CHAPITRE V
Le Saint = Siège veut des œuvres confessionnelles
La Belgique a une population de 7,5 16,730 habitants ^ environ. La religion catholique y est la plus répandue. Il s'y trouve de 45 à 50.000 protestants et de 15 à 18,000 Israélites ; les librespenseurs sont très nombreux.
Comme le dit avec infiniment de raison M. Paul Errera, dans son remarquable Traité de droit public belge -, aucun des systèmes de gouvernement qui impliquent l'unité de la foi n'y est réalisable.
Les catholiques ont une politique religieuse. Ils relèvent de Rome. Rome ne peut admettre la liberté de conscience, parce qu'admettre la liberté de conscience c'est sanctionner l'hérésie et l'hérésie comporte un état de péché perpétuel.
L'Eglise ne peut donc concevoir une société qui serait fondée sur le respect égal des consciences.
Citant l'Encyclique Immortale Dei, du !«"■ novembre '1885, dans son cours de religion, M . le chanoine Cantineau ^ écrit que « les sociétés ne peuvent, sans crime, se conduire comme si Dieu n'existait pas, ou traiter dédaigneusement la religion comme étrangère à l'ordre public et sans utilité pour lui, ou emprunter aux différentes religions qui se partagent le monde ce qui leur plaît : mais elles doivent, dans l'exercice du culte divin, suivre directement les règles et les modes tracés et prescrits par Dieu lui-même ».
La tolérance catholique romaine ne peut donc être la tolérance que requiert la situation au point de vue des confessions ou des doctrines philosophiques d'un pays comme le nôtre. L^ne Constitution qui, comme la Constitution belge, s'inspire de la Déclaration des Droits de l'Homme, ne peut être appliquée avec impartialité par
* Recensement au 31 décembre 1910.
' Traité de Droit public. Paul Errer.\, professeur à l'Université de Bruxelles. Paris, V. Girard et E. Brière, rue Soufflet, 16.
^ Cours de Religion. .M. le chanoine C.\ntixeau Tome I, p. -549. Tournai 1907, H. et L. Casterman.
un parti qui se préoccupe avant tout des droits de l'Eglise et des édits du Pape.
Pour les catholiques, au surplus, le malaise dont souffre en ce moment la société est une crise religieuse'. Celle-ci appelle l'intervention de l'Eglise, elle appelle aussi certains remèdes. Elle impose aux catholiques le devoir de répandre le dogme et de fortifier la foi ; elle les oblige à gouverner pour l'Eglise et par l'Eglise, la religion n'étant plus seulement une fin, mais un moyen. Les dirigeants catholiques auront ainsi la prétention de mettre la religion à la base de nos institutions, de l'école et des œuvres sociales et économiques : des mesures seront prises pour assurer aux unes et aux autres une atmosphère religieuse.
Mais les œuvres édifiées sur cette base doivent-elles arborer le pavillon catholique ou ne feraient-elles pas mieux de se réclamer plus simplement de la justice chrétienne, voire de la générosité philanthropique ?
Un abbé, J\I. de la Brière, s'est chargé, dans un travail spécial intitulé Les Etudes -, de répondre à cette question. Pour chercher à solutionner ce grave problème conformément aux volontés du Saint-Siège, M. l'abbé de la Brière re]>rend en premier lieu le Motu proprio, du i8 décembre 1903, sur l'action populaire chrétienne, adressé particulièrement aux catholiques d'Italie. Voici trois des articles qui regardent les œuvres charitables et les œuvres sociales :
« XI . A la solution de la question ouvrière peuvent contribuer puissamment les capitalistes et les ouvriers eux-mêmes, par des institutions destinées à fournir d'opportuns secours à ceux qui sont dans le besoin, ainsi qu'à rapprocher et unir les deu.x classes entre elles. Telles sont les sociétés de secours mutuels, les multiples assurances privées, les patronages pour les enfants et, par-dessus tout, les corporations des arts et métiers. (Encyclique Rerum novarum.)
» XII. C'est ce but que vise spécialement l'Action populaire chrétienne ou démocratie chrétienne avec ses œuvres nombreuses et variées. Mais cette démocratie chrétienne doit être entendue dans le sens déjà fixé par l'autorité, lequel, très éloigné de celui de la démocratie sociale, a pour base les principes de la foi et de la morale catholiques, celui surtout de ne porter atteinte en aucune façon au droit inviolable de la propriété privée. (Encyclique Graves de cominuni .)
' Discours du cardinal-archevêque Goossens. le -'H avril WM. ■ Bien Public du 23 mars 1911.
