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CHAPITRE IV

Les Qildes et corporations de métiers

Les gildes et corporations de métiers, ou encore les Burgersbonden, sont des associations créées entre artisans, petits négociants ou patrons, en vue d'assurer la défense de leurs intérêts professionnels ou économiques.

En régime légal, ces associations relèvent de la loi de 1898 sur les unions professionnelles et ont droit aux mêmes avantages que ceux accordés aux syndicats ouvriers. Nous n'y reviendrons plus.

Dès le moment où les cléricaux décidèrent de s'intéresser à la petite bourgeoisie, leur premier soin fut de consulter leurs associations et groupements politiques aux fins de savoir par quels moyens il leur serait possible de se concilier les faveurs des artisans, petits industriels ou petits négociants.

Déjà un poste de 5,000 francs avait été prévu, comme nous l'avons vu, au budget du Département de l'Industrie et du Travail, pour développer l'esprit d'association économique et professionnelle. Au cours de la même année, par l'organe de M. E. de Meester, député, le problème fut posé, lisons-nous dans le rapport sur l'activité de la section des classes moyennes (1899 à 1906) à la Fédération des cercles catholiques (Anvers, le 5 mai 1899). La très cléricale ligue générale des Burgersbonden, dans sa séance plénière de Gand (25 juillet 1899), à laquelle participa un délégué du Ministère, permit d'apprécier, ajoute le rapport, l'état d'esprit créé par une succession d'années d'inquiétude et de lutte sans direction. Le premier des grands congrès de la bourgeoisie, réuni à Anvers, les 17 et 18 septembre 1899, essaya de dégager l'aspect économique et scientifique des questions qu'il faudrait résoudre pour améliorer la situation des classes moyennes.

Dès 1902, la Commission nationale de la petite bourgeoisie formulait le vœu de voir se développer les unions professionnelles en vue de « maintenir et de faciliter le rôle des classes moyennes dans l'activité commerciale et industrielle de notre pays ». Et dès l'année 1906, trouvant la loi sur les unions professionnelles insuf-

fisante, elle proclamait « qu'il y avait lieu d'adapter davantage les formes légales concernant le droit d'association à la situation présente et aux besoins actuels des classes moyennes de l'industrie et du commerce. »

Ces récriminations venaient s'ajouter aux protestations formulées antérieurement par les unions professionnelles ouvrières ; mais nous avons rappelé, par ailleurs, que la loi avait eu surtout pour objectif, dans l'esprit des cléricaux, de servir la défense des intérêts agricoles au moment où il importait d'achever la conquête des populations rurales.

Quoi c]u'il en soit, la propagande cléricale, s'efforçant de provoquer la création de groupements d'artisans ou petits négociants, n'a pu s'exercer partout d'après un statut uniforme et reflétant les tendances politiques que les cléricaux ont su faire prévaloir dans leurs unions agricoles et ouvrières. Le caractère religieux et nettement politique a su se développer à leur intervention dans les gildes, les corporations, les burgersbonden et les maisons d'ouvriers, dont nous nous sommes déjà occupé et qui sont accessibles aux petits bourgeois, mais pas partout où ils tentèrent de j^romouvoir ces œuvres. Dans les grandes villes notamment ils se heurtent aujourd'hui encore à des résistances invincibles, et l'on peut même affirmer que la plupart des unions professionnelles créées au sein de la petite bourgeoisie ont un caractère nettement neutre.

Ici, néanmoins, les cléricaux ont repris l'avantage, en ce sens que les fonctionnaires catholiques de l'Office des métiers et négoce^ interviennent fréquemment dans les diverses manifestations de la vie de ces œuvres, concours, expositions, distributions de prix, remise de bourses, de décorations, ou même deviennent les dirigeants de ces associations professionnelles.

C'est dans ces conditions que l'on voit parfois surgir, en temps d'élections, des listes dites de commerçants, représentant apparemment des dissidents, des mécontents, mais qui ne sont en réalité que des créatures cléricales que l'on oppose à des listes libérales ou socialistes, avec l'appui assuré des cléricaux, là où ceux-ci n'ont guère de chance de réussir.

