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CHAPITRE III

Les Secrétariats d'apprentissage

Les écoles et cours d'enseignement technique que nous venons d'étudier ont pour objet de préparer la jeunesse à l'apprentissage des divers métiers ou des petites industries qui, jadis, comme on sait, rentraient dans le cadre des préoccupations des gildes et des corporations.

.Ainsi l'apprentissage à domicile a\-ait disparu. L'expérience a démontré depuis cjue beaucoup de parents préfèrent confier directement à quelque patron le soin de former leurs enfants à l'atelier, qui devient ainsi pour ceux-ci une véritable école d'apprentissage. Parfois, ces enfants suivent certains cours du soir ou du dimanche, mais ces cas sont peu nombreux.

Avec beaucoup de raison, l'Office des métiers et négoces, tenant compte de ces faits, recherchai les moyens d'accroître la valeur de cette forme éprouvée et très appréciée de l'éducation professionnelle, pour laquelle, au surplus, la plupart des associations de petits patrons, notamment des métiers d'art, marquaient une ]i référence très marquée.

Les congrès professionnels tenus lors de l'Exposition de Liège en 1903 eurent à se prononcer sur cette question importante et ils furent unanimes à réclamer des pouvoirs publics les mesures susceptibles de pro\oqucr la renaissance de cette forme de l'apprentissage.

Dès 1906 un poste spécial fut inscrit au budget de l'Office des classes moyennes, provoquant l'octroi de subsides pour la j^ratique et la conclusion de contrats écrits entre patrons et apprentis et la création de secrétariats dits d'apprentissage.

Un arrêté ministériel vint régler, à la date du 29 juin 1906, l'organisation de l'institution nouvelle. Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire les divers points qu'elle comporte et qui déterminent :

I" L'organisation de secrétariats d'apprentissage ; 2" Les devoirs du patron, auquel il alloue des primes s'élevant au maxiinum à 200 francs ;

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3" Les obligations de l'apprenti, auquel l'arrêté accorde, après l'examen final de l'apprentissage, un diplôme et une bourse d'une valeur de loo francs en livres et outils professionnels.

I. — Secrétariats d'apprentissage'. — Les secrétariats d'apprentissage sont des comités locaux ou régionaux de propagande, de patronage et de contrôle ; ils sont interprofessionnels et comprennent des instituteurs et professeurs, des hommes d'œuvre et surtout des délégués des corporations et des métiers.

Ces secrétariats sont subsidiés et inspectés par l'Office des métiers et négoces. Les autorités provinciales et communales, les associations professionnelles soutiennent parfois ces œuvres, qui ont pour but le relèvement des métiers locaux.

La mission des secrétariats est de recevoir et de faire con'iiaître les offres et les demandes d'apprentis ; de choisir les apprentis et les patrons ; de guider les apprentis dans le choix d'un métier, de les conseiller et de vérifier les aptitudes physiques et intellectuelles pour telle ou telle profession ; de contrôler l'accomplissement et la marche de l'apprentissage ; de vérifier les conditions dans lesquelles se fait l'instruction technique et pratique de l'apprenti ; d'intervenir en cas de conflit entre patron et apprenti ; de régler le programme des études et travaux à suivre pour la bonne formation de l'apprenti ; de veiller à ce que l'apprenti soit en état de subir l'examen final ; d'organiser cet examen ; de faciliter au profit du patron et de l'apprenti l'octroi des primes et des bourses d'apprentissage de l'Etat.

n. — Devoirs du patron. — Le patron devra spécialement faire dresser un contrat écrit d'apprentissage, dont il enverra deux copies au secrétariat d'apprentissage ; traiter l'apprenti en bon raaître et l'instruire théoriquement et pratiquement des règles, méthodes et usages de la profession ; l'appliquer à l'exercice réel du métier, et ne pas l'employer à des travaux étrangers à la profession ; veiller à ce que l'apprenti suive les cours de l'école professionnelle ou de l'académie, ou les cours professionnels temporaires ; soumettre à l'arbitrage du secrétariat d'apprentissage ou de l'association professionnelle le programme des études et travaux de l'apprenti et le programme de l'examen final.

L'Etat accorde au patron qui a accepté l'apprenti et réalisé son éducation professionnelle une prime annuelle de 50 francs au maximum pendant trois ans eL une prime supplémentaire de 50 francs si l'apprenti subit avec succès l'examen final d'apprentissage.

Circulaire de l'Office des métiers et néfi-oces.

III. — Devoirs de l'apprenti. — L'apprenti devra présenter des certificats constatant qu'il a suivi les cours de l'école primaire ou de l'école moyenne et, éventuellement, les cours d'une école professionnelle, d'une école de dessin ou de l'académie ; l'apprenti présentera aussi un certificat médical attestant son état de santé et son aptitude pour le métier qu'il désire apprendre ; il devra avoir suivi ou suivre les cours des écoles techniques utiles pour l'étude de sa profession et assister aux cours temporaires donnés dans le métier ; il pourra devoir produire à cet égard des certificats de contrôle ; il aura l'obligation de se montrer obéissant, dévoué, assidu au travail et de s'appliquer par des lectures au.x connaissances théoriques relatives à sa profession ; il aura à se préparer avec le plus grand soin aux épreuves théoriques et pratiques de l'examen final.