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» XIV. Dans l'accomplissement de son rôle, la démocratie chrétienne a l'obligation très stricte de dépendre de l'autorité ecclésiastique, en montrant envers les évêques et leurs représentants une entière soumission et obéissance : ce n'est ni un zèle méritoire ni une piété sincère qu'entreprendre des choses, même belles et bonnes en soi, quand elles ne sont pas approuvées par le propre pasteur. (Encyclique Graves de corn mu ni.)
Encore plus explicite apparaîtra, continue le commentaire, la Lettre pontificale du 22 novembre 1909, adressée à M. le comte Medolago-Albani, président de l'Union économico -sociale d'Italie. Le comité songeait à refondre les statuts de la Fédération des • groupes professionnels, pour que, déclarait-on, « le caractère d'association catholique n'apparût pas aussi ouvertement, afin d'obtenir de plus larges adhésions en accueillant dans la nouvelle organisation des groupements qui s'inspireraient même seulement de l'idée de justice chrétienne, et afin d'obtenir plus facilement ime représentation équitable auprès des pouvoirs publics ». La réponse de Pie X à cette proposition est caractéristique. Après avoir marqué un doute sur les avantages hypothétiques de l'adoption d'une étiquette non-confessionnelle, le Pape découvre toute sa pensée :
<; En outre, il n'est ni loyal ni digne de dissimuler, en la couvrant d'un drapeau équivoque, sa qualité de catholique, comme si c'était une marchandise avariée et de contrebande. De plus, avec l'idée de justice chrétienne, très large et dangereuse, on ne sait jamais à quel point on pourrait arriver pour l'esprit des Ligues qui adhéreraient et, par conséquent, pour les personnes qui pourraient être portées par les élections au comité.
» Que l'Union économico -sociale déploie donc courageusement le drapeau catholique et s'en tienne fermement au statut approuvé le 20 mars dernier. Pourra-t-on atteindre ainsi le but de la Fédération ? Nous en remercierons le Seigneur. Notre désir sera-t-il vain ? Il restera toujours les Unions partielles, mais catholiques, qui conserveront l'esprit de Jésus-Christ, et le Seigneur ne manquera pas de nous bénir. »
Trois lettres publiques du Cardinal secrétaire d'Etat vinrent ensuite rappeler et commenter la doctrine de ce document pontifical. D'abord, une lettre adressée, le 25 janvier 1910, à la présidence de la Fédération italienne des caisses rurales catholiques :
« Sa Sainteté ne doute pas que les critères directifs dont s'inspirera votre présidence ne soient de nature à assurer à la Fédération nouvelle ce caractère ou\ertement et nettement catholique
qui doit constituer l'apanage glorieux de toute institution qui naît et grandit à l'ombre de l'Eglise. »
Le cardinal Merry del Val écrivait de même, le 17 «nars suivant, à M. le comte JMedolago-Albani. en réponse à une nouvelle adresse de l'Union économico -sociale :
« Que le Non erubesco Evangelium — je ne rougis pas de l'Evangile, que saint Paul répétait déjà avec tant de franchise dans sa Lettre aux Romains, soit imprimé en grands et ineffaçables caractères sur le drapeau de toutes les institutions catholiques, et qu'une profession chrétienne ouverte et franche forme leur devise glorieuse et la synthèse lumineuse du caractère qui les informe et les distingue.
>■■ Sa Sainteté eut déjà l'occasion de se prononcer explicitement là-dessus dans le vénéré autographe qu'elle adressa récemment à Votre Seigneurie. .\ujourd'hui, saisissant cette heureuse occasion, elle revient sur le même argument pour recommander de nouveau et indistinctement à toutes les associations qui militent dans le camp catholique d'être et de se montrer catholiques à toute épreuve, non seulement dans l'ombre de leurs propres réunions, mais aussi à la lumière des grandes manifestations sociales : non seulement dans le silence de la vie privée, mais aussi au milieu du bruit de la vie publique, de façon que chacun puisse s'appliquer à lui-même et se dire avec joie : In ipso vivimus, movemur et sumus. »
Le 17 avril, le Cardinal secrétaire d'Etat répondait en ces termes a une supplique venue de France et rédigée par M. Louis Durand, président de l'I'nion des caisses rurales et ouvrières :
<^ Vous voulez très justement que les procédés d'action sociale, vraiment capables de réaliser un grand bien par le maniement des intérêts éconoiniques et la formation des élites, s'écartent résolumeni du jDernicieux j^rincipe de la neutralité religieuse et revêtent un caractère catholique plein de précision et de netteté dans une union disciplinée.
