C. — Les délégués des Associations agricoles
Il est élémentaire que l'organisation de ces secrétariats est très coiiteuse.
Les catholiques s'évertuent à faire croire que seuls les budgets privés de ceux qui s'y intéressent suffisent à faire face à tous les frais. S'il est vrai que certains souscripteurs ont pu intervenir dans les frais de premier établissement, il est aisé de montrer que les dépenses courantes sont couvertes par les subsides, que, sous les prétextes les plus divers, les divers Ministères leur allouerit de façon ininterrompue .
Ce n'est pas le moment de s'y ari-êter ; pour mémoire, cependant, on peut signaler que l'intervention gouvernementale se manifeste au profit de la bourse du travail, de la caisse de chômage, de la création d'écoles professionnelles, de la publication de revues spéciales, de l'organisation de conférences ; puis, sous prétexte d'encouragement aux œuvres agricoles, au profit des expositions, des expériences, des conférences, des inspections d'unions professionnelles, de laiteries ou de caisses Raiffeisen, des concours, des fédérations agricoles régionales ou provinciales. Le Gouvernement octroie des subsides de premier établissement et annuels aux .mutualités, aux fédérations de sociétés de secours mutuels, de réassurance et de sociétés de retraite, pour l'entretien des bureaux permanents que celles-ci comportent, les traitements de leurs délégués temporaires, les subventions pour achat de drapeaux, organisation de congrès régionaux ou nationaux, les subsides pour expositions du petit outillage, les secrétariats d'apprentissage, les écoles professionnelles, etc., etc.
Les provinces et communes à majorité cléricale renforcent encore ces largesses par des subventions importantes.
La totalité des subsides, même ceux qui sont destinés annuellement aux membres des œuvres, ne sont pas remis aux dirigeants de celles-ci ! Le Gouvernement les confie aux directeurs des secrétariats qui en font l'usage que requiert la propagande au profit du parti. L'interpellation de M. Jourez, au sujet des abus du Gouver-
nenient en matière de subsides, nous a fail connailre t|ue !e Secrétariat de Bruxe'lles, à lui seul, a touché en igo8 une somme de 52,553 francs uniquement destinée aux œuvres agricoles qui y ont installé leur siège social !
11 est à présumer que cette somme a été majorée depuis. Elle est remise à trois personnes préposées à la direction du secrétariat, qui en font l'usage qu'elles veulent bien, au sein des œuvres, sans aucun contrôle du Ciouxernement !
D. Secrétariat général des unions professionnelles
chrétiehnes
Ce secrétariat, dont l'action s'étend à tout le pays, a été fondé le 1*"' août 1004, après décision du Congrès de la Ligue démocratique belge, tenu à Hasselt en 1903 et à l'initiative du Rév. P. Rutten .
Le Rév. P. Rutten, qui appartient à l'ordre des Dominicains, est. toutes réserves faites au point de vue des œuvres qu'il patronne et crée, un homme aux idées très larges et un démocrate d'ime sincérité indiscutable ; il est le véritable apôtre des syndicats chrétiens en Belgique et c'est à lui, incontestablement, que le Parti catholique est redevable de l'organisation, aussi bien que des résultats du mouvement syndical qui doit soutenir sa politique.
Le secrétariat est patronné et encouragé d'une manière efficace par les Evêc|ues et l'Archevêché de .Malines.
Deux services s'y partagent toute l'activité : le service de la propagande, divisé en bureaux français et flamand, et le service de documentation et de propagande ; mais l'un et l'autre tendent uniquement à l'organisation syndicale des ouvriers industriels.
Des' succursales sont établies à La Louvière — ici plus spécialement au profit des populations wallonnes, — à Alost, à Anvers, à Louvain et à Turnhout. D'autres sont sur le point d'être créées.
Le service de la propagande s'efforce, avant tout, de former des pro]iagandistes, de préférence des ouvriers. Ceux-ci. bien initiés aux questions syndicales, sont envoyés dans tel ou tel endroit où leur concours est sollicité.
Ils sont rémunérés par le (îouvernement à raison de 25 francs par conférence ; 500 conférences sont données en moyenne annuellement par les soins du secrétariat.
Des prêtres, des congréganistes, des hommes d 'œuvre, les ligues féminines contribuent à élargir le terrain de la propagande, qui se fait ainsi avec des chances sérieuses de succès.
