‹ Le régime clérical en BelgiqueChapitre 22 sur 166 · COMPTE DE RECETTES ET DEPENSES · texte numérisé non relu

COMPTE DE RECETTES ET DEPENSES

Dépenses

3 vaches devant vêler . fr. 1,. 500. 00

Fourrage d'hiver repris . . 250 . 00

Navets 12.00

Rutabaga 30.00

Betteraves fourragères . . 83.80

Assurance bétail .... 26.60

Frais de labour .... i3.06

Fagots, charbon . . . . 82.21

Farine de lin 390.28

Drèches de brasserie . . 111.20

Semences, etc 23.13

Lo3'er et fermages . . 500 . 00

Intérêt ou capital à amortir . 90 . 30

■52 semaines salaires à 13 fr. 676.00

Recettes

Beurre .

Lait. . . .

3 veaux.

Pommes de terre -Avoine .

Froment Seigle .

Foin et fourrages •3 vaches

Total

13, 12.. 50 -iS3.28 HO. 00 259.10 100.4.5 ol.OO 247.50 173.00

Total

. fr. 3,821.38

B.-VL.\NCE

Recettes fr. 4,268.91

Dépenses 3,821.38

Boni de la l'^ année . . fr. 447.53

Comme riiulit|ue ce tableau, les intérêts composant l'activité économique d'une petite ferme sont varies et nombreux. La nécessité impérieuse de dresser chaque année un bilan favorable préoccujîe le culti\aleur, pro|)riétaire ou locataire du bien qu'il e\i)li)ile. et l'oblige à envisager avec faveur les diverses mesures prises par le législateur pour la protection de ses intérêts.

Le culli\ateur a besoin de crédit pour l'acquisition d'un lopin de terre ou l'achat des animaux indispensables à rcx|)loitation d'une [jetitc ferme : pour augmenter son rendement, sélectionner les produits, faire lu sol les a\ances considérables qu'exigent les méthodes de culture modernes, il doit augmenter son capital de roulement et contracter des emprunts.

Il a intérêt à acheter à des prix axantageux le bétail, les machines agricoles. 11 a intérêt à vendre cher ses produits, à les faire connaître. Il doit être initié aux méthodes modernes de développement de la culti\re, en vue d'assurer à sa terre le rendement le meilleur.

II doit faire un jx'u d'élevage, sinon |)our la vente des produits qu'il pourrait élever, tout au moins pour sub\enir à l'entretien de sa famille, et s'assurer la propriété des animaux nécessaires à la culture des terres.

Il est exposé à des risques autres que ses risques personnels : la mortalité des chevaux, du bétail, des chèvres, porcs ; les récoltes mauvaises, conséquence de conditions atmosphériques anormales ; la maladie ; les accidents de travail survenant à des tiers qu'il occupe : la responsabilité civile pour dégâts causés à des \oisins, etc ,, et( .

Aucune ferme, enfin, ne pou\ant exister sans fermière, il est profitable pour ses intérêts cpie la femme du fermier soit instruite de tout ce qui a trait à l'économie domestique et rurale.

L'inscription dans les œuvres ayant pour objet la défense de ces divers intérêts ne donnera, certes, pas le bien-être, le bonheur ! iVIais l'œuvre représente un palliatif qu'il faut bien apprécier dans les conditions de vie économique que nous signalons, ]oarce qu'elle peut contribuer à préserver, dans une certaine mesure, les petits et moyens cultivateurs contre des malheurs éventuels et donner quelques jirofits immédiats.

Que dire des ouvriers agricoles ? Avec les petits cultixateurs, ils sont les parias séculaires ; ils ne sont qu'un instrument entre les mains des propriétaires et du clergé. Impuissants, lorsqu'ils restent au \illage, à se dégager de cette double tutelle, voués à ime vie de résignation, de misère per]iétuelle, ils cherchent dans l'exode vers les grandes cités ou l'émigration même un peu de cette liberté et de ce bien-être qui sont dans leurs aspirations communes. Ils

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deviennent domestiques, s'initient à un métier, vont à la fabrique ou à l'usine. S'ils ne désertent pas la campagne, ils ne jouissent,, aujourd'hui comme jadis, que de salaires de famine.

Si nous consultons, ici encore, les statistiques fournies par Y Annuaire officiel de l'année 1880, puis de 1895, les dernières ■ dressées, nous trouvons les chiffres suivants, au point de vue des salaires .

Année 1880.

Salaires moyens des hommes, sans nourriture, fr. 2.04

— — femmes, — 1-25

— — ' hommes, avec nourriture, fr. 1.21

— — femmes. — 0.71

Année 1895.