» En effet, c'est en vain qu'on prétendrait restaurer la société et améliorer réellement le sort des peuples en évitant de mettre à la base de l'action sociale l'inspiration de la religion et de la charité chrétienne.
» Le Saint-Père a appris avec un vif intérêt que 'otre l'nion renferme des grou])ements qui ])euvent servir très efficacement de modèle aux autres, tant au point de vue de l'organisation économique qu'au ])oint de vue de l'organisation religieuse >. »
' Ces divers documents du Saint Siège ont été reproduits in-extenso dans la Revue d'Organisation et de De'fense religieuse. 10 décembre 1909. l^et l.'im.ii 1910.
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Puis de Pie X, son allocution aux pèlerins français (i6 avril) :
« Ayons de la sollicitude les uns pour les autres, afin de nous stimuler à la charité et aux bonnes œuvres. N'abandonnons pas la société des nôtres et ne mettons pas le pied dans le camp adverse, parce que nous donnerions ainsi à l'ennemi une preuve de notre faiblesse, que l'ennemi essayerait d'interpréter comme un signe et une marque de complicité. »
L'Encyclique du 25 août, relative au Sillon, inculque sous bien des formes, elle aussi, la direction de l'Eglise, les intentions du Saint-Siège, au sujet du caractère confessionnel des œuvres sociales entreprises par les catholiques. Nous nous permettrons d'invoquer, en cette matière, l'autorité d'autrui, car la signification théorique et pratique de l'Encyclique du 25 août a été marquée avec une clarté parfaite dans la revue Le Mouvement social (septembre 1910), où l'Action populaire de Reims continue les traditions doctrinales de l'Association catholique. Impossible, continue l'abbé, de formuler plus exactement les instructions pontificales sur la confessionnalité des œuvres, de celles-là même dont le but unmédiat est d'ordre temporel :
<; Les principes d'économie mis en cause dans la Lettre relative au Sillon appellent l'attention sur l'action sociale des catholiques. Celle-ci a un double aspect : moral et économique. Le Pape, considérant le premier aspect, veut que cette action sociale soit catholique et, comme telle, dirigée par l'Eglise. Il affirme ainsi, une fois de plus, et le magistère de l'Eglise et son droit de direction dans l'ordre religieux et moral. Il déclare la tactique que suivra l'armée catholique. Une double méthode se concevait : la première, à l'image de l'Etat moderne, oii se rencontrent les diverse? religions et l'irréligion, où le droit public est neutre, quand il n'est pas hostile à l'Eglise, enlève à l'action catholique son caractère spécifique, de façon à lui assurer, apparemment du moins, une pénétration plus facile dans la société. La seconde conserve à cette action un caractère pur et franc de tout alliage, concentre ainsi Veffort catholique, non pour Je réduire et l'isoler, mais pour lui assurer une pénétration plus efficace. Cette dernière méthode, qui rappelle celle du christianisme naissant en face du monde romain et barbare, sied au catholicisme du xx<= siècle en face du monde civilisé tout entier. Elle trouve son application dans le. caractère que Léon XIII et Pie X ont, à plusieurs reprises, imprimé à l'action sociale des catholiques ; elle sera homogène, d'un caractère franchement surnaturel. Au sein des nations modernes, l'Eghse, sur le terrain religieux et moral, qui est son domaine.
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construira une société qui vivra intégralement de sa vie et dont le catholicisme rayonnera sans rien perdre de sa vigueur ip. 212)... »
La direction du Saint-Siège ne saurait donc prêter à ,Ia moindre équivoque. Autant que la chose est possible, les œuvres catholiques doivent adopter un caractère franchement confessionnel. Ces œuvres porteront l'empreinte catholique, quelquefois j^ar leur litre même, ou encore par les prescriptions de leurs statuts et règlements, mais surtout par les principes doctrinaux et par l'esprit religieux dont, notoirement, elles s'inspireront.
C'est dans ces conditions que les catholiques belges, conformant leur action politique aux vues pontificales, s'efforcent d'entretenir, au sein de leurs œuvres, cette atmosphère religieuse qu'ils veulent déjà à l'école. Ils atteignent ce résultat par l'intervention active des membres du clergé, imposant à tous un ensemble de mesures conformes à l'esprit confessionnel.
En conformité avec les instructions de l'Archevêché, les associations, en général, sont placées sous le patronage d'un saint ou d'une sainte ; elles se disent chrétiennes, et ce mot dispense de recourir au qualificatif de catholique.