Les gildes représentent fidèlement les groupements chrétiens que l'on retrouvait, dans les temps les plus reculés de notre histoire nationale, dans les villes flamandes. C'est M. Helleputte qui, dès 187S, suggéra l'idée de les faire revivre, telles qu'elles existaient avant la Révolution française, qui, comme on sait, les avait fait (disparaître. La gilde devait réunir ouvriers et patrons dans le Gildenhuis, maison de la corporation, établir entre eux des relations cordiales et suivies, prendre toutes mesures et organiser tous les. services susceptibles de défendre les intérêts économiques aussi bien

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que professionnels des affiliés. Mais il va de soi que toutes les dispositions devaient également être prises pour restaurer, au sein de l'œuvre, la vie religieuse de jadis et développer l'influence politique requise par les temps nouveaux.

« L'idée mère de l'œuvre, disait M. le comte d'Ursel dans son rapport à l'assemblée générale des œuvres catholiques de 1889, telle que je vous l'indiquais tout à l'heure, l'idée antisocialiste, continue à lui servir de guide, car ce que nous exigeons de nos ouvriers, avant tout, c'est de n'être ni de près ni de loin adeptes de ces dangereuses doctrines. »

Les services installés dans les maisons des gildes sont tous ceux que nous avons décrits au chapitre des maisons d'ouvriers. Il faut y ajouter des cours professionnels spéciaux aux patrons, l'organisation de conférences, de concours, d'expositions, de syndicats du petit outillage, de services de prêts. Certaines gildes ont constitué des sections d'achats en commun et même des coopératives de vente, etc. Les pratiques religieuses, certaines autres dispositions moyenâgeuses, le souci jaloux d'avoir des drapeaux riches et artistiques, que l'on a vu déployer avec fierté lors de la manifestation Schollaert, à Louvain, ont été maintenus dans les traditions des gildes, ainsi que nous avons eu l'occasion de l'exposer à propos de la Gilde de Louvain 1.

Les gildes les plus puissantes sont celle de Louvain, qui sert de prototype aux autres, celles de Liège, Bruges, Courtrai, Saint- Nicolas, la Ligue antisocialiste de Gand, qui a adopté la même structure. Certaines d'entre elles ont des succursales dans les petites localités. A côté de ces gildes on signale l'existence de nombreuses unions, syndicats ou associations adoptant simplement comme étiquette la dénomination du métier qu'elles représentent.

A côté de ces associations déclarées catholiques existe tout un ensemble de groupements, sociétés ou fédérations, qui, au nombre de 70, font partie de l'Association pour V étude et la défense des. intérêts de la petite bourgeoisie, à tendance nettement cléricale et qui organise chaque année les congrès de la petite bourgeoisie. Nous avons vu par ailleurs comment sont composés les bureaux et comités.

Le Bulletin de l'Office des métiers et négoces nous fait connaître enfin qu'il existe, outre ces associations professionnelles cléricales :

La Fédération nationale des bouchers, 3,419 membres ;

La Fédération nationale de la boulangerie belge, 800 membres ;

La Fédération des patrons coiffeurs de Belgique ;

' Voir page 146.

La Fédération nationale du commerce, de l'industrie et de la petite propriété ;

L'Association des coupeurs-tailleurs de Belgique ;

La Fédération nationale des syndicats de la bijouterie, de l'horlogerie et des industries qui s'y rattachent ;

La Fédération des patrons pâtissiers de Belgique, 700 membres ;

La Fédération nationale des entrepreneurs de peinture de Belgique, 2,000 adhérents ;

Le Syndicat général des patrons plombiers de Belgique ;

La Fédération des marchands-tailleurs de Belgique ;

La Fédération des maîtres tapissiers et fabricants d'ameublements.

Ces fédérations sont neutres, indépendantes ; aux assemblées générales ou à toutes autres manifestations âe leur activité professionnelle apparaissent inlassablement les fonctionnaires de l'Office des métiers et négoces.

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