L'apprenti ne sera plus admis à l'examen après sa vingtième année accomplie.

Un diplôme et une prime de loo francs en livres ou en outils sont accordés par le Gouvernement à l'apprenti qui subit avec succès l'épreuve de fin d'apprentissage.

Le Gouvernement accorde enfin, pour frais de premier établissement des secrétariats, une somme évaluée généralement à 200 francs.

Ainsi constitués, les secrétariats d'apprentissage répondaient aux vœux émis par la commission chargée par le Gouvernement de rechercher les moyens d'améliorer la condition des personnes appartenant aux classes moyennes de l'industrie et du commerce, dès l'année 1905.

Cette commission, avec infiniment de raisons, réclamait également comme indispensable la participation des associations professionnelles à l'activité des secrétariats et notamment pour apporter leur appui en vue du recrutement des apprentis, de leur placement, de l'élaboration des programmes de perfectionnement et de la mise en pratique de mesures susceptibles d'améliorer la condition des apprentis.

C'est dans ces conditions que certains groupements catholiques ont immédiatement constitué des secrétariats dans diverses villes, car le Ministère du Travail n'admet la création que d'un secrétariat par ville : ce sont notamment le Syndicat des voyageurs, employés, négociants et patrons, le Burgersbond d'Ypres, l'LTnion professionnelle l'Aiguille, l'Association du commerce et de la petite industrie de Vervier.s, etc.

Actuellement, une vingtaine de secrétariats sont en fonctions à Anvers, Ardoye, Mons, Namur, Ypres, Arlon, Malines, Louvain, Verviers, Roulers, Bruges. Puis à Bruxelles, où le secrétariat, pré-

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sidé par un magistrat clérical, déjà président du comité de la Bourse du travail de la ville de Bruxelles, et fondateur du secrétariat catholique d'oeuvres sociales de la rue du Boulet, a ses bureaux au Ministère même, rue de la Loi ; à Liège, oii il existe en outre un secrétariat pour jeunes filles ; à Charleroi, où il vient d'être créé par des cléricaux, alors qu'une demande avait été introduite dans le même sens par des personnalités non cléricales bien auparavant. Voici d'ailleurs comment la Gazette de Charleroi dénonçait ce nouvel abus :

«Le 23 juillet 1907, sur l'initiative de plusieurs personnalités, se créait dans notre ville une œuvre d'apprentissage, absolument neutre. La commission administrative sollicita des subsides du Gouvernement. Jamais celui-ci n'a répondu. En séance du 7 avril 191 1 le règlement de l'œuvre a été complété par l'introduction d'un article en vertu duquel une indemnité de six francs est accordée à tous les patrons qui ont occupé un apprenti pendant un an.

» Le 10 janvier 191 1 il a été constitué, à Charleroi, par autorisation de M. Hubert, ministre de l'Industrie et du Travail, un secrétariat d'apprentissage à l'atelier. Cette institution, nettement cléricale, fait double emploi avec l'organisme neutre déjà existant. Elle vise évidemment à le détruire. C'est ce que le comité de ce dernier a fait observer à M. Hubert, qui n'a pas daigné lui accuser réception de sa lettre. »

C'est de la bonne justice distributive, à la manière cléricale !

Presque tous les secrétariats sont d'ailleurs catholiques ou tout au moins l'influence cléricale y est dominante.

Depuis quelque temps, à l'initiative de l'Office des métiers et négoces, sont organisées des réunions entre directeurs des divers secrétariats d'apprentissage. L'an passé, à l'occasion d'une de ces assemblées, tenues après le Congrès de la petite bourgeoisie, il fut décidé que les secrétariats seraient groupés en une grande fédération nationale.

Le programme, très vaste, était développé par le président et prévoyait tout un ensemble de mesures susceptibles de faciliter la tâche de chacun des secrétariats affiliés.

Durant la même année fut constituée, également sous les auspices de l'Office des métiers et négoces, une Ligue pour la protection de V apprentissage .

Son but, prévu par les statuts, consiste à répandre et assurer, par des moyens d'encouragement, de surveillance et de contrôle, la formation professionnelle et morale des persoimes de l'un et de l'autre sexe se préparant, chez un artisan ou chez un détaillant, à l'exercice d'une profession déterminée.

l.e comité est jîiesque exclusivement composé de personnalités catholiques.

Signalons enfin que récemment le Conseil supérieur des métiers et négoces, que le ministre consulte parfois avant de réaliser certaines réformes, s'est prononcé en faveur de la fondation d'une Maison des métiers, qui serait annexée à l'Office des métiers et négoces et permettrait à cette administration de réaliser d'une manière plus complète son programme d'action pour le maintien et le relèvement des professions bourgeoises.

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