Salaires moyens des hommes, sans nourriture, fr. 1.98

— — femmes, — 1.22

— — hommes, avec nourriture, fr. 1.21

— — femmes, — 0.74

Ces salaires, qui sont une honte pour notre pays, sont ]5articulièrement .bas dans les provinces flamandes. Récemment, M. le député Buysse, lors de la discussion du budget de l'agriculture, nous a démontré qu'ils n'avaient en rien varié depuis.

Les ouvriers agricoles travaillent cependant journellement de 12 a 14 heures ! S'ils n'ont pu se créer un petit bien, ils logent dans les greniers ou dans les écuries. Ils ne bénéficient même pas de certains avantages accordés à la classe ouvrière industrielle. Ils sont exclus du bénéfice de la loi sur les réparations des accidents de travail ; leurs conflits avec les employeurs ne peuvent être tranchés par une juridiction de prud'hommes, inexistante, comme dans l'industrie. La loi de 1889 sur les habitations ouvrières, encore que conçue dans un sens très démocratique, leur permet larement id'acquérir une habitation confortable. Et comment, au surplus, le pourraient -ils ? C'est dans ces conditions que l'ouvrier agricole doit cependant faire vivre sa famille. A force de pri\-ations, grâce aussi à l'appoint du produit du travail de la femme et des enfants, admettons qu'il ait pu acquérir une petite parcelle de terre, voire même une habitation à crédit. Quel est son budget ^ ? X'oici un ouvrier qui a quelques économies, amassées à la suite de travaux saisonniers en France et à la suite d'un engagement militaire. Il

' Cet exemple est tiré de la monographie de M. Tibb.wt, député, intitulée Les Forces latentes des campagnes.

est marié ei s'est tait construire une maisonnette, à l'intervention de la Société d'habitations ouvrières.

Il exploitait, en 1907, 67 ares, dont 2>7 semés de seigle, I 5 d'avoine et 1 5 plantés de pommes de terre ; il ne disposait que d'une génisse achetée à crédit.

A son budget, les dépenses figuraient pour :

Fermages fr. 47.^0

Achat de semences i 5.00

Achat d'engrais ' . . 35-00

Annuités à servir à la Société p"^ habitations ouvrières 67.20

Médecin, pharmacien 20.00

Assurance 5 • ' o

.Achat de charbon 60.00

Habillements pour lui, sa femme et ses enfants . 60.00

Contributions 3-2o

Total fr 11 3.00

Les recettes figuraient ainsi :

Vente de seigle fr. ;o.oo

Vente de paille 30.00

Vente de ]wmmes de terre 25.00

Vente d'avoine 40.00

Total fr. I 45.00

En outre, à cette somme de 145 francs, il faut ajouter un léger bénéfice éventuel pour la génisse, après engraissement, et le produit de son travail chez des tiers.

Comment un petit cultivateur ou un ou\rier agricole, appelé à équilibrer son budget annuel dans ces conditions modestes, resterail-ii insensible aux promesses des membres du clergé qui sollicitent son enrôlement dans les œuvres ? Comment n'apprécierait-il pas les subventions, même dérisoires, que lui octroie le Gouvernement ])our divers postes de ce budget si fragile ? Cette misérable jîension de ()5 francs que l'Etat lui alloue pour ses vieux jours n'est -elle pas, à ses yeux, un bienfait dont il ne peut que s'exagérer la valeur, étant données les ressources infimes dont il dispose ])nur nourrir sa famille !

Le curé, qui se dit volontiers le seul dispensateur des subsides officiels, doit assurément voir grandir son prestige et son influence lorsque, sortant de la mission qui fait de lui le directeur des consciences, il daigne gérer avec avantage les biens de ses mandants .paroissiaux. Chargé de diriger les âmes au sein des (euvres, jl

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devient ainsi l'âme de l'œuvre elle-même : ceci doit valoir au parti dont il est l'agent un surcroît de force incontesté.

<s Que nos hommes d 'œuvre continuent, disait le chanoine Couturiaux au Congrès de Maredsous, qu'ils se dévouent de plus en plus aux groupements sociaux, que le clergé les seconde partout et nos œuvres, imprégnées de l'esprit chrétien, réaliseront im grand bien. Les populations seront reconnaissantes à ceux qui leur auront montré la voie de l'association et elles s'attacheront davantage encore à la religion et au drapeau catholique . »

Voilà, révélé dans toute sa candeur, le véritable but ]ioursuivi par les œuvres cléricales.

Nous aurons à compléter ce tableau de la vie rurale lorsque nous analyserons les divers facteurs qui doivent servir à consommer la conquête définitive des populations agricoles.

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