprentissage de tissage, au nombre de 32, tous dans les deux Flandres ;
3° Des ateliers d'apprentissage divers, au nombre de neuf.
Ces chiffres sont fournis par la Revue du travail comme représentant les statistiques au i^'' janvier 1910.
Parmi ces derniers on peut classer l'admirable Ecole pour estropiés, installée au Musée provincial de Charleroi, créée à l'initiative de MM. Pastur et Caty.
On sait que jamais le Gouvernement clérical n'a voulu subsidier cette institution admirable et unique, quoique rendant des services maintes fois signalés et bien que se trouvant dans les conditions normales pour être subventionnée par les pouvoirs publics.