IV. — ies écoles de Saint-Luc
Les Ecoles de Saint-Luc sont propres à notre pays ; il n'en existe pas ailleurs. Elles se sont développées à l'initiative des catholiques depuis 1860.
Leur but a été ainsi défini à l'assemblée générale des catholiques, en 1889, par le Frère Mares, directeur de l'école de Schaerbeek : « Compléter l'éducation morale et religieuse que l'enfant a reçue dans la famille ou à l'école primaire, et ensuite lui donner les connaissances professionnelles qui le mettront à même d'exceller dans le métier. »
Les Ecoles de Saint-Luc, qui doivent développer le sens artistique chez les artisans, s'adressent ainsi aux futurs arcliitectes, entrepreneurs, menuisiers, charpentiers, ébénistes, sculpteurs sur bois et sur pierre, serruriers -ferronniers, peintres, brodeurs, graveurs, orfèvres, etc.
Les jeunes gens y sont admis dès l'âge de 13 ans, après avoir justifié qu'ils ont fait quelques études primaires. A la base de l'enseignement se trouve l'étude du dessin.
Les études comportent : 1° une division préparatoire ; 2° une section spéciale de tous les métiers du bâtiment ; 3" ime section d'art industriel ; 4° une section de dessin et d'ornementation.
Aux écoles, bien achalandées en général, sont annexées des bibliothèques.
Le.'= élèves sont recrutés dans les classes laborieuses. On les place dans des ateliers, tenus par d'anciens élèves. Ils gagnent quelque peu.
« Je ne sais, écrit à ce propos le Frère Mares, si l'on se préoccupe assez des intérêts matériels des membres qui font partie des écoles ou des œuvres ouvrières. Quoi qu'il en soit, ce point a toujours préoccupé l'Eglise et, dès la naissance du christianisme, on voit les apôtres choisissant sept hommes remplis du Saint-Esprit pour présider à la distribution des aumônes et des secours. »
Comme on voit, l'esprit de l'enseignement dans les écoles de Saint-Luc, tout en étant religieux, se préoccupe aus:>i de jjréparer les jeunes ouvriers à la pratique du renoncement et à trouver nécessaire la charité chrétierme. On leur vient en aide par aumônes et secours.
La prière est de règle avant et après la classe et les réunions accessoires ; l'enseignement religieux est rappelé en tous temps aux jeunes élèves. Il est, au surplus, complété dans les gildes où ceux-ci se retrouvent à titre de membres.
Les modèles sont toujours empruntés à l'art religieux, l'art du passé .
Le but des Ecoles de Saint -Luc ne se limite pas à des préoccupations artistiques. «La nécessité de former de bons patrons s'impose, écrit le Frère Mares ', pour des raisons qui méritent d'être prises en sérieuses considérations. Naturellement, beaucoup de patrons improvisés se plaignent de manquer de travail, et comme il est dans l'brdre de trouver la charité chez les catholiques, ils s'irritent de ce que ceux-ci ne leur font pas plus de commandes. Quelquefois même ne nous voyons-nous pas forcés de nous adresser
' Les Ecoles de Saint-Luc. écoles de métiers. Assemblée générale des catholiques, 1889, p. 3-43 et 340. Inip. Ryckmans, Malines.
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à des adversaires politiques, précisément parce que certains patrons honnêtes n'ont pas les capacités voulues pour exécuter ce qu'on leur commande ? De là des froissements et des désertions. Les catholiques ont donc tout intérêt à améliorer la situation des patrons incapables. C'est un acte de charité, c'est de plus un acte de sage politique. »
Comme on le voit, le développement de l'art chrétien ne va pas sans quelque souci de prosélytisme au profit du parti. Nous poursuivons : « Le parti politique qui organise sérieusement et largement dans ce sens la catégorie de travailleurs dont il s'agit rendra un service immense à la société. » Puis enfin : « La question ouvrière devenant de plus en plus menaçante, la crainte des dangers éveillera peut-être la générosité de bien des personnes en faveur des écoles si nécessaires et si utiles. Puissions-nous ne pas arriver trop tard! »
Les Ecoles de Saint-Luc ne se sont pas propagées comme le faisaient entrevoir les discussions de l'assemblée de 1889. Au !<="■ décembre 19 10 il en existait sept. L'Ecole de Gand, à elle seule, compte près de 700 élèves. Les six autres ont un effectif global de 2,000 élèves environ.
Il va de soi que les Ecoles de Saint-Luc sont subsidiées par le Gouvernement. Celle de Gand est subventionnée également par la province .
B. — Enseignement des employés Cours conimerciaiiac
L'enseignement commercial est confié, comme tout l'enseignement professionnel, à l'initiative privée. L'Etat ici intervient au même titre que pour les écoles industrielles, c'est-à-dire à raison d'un tiers dans les dépenses approuvées après justification des factures .
1^' enseignement supérieur est donné à l'Institut supérieur du commerce, à Anvers. Il existe un institut similaire à Bruxelles, annexé au Collège Saint-Louis, un autre dit Ecole des sciences commerciales et consulaires, annexé à l'Université de Louvain. On sait que depuis quelques aimées, grâce à la générosité de M. E. Solvay, les jeunes gens qui seraient désireux de poursuivre des études commerciales complètes et approfondies trouvent annexée à l'Institut de sociologie Solvay une école de commerce tout à fait remarquable. Signalons encore l'Ecole supérieure de commerce et consulaire, l'Institut commercial des industriels du Hainaut, tous deux installés à Mons.