Les syndicats nouvellement fondés sont réunis à l'une des
L'Organisation de la Propagande. 223
grandes fédérations, groupées par fédérations flamandes et wallonnes, sans que le secrétariat intervienne d'une façon permanente et directe dans leur gestion intérieure. Il les guide, les conseille, les documente, leur vient en aide pour l'obtention des .faveurs gouvernementales, puis plus particulièrement dans le règlement des conflits entre patrons et syndiqués.
Cette intervention a été notamment et très spécialement remarquée dans les récentes grèves d'Eecloo, de Lessines et d'Ingelmunster. C'est sans doute sur l'invitation du secrétariat que M. le Ministre du Travail est intervenu, à son tour, créant un précédent n'ayant jamais existé en Belgique, mais dont nous nous garderons bien de le blâmer.
Nous reviendrons, au chapitre spécial que nous consacrons au mouvement syndical chrétien, sur l'importance des effectifs syndicaux, ainsi que sur les avantages accordés à ceux-ci par le Ministère du Travail.
Le bureau de propagande recourt à divers autres moyens pour hâter la inain-mise sur la classe ouvrière.
Des semaines dites « sociales » sont organisées annuellement depuis 1908, en français et en flamand.
Les semaines de Fayt et de Louvain ont eu un succès incontesté.. Diverses questions syndicales, celle de la propagande notamment, ont été envisagées par plus de 200 militants, dont un grand nombre d'ouvriers. Les cours organisés à leur intention étaient également très suivis.
La semaine de Fayt fut particulièrement active. Le XX'^ Siècle en faisait ainsi le compte rendu :
« Après quelques recommandations d'ordre pratique, les cours commencent.
» C'est le Rév. P. Rutten qui ouvre le feu en donnant sur l'histoire du syndicalisme chez les catholiques des indications qui permettront aux ouvriers de se convaincre et de prouver à leurs contradicteurs socialistes que l'organisation syndicale ouvrière a toujours fait partie intégrante de la doctrine sociale catholique.
» M. Fernand Parot, directeur des œuvres sociales du Centre, expose ensuite la tactique des syndicats socialistes et en tire les conclusions qui peuvent servir à nos « meneurs » à nous.
» Ces cours sont suivis avec une attention et une application qui font bien augurer du reste de la semaine.
» L'après-dîner n'a pas été moins intéressant que la matinée.
» Dans une causerie admirable de clarté et de précision, M. Jean Vossen, directeur des oeuvres sociales de l'arrondissement de Bruxelles, a exposé le travail accompli depuis sept ans dans cet
arrondissement et a montré par quels moyens ont été obtenus la constitution et le dé\cloppcment des nombreux syndicats chrétiens qui y prospèrent.
» Cette conférence a particulièrement intéressé l'auditoire, qui a cbaudement apjjlaudi, en même temps que le récit vécu, l'œuvre réalisée et ceux au dévouement intelligent de qui elle est due.
» A cette séance l'auditoire s'était accru de deux représentants : M.M. Léon Mabille et Pirmez. Comme des applaudissements e.\primaient la satisfaction provoquée par leur présence, M. .Mabille a déclaré aussitôt que tous deux venaient ici afin de s'instruire et de chercher des lumières pour la prochaine session de la Chambre. Celle-ci doit absolument résoudre les graves questions des pensions ouvrières et de la limitation des heures de travail. C'est pourquoi la semaine sociale a bien fait d'ouvrir à ce double sujet des discussions qui aideront les parlementaires à assurer le triomphe des meilleures solutions.
» Après cette allocution de .M. .Mabille. on a entendu un exposé documentai et historique, fait par M. Octave Misomie. des théories du socialisme. C'est qu'en effet, pour combattre celui-ci, il ne suffit pas de déjouer sa tactique, il faut en outre le combattre dans ce cjui lui donne le prestige d'une science.
» La soirée a été consacrée à des échanges de vues sur les divers points traités pendant la journée, et, les jours suivants, la plupart des participants de la semaine sociale entrèrent en « retraite », durant trois jours, dans le couvent mis à leur disposition par les Pères Jésuites. »
Et dire que le Gouvernement subsidie des unions professionnelles affichant ouvertement leur but politique, faisant même de la propagande, et dire aussi que ce même Gouvernement paye les conférenciers d'un secrétariat qui organise des manifestations contre des Belges c(ui ne veulent pas se soinnettre à certaines doctrines !