Au moment de leur affiliation, les adhérents déclarent reconnaître la religion, la propriété et la famille comme bases de la société. L'admission est fréquemment subordonnée à certaines conditions n'ayant aucun lien direct avec le but économique que poursuivent les œuvres : inscription dans les registres d'une paroisse ou participation à l'activité d'un patronage, d'une maison ou d'un cercle d'ouvriers ; d'autres fois, en se faisant recevoir dans l'œuvre, le nouveau membre déclare adhérer à une ligue plus générale, souvent provinciale, dont il accepte les dispositions intérieures.
Dans la plupart des œuvres, la pratique de la religion est obligatoire. Celles-ci comportent presque toujours la reconnaissance préalable, avant toute affiliation, du patronage d'un saint. La fréquentation de certaines fêtes religieuses est statutaire ; d'autres fois encore, les œuvres décrètent des pèlerinages obligatoires. Dans certains cas, l'adhérent s'engage à accepter des funérailles religieuses et la société n'intervient pas dans les frais funéraires si celles-ci sont civiles.
Dans maintes œuvres, les membres doivent s'interdire de participer à des manifestations jugées anticléricales et prennent l'engagement, sous peine de proclamer la déchéance de leurs droits de sociétaires, de ne faire partie d'aucun groupement que le comité directeur pourrait estimer contraire aux principes de l'association qu'il dirige.
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Des amendes sont prévues en cas d'infraction à ces devoirs ; l'exclusion peut être prononcée, au secret et sans discussion, contre ceux des membres qui cesseraient, à un moment donné, de ise conformer aux engagements spéciaux contractés vis-à-vis de la société.
Le curé fait partie de droit du conseil d'administration ; il peut même déléguer ses pouvoirs à son vicaire. 11 est le directeur spirituel des consciences, le proost pour les Flamands, mais son rôle s'étend à l'organisation tout entière de l'œuvre : directeur des âmes, il dirige l'œuvre elle-même.
Ces diverses dispositions, recommandées aux hommes d'œuvre comme étant le minimum indispensable et susceptible de conserver aux œuvres leur caractère religieux, charitable et politique, sont conformes aux circulaires émanant périodiquement des divers évêchés et de l'archevêché de Malines.
Elles sont rappelées aux militants cléricaux dans tous les congrès. Le Congrès de Malines, par la voi.x autorisée de M. le sénateur H. délia Faille d'Huysse, invitait récemment encore les directeurs des œuvres économiques à s'y conformer sans léserve^.
Mais des catholiques éminents, dont nul ne pourrait discuter la sincérité ni la force des convictions religieuses, ne partagent pas cette manière de voir, encore qu'il faille déplorer qu'ils soient si peu nombreux, que leur avis ne saurait prévaloir dans des milieux trop universellement sectaires.
Aux prétentions insensées des membres du clergé et des hommes d'œuvre, aux préoccupations injustifiables des législateurs catholiques, partisans de la cléricalisation à outrance par l'intermédiaire des œuvres confessionnalisées et qui les fait sortir de la légalité, nous opposons volontiers l'opinion émise récemment par M. Braffort, ancien conseiller provincial catholique, démissionnaire depuis peu de ses hautes fonctions de directeur général au Ministère de l'Agriculture, à l'occasion de la constitution d'une Fédération de sociétés d'assurance contre la mortalité du bétail dans la province de Luxembourg. Une pratique déjà longue de la direction du Département de l'Agriculture, la connaissance approfondie des divers intérêts agricoles comme de l'économie et de la vie des œuvres, donne à cet avis une valeur dont l'importance n'échappe à personne. Nous empruntons au Bulletin officiel- de la
' Du devoir des catholiques de s'affilier aux œuvres économiques d'intérêt agricole, de développer l'enseigne eut professionnel et social agricole, de veiller à conserver aux œuvres établies leur caractère chrétien et charitable, par M. le baron DELL.\ F.\iLLE d'Huyssi. sénateur.
- Le Luxembourgeois . n" 23. 10 juin i9H.
Société agricole de la province de Luxembourg le compte rendu de ses déclarations :
« M. Braffort considère comme une impossibilité le groupement dans une fédération ])rovinciale, à créer sous les auspices de la Société agricole, de mutualités locales aux statuts les plus variés : les uns excluant les non-confessionnels, les autres imposant l'obligation de faire partie d'un comice, d'une confrérie ou de toute autre société. La Société agricole perdrait tout son prestige sans aucun profit ])()ur j)ersonne à vouloir accorder un appui prétendument moral à un groupement qu'il considère comme irréalisable. Elle se ridiculiserait si elle avait la prétention de vouloir diriger un attelage aussi mal assorti et sûrement ingou\ernable. ' )n ne conçoit pas sérieusement la constitution d'une fédération de mutualités conservant chacune sa liberté de prôner et de défendre des opinions philosophi(|ues, religieuses ou politiques. Ce serait bien vite le gâchis et la guerre là où il faut la concorde et la paix, si l'on veut tenter de faire œuvre utile.