Les écoles de commerce, moins bien achalandées, organisent
presque toutes leurs cours le soir. Le plus souvent, elles sont l'œuvre d'associations ou syndicats professionnels d'employés et de voyageurs de commerce, qui s'efforcent, d'autre part, d'assurer le placement de leurs affiliés, auxquels ils délivrent des certificats de capacité.
Certaines de ces écoles ont organisé également des cours de dactylographie et sténographie assez suivis.
Quelques grandes communes se sont efforcées, à leur tour, de développer l'enseignement commercial. Dans la plupart des écoles l'enseignement des langues vivantes occupe une place en vue.
Les principales institutions de ce genre sont les cours commerciaux et de langues du Syndicat du commerce et de l'industrie, à Anvers ; du Syndicat général des voyageurs, employés et patrons, à Bruxelles, avec de nombreuses succursales, comme nous verrons plus loin ; de la Société mutuelle des employés, rue de la Fourche, à Bruxelles ; de l'Institut moyen English Club, à Gand ; du Cercle polyglotte, à Huy ; de la Société de secours mutuels d'employés, à Charleroi ; le Cercle polyglotte et d'études commerciales, rue des Célestines, 4, à Liège, et le Cercle d'études commerciales, rue du Gynmase, à Verviers.
Depuis 1902, le Ministère du Travail a créé un jury central de comptabilité et de correspondance commerciale, composé d'un conseil général de 30 membres et d'un comité exécutif. Ce jury qui siège à Bruxelles et devant lequel les intéressés peuvent passer des examens sur toutes matières commerciales, confère trois sortes de diplômes : de comptable, de correspondant en langue allemande et de correspondant en langue anglaise.
Des épreuves préparatoires sont organisées au chef-lieu de chaque province et portant sur l'arithmétique, la géographie, quelques notions de droit commercial, etc.
Les récipiendaires doivent se présenter devant un bureau permanent de trois membres qui leur fait subir un examen ; ce n'est qu'après avoir subi celui-ci avec succès qu'ils peuvent se présenter devant le jury central.
Cette institution a été créée à la demande du Syndicat général des voyageurs, négociants et patrons, œuvre cléricale dont le siège social est fixé à Bruxelles et qui a des succursales dans de nombreuses villes du pays : à Alost. .Anvers, .\rlon, Bastogne, Binche, Braine-le-Comte, Bruges, Châtelet, Courtrai, Dinant, Gand, Jumet Liège, Malines, Marche, Marchicnne-au-Pont, Mons, Morlanwelz, Namur, Neufchâteau, Nivelles, Roulers, Soignies, Tournai, Turnhout, Verviers et Virton.
Son avoir social est de 25,000 francs. Le nombre des membres en Belgique est de 10,000 environ, dont 900 à Bruxelles. Les
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membres effectifs paient une cotisation de 6 francs et un droit d'entrée de i franc. La cotisation des membres honoraires est de lo francs et celle des membres protecteurs de 50 francs minimum.
Moyennant cette cotisation, les intéressés peuvent participer aux avantages des diverses sections, pour lesquels ils paient (évidemment des redevances supplémentaires : mutualité-maladie, pensions de vieillesse, crédit, petit outillage, bourse du travail, habitations à bon marché et enfin l'Institut des sciences commerciales et financières.
Il n'est pas exagéré de dire que le Syndicat est le véritable organisme officiel chargé de la diffusion de l'enseignement commercial dans le pays. Il est largement subsidié, à cette fin, par le Ministère du Travail. Un aumônier s'y occupe des services religieux et organise notamment des « retraites spirituelles » pour les membres.
Plusieurs membres du comité du Syndicat général font partie du jury central, dans lequel il y a, au surplus, une grande majorité catholique.
Au total, c'est encore l'influence cléricale qui est la plus favorisée par l'organisation générale de l'enseignement commercial sous le régime créé par le Gouvernement catholique.
Il existait pour tout le pays, à la date du 1==^ janvier 19 10, 21 cours commerciaux et de langues subsidiés par l'Etat ; un grand nombre de ceux-ci sont rattachés aux diverses succursales du syndicat chrétien.
En résumé, on peut dire que le Gouvernement ne fait pour ainsi dire rien pour vulgariser l'enseignement commercial. Alors que dans les autres pays, notamment en Allemagne, en Autriche, les pouvoirs publics attachent à celui-ci une importance prépondérante,, en Belgique, cette énorme tâche est confiée à quelques entreprises privées, non dépourvues, pour certaines du moins, d'une empreinte politique.
L'enseignement commercial est donné actuellement en Allemagne dans trois catégories d'écoles : les écoles de hautes études, les écoles dites supérieures, les écoles moyennes et les écoles inférieures, dont il existe de nombreuses variétés. Les écoles sont ordinairement établies dans les locaux des écoles primaires ou des écoles moyennes. Ce sont les autorités communales qui fixent le nombre d'heures de cours, qui varient habituellement de deux à huit heures par semaine.
On sait qu'en Allemagne l'enseignement professionnel est obligatoire pour les apprentis et les employés entre 13 et 18 ans. Un fort courant se dessine chez nos voisins tendant à rendre l'enseignement commercial également obligatoire là où il est organisé.
560 Le Régime clérical eu. Belgique.
Nous sommes loin, en Belgique, d'une organisation aussi conforme aux nécessités de notre époque.