C. — Les conditions économiques de la petite
bourgeoisie
Dès le lendemain même de la création du Ministère de l'Industrie ei du Travail, nombreux furent les députés qui, à la Chambre, saisirent cette occasion pour attirer toute l'attention du chef du nouveau département sur les conditions économiques lamentables dans lesquelles se débattaient ceux que l'on considérait communément comme constituant les classes moyennes : petits commerçants, patrons exerçant la petite industrie, employés, voyageurs de commerce et salariés de l'Etat.
Tous les interpellateurs s'accordaient à reconnaître que la petite bourgeoisie, composée de travailleurs, d'hommes d'ordre, et représentant, dans l'échelle sociale actuelle, les échelons intermédiaires nécessaires entre les échelons les plus bas et les échelons les plus élevés, devait être plus soutenue, mieux protégée que par le passé, si l'on ne voulait la voir refoulée à bref délai et inévitablement dans les rangs d'un prolétariat déjà dense et miséreux. Envisageant la situation des classes moyennes, M. Cooreman', alors sénateur, disait : « Il y a là une question sociale dont l'importance ne cesse de grandir avec les développements de l'absorbante concentration des capitaux ; elle ne tardera peut-être ])as à égaler en importance la question ouvrière elle-même. »
La mise à jour de cette situation aboutit, comme nous le verrons plus loin, à la création de l'Office des métiers et négoces.
' Session I89o-06. Sénat, séance du 24 juin 1896. Voir Annales parlementaires.
<S8 Le Rcirime clérical en Belgique.
spccialemeni constitué en \ue de l'étude des divers problèmes intéressant les classes moyennes et plus particulièrement de la réalisation ])ratique des vœux sortis des travaux de la Commission nationale de la petite bourgeoisie.
\ ingt-sept ans se sont ]3assés depuis l'avènement du l'a ni catholique au pouvoir, et les conditions d'existence des petits bourgeois sont si peu différentes de ce qu'elles étaient à l'époque de leur a\ènement, qu'au Congrès delà petite bourgeoisie de 1910 ', M . le ministre Hubert n'a pu s'empêcher de reconnaître >< qu'en un certain sens, la situation de la petite Ijourgeoisie est jjeut-être devenue plus digne d'intérêt que celle des ouvriers. En effet, depuis une \ingtaine d'années, les ou\riers voient s'améliorer graduellement leur situation. Par quels moyens cette amélioration se poursuivra-t-elle dans l'avenir ? Voilà la seule question cju'il faille encore se poser en ce qui les concerne. Pour les petits bourgeois, au contraire, il ne s'agit de rien moins que d'une question de vie ou de mort. Seront -ils ou ne seront-ils pas éliminés ? Malgré cela, la cause de la petite bourgeoisie n'a pas toujours rencontré loutes les sympathies auxquelles elle a droit, non pas seulement chez les socialistes rêveurs, mais chez bien des gens qui ne se rendent pas compte du rôle véritable de la petite bourgeoisie... »
Qu'il nous suffise donc, et sans les faire accompagner 'le longs commentaires, d'énumérer les tourments économiques contre lesquels se débattent aujourd'hui, comme par le passé, les petits bourgeois, puisque les efforts des cléricaux, insuffisants, dérisoires, perpétuent pour eux une vie dure, faite de privations.
Nous nous efforcerons de caractériser successivement les conditions de vie sociale des petits commerçants, des artisans, des employés et voyageurs de commerce, enfin des jietits fonctionnaires et employés de l'Etat.