» D'ailleurs, il n"a jamais su comprendre l'introduction de conditions philosophiques, politiques ou religieuses dans les statuts d'une société à but économique ; il ne croit pas à l'efficacité de pareilles prescriptions dans les statuts des associations. Ce n'est ni à coups de législation ni de règlements qu'on forme des convictions : ce n'est pas par ces procédés empiriques qu'on fera l'éducation du peuple, et il a assez d'expérience de la vie pour déclarer qu'il considère ces prescriptions comme inopérantes et déprimant plutôt les caractères. Il faut à nos populations wallonnes une autre alimentation morale. Il leur faut des actes de dévouement désintéressé et éclairé et ceux-ci seront d'autant plus appréciés que leur respect n'aura pas été commandé. Les Luxembourgeois ont l'intelligence assez vive et l'âme assez h.iut placée pour s'incliner librement mais sincèrement dexanl loui ce qui inspire le respect et commande la gratitude.
» Si l'on \eut faire œuvre sérieuse et durable, il laut laisser les portes larges ouvertes à' tous les professionnels et bien se garder de faire de l'exclusivisme, sous quelque raison ou prétexte que ce soit : on aura déjà assez de peine, au début du moins, de former un groupement suffisamment fort pour assurer l'avenir de la société. Il faut donc bien se garder de fermer la porte au nez à des gens qui seraient dis])osés à venir grossir le nombre des effectifs et à augmenter l'axoir de la caisse.
» Le prêtre, conmie membre honoraire, doit pouvoir entrer chez nous librement et être assuré de la déférence et du respect dus à son caractère et à sa situation sociale. Mais en oniranl dans la
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mutualité, si chacun doit pouvoir conserver ses opinions philosophiques, politiques ou religieuses, chacun doit aussi s'interdire d'en faire état de quelque manière que ce soit, car autant le président est disposé à collaborer à la création d'une œuvre dont les professionnels seuls doivent recueillir les avantages, autant il est résolu à lui donner tout son concours et tout son dévouement, autant il est disposé à combattre ceux qui, par faiblesse ou complicité, laisseraient la politique s'infiltrer au sein de la société.
» Il faut rendre hommage au Gouvernement qui a compris la nécessité de seconder généreusement les iiiutualités d'assurance du bétail, mais il faut regretter qu'il n'ait pas fait davantage ou plutôt qu'il n'ait rien fait pour provoquer l'union sur le terrain des intérêts professionnels. »
Cette manière de voir est partagée par de nombreux citoyens belges de religion catholique, qui n'ont pu encore être ralliés à cette conception des politiciens et du clergé, qui veulent confondre celle-ci avec la défense des intérêts matériels les jilus vulgaires.
La neutralité qu'ils voudraient observer dans ce domaine ne reçoit pas l'approbation des dirigeants catholiques, cette neutralité étant, somme toute, peu compatible avec les privilèges ou les avantages que la cléricalisation à outrance leur assure sans coup férir. « La neutralité, proclame le Rév. P. Vermeersch ', est une affectation d'indifférence ; c'est un exclusivisme au détriment de la religion ; c'est au regard de celles-ci une défaveur, et, trop souvent, une hostilité à peine déguisée. » Puis, plus loin : « C'est ainsi que l'œuvre neutre est non seulement précaire et stérile, mais encore dangereuse. Dangereuse là surtout où les populations sont moins foncièrement chrétiennes. Les régions où fleurit la piété se préservent d'elles-mêmes de la neutralité, mais là où la foi est languissante, le souci principal doit être d'édifier les œuvres sur cette base solide qu'offre la religion. »
Ce qui n'empêchera pas de faire dire, par M. Louis Jamart, président de l'Association du Saint-Sacrement de la paroisse .Saint- Antoine d'Ixelles, dans un rapport présenté au dernier (Congrès de Malines, que « s'il existe dans une paroisse, comme cela arrive dans bien des localités, des œuvres neutres, les membres de la Ligue eucharistique doivent entrer dans ces œuvres, chacun 'selon ses aptitudes ».
.Manuel social. R. P. \'ermeersch et Muller.