Le bureau de propagande réunit périodiqueineni les propagandistes en assemblée générale, où des discussions s'efforcent de dégager les moyens d'orienter la marche en avant dans des conditions toujours meilleures.
Le bureau de documentation a pour objet de réunir les brochures, monographies. ou\rages traitant des questions syndicales et pouvant être utiles à la propagande.
La bibliothèque contient près de i.ooo volumes.
Environ 90 journaux et revues spéciales sont reçus régulièrement au secrétariat dépouillés et classés, pour compléter l'action des deux services.
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Les renseignements reçus des diverses localités ourrièTes du pays sur l'activité syndicale, catholique aussi bien que socialiste, sont consignés sur des fiches, classées et tenues à jour avec méthode et ce travail facilite singulièrement la propagande.
Le même bureau édite de nombreuses publications, tracts, des instructions pour dirigeants de syndicats, des indications pour les hommes d 'œuvre.
Il publie deux revues : De Gids. à Anvers, en flamand, et le Bulletin des œuvres sociales de Tournai.
L'administration, qui relève du même bureau, a à se préoccuper de la gestion financière du secrétariat. Celui-ci perçoit des cotisations d'un franc par an et par membre souscripteur ; des membres protecteurs paient des cotisations de 20 à 50 francs.
Mais le Gouvernement, comme nous l'avons déjà écrit, subventionne le secrétariat pour conférences. Il lui alloue encore des subsides sous d'autres prétextes, notamment pour ses revues, dites professionnelles, et sans doute également pour d'autres objets encore, que l'on ne parvient pas toujours à déceler.
Nous aurons l'occasion de dresser le bilan complet de l'activité du secrétariat dans l'étude des syndicats chrétiens proprement dits. Dans leur propagande inlassable et ininterrompue, les militants du secrétariat se sont heurtés à des difficultés et des lacunes qu'ils voudraient voir disparaître. Les ouvriers syndiqués chrétiens sont loin d'être satisfaits de leur sort et réclament avec une vigueur de plus en plus grande certains remèdes à des maux que la charité chrétienne ne peut adoucir. C'est ainsi que le Rév. P. Rutten s'est fait leur porte-parole au récent Congrès de Malines, en demandant que les amis des catholiques « prient instamment la majorité de la Chambre et du Sénat de prendre les mesures nécessaires afin que le Parlement puisse s'occuper prochainement des améliorations et des compléments à la législation sociale réclamés par tous les hommes d'oeuvre ». Ce vœu sera vraisemblablement exaucé comme le furent tant d'autres, pour le plus grand bien de la propagande catholique.
E. La formation des propagandistes et conférenciers
Nous venons d'exposer comment dans les paroisses, notamment au confessionnal, puis dans les Confréries du Très Saint Sacreinent, le curé ou son vicaire s'évertuent à découvrir des ouvriers ou employés possédant les qualités nécessaires en vue de l'apostolat laïque, c'est-à-dire à la propagande cléricale. Nous avons examiné quelles sont les missions qu'ils ont à remplir.
Nous avons aussi eu l'occasion de rappeler que les ieunes gens qui révèlent, dans les représentations dramatiques des patronages ou des écoles, des aptitudes sérieuses à l'art oratoire sont sélectionnés par le clergé, encouragés et préparés en vue du même objet. Dans les cercles d'ouvriers eux-mêmes, on s'efforce de découvrir les éléments jeunes, susceptibles de rendre des services dans l'œuvre de la propagande.
Les sujets de choi.\ étant recrutés, il importe de les former, de les rendre à même de remplir leur nouvel apostolat. Ceci est la mission qui incombe aux écoles de propagandistes, établies. dans la plupart des secrétariats permanents d'œuvres sociales catholiques et même en dehors de ceu.x-ci, dans des locaux rattachés à la paroisse. C'est ainsi qu'il existe de ces écoles à Bruxelles, Anvers, Serning Tournai. .Mons. \ erviers. Saint-Xicolas, etc.. adoptant en généra' le même programme en vue de la formation des nouveaux militants.
Ceux-ci seront initiés à la défense des principes qui st)nt à la base du Parti clérical, deviendront les meetinguistes électoraux et seront instruits des diverses questions sociales, de l'économie et de la technique des œu\Tes qu'ils sont plus particulièrement appelés à créer.
Les uns et les autres sont envoyés là où leur 'présence est requise là encore où les enquêtes faites dans les secrétariats révèlent la possibilité de fonder de nouveaux organismes -atholiques
C'est à leur intention que M. le ministre Carton de ^^'iart, alors qu'il étaii député, a publié un Manuel social, fournissant tous les renseignements utiles aux hommes d'œuvre.
La méthode varie quelque peu dans les diverses écoles en \ue de la formation des jeunes agents électoraux.
Néanmoins, dans toutes on recourt à des réunions hebdomadaires au cours desquelles ont lieu des discussions sur les questions politiques ou sociales à l'ordre du jour, suivies de l'exposé par l'un des élèves d'un sujet qu'il a préparé, avec contradiction par un autre élève ; la soirée se termine par une demi-heure d'enseignement de l'apologétique populaire.
Une sollicitude très particulière est accordée aux jeunes ouvriers appelés à organiser partout le travail de la propagande ; les dirigeants catholiques s'occupent spécialement d'eux, leur font obtenir diverses faveurs et, lorsqu'ils sont à même de rendre des services à la cause catholique, leurs conférences sont émunérées par les soins du Gouvernement, sous prétexte de vulgarisation de l'esprit syndical. Ils sont aussi décorés des croix mutualiste ou industrielle.
C'est le cercle de propagandistes qui, à Bruxelles notamment.
f Organisation de la Propagande. 221
a fourni les orateurs des meetings durant les deux dernières périodes électorales.
Partout aussi ces mêmes agents battent villes et champs pour l'embrigadement des tra\ailleurs dans les œuvres catholiques, sous la direction des secrétariats permanents et avec l'appui du clergé et des confréries installés dans chaque commune.
F. Les maisons et cercles d'ouvriers
Ces maisons représentent pour les ouvriers ce que les patronages sont pour les enfants : ce sont de vraies paroisses organisées. Sous prétexte d'agréments, on les y attire en nombre, par une propagande inlassable, de chaque instant, et à cette seule fin de les enrôler sous les bannières catholiques.
Le local, suffisamment spacieux, est souvent la propriété de l'œuvre, grâce à l'intervention de généreux donateurs ; mais il arrive, notamment dans les petites localités, que les ouvriers sont simplement unis en cercles, prenant local n'importe oii.
Aux maisons d'ouvriers est souvent annexée une ichapelle ; l'œuvre est dirigée par un prêtre, assisté d'un comité directeur ; d'autres fois, c'est le curé à lui seul qui dirige toute l'organisation.
En général, les maisons et cercles sont uniquement fréquentés par des œuvres catholiques. On y organise des cours d'apologétique populaire : la fréquentation aux services religieux est obligatoire. Mais comme l'enseignement religieux ne serait assurément pas suffisant pour former et entretenir luie clientèle, tout est mis en œuvre pour rendre le cercle attrayant.
Les ouvriers y viennent plus particulièrement le dimanche ; on leur offre le cigare et le verre de bière. Des concours de jeux divers sont préparés fréquemment ; il y a une section dramatique qui offre, aux familles des affiliés, des soirées gratuites.
Les sports les plus divers, escrime, gymnastique, foot-ball, >' sont fort appréciés.
La maison ou le cercle sont presque toujours dotés d'une bibliothèque ; ici sont réunis de nombreux journaux et j-evues spéciales catholiques, traitant des questions économiques. De nombreuses conférences, politiques, sociales ou religieuses, réunissent fréquemment les affiliés.
Des catholiques aisés viennent parfois se mêler aux réunions ouvrières ; certains font partie du comité et président les diverses commissions. Il y a, en effet, dans chaque cercle, tout un réseau d'œuvres de défense directe des intérêts matériels : une bourse du travail, parfois des écoles professionnelles, des sections d'épargne.
de mutualité, de retraite, de crédit : d'autres fois, un dispensaire, un service pharmaceutique ; bref, tout est prévu en vue de rendre le cercle non seulement attrayant, mais profitable aux patronnés. L'enrôlement des ouvrières elles-mêmes est méthodiquement organisé. Des comités de dames, dans les villes de province, sont chargés par les secrétariats permanents de cette mission.
< II est à constater, écrit M"*^ van den Plas ', secrétaire général du Féminisme chrétien, que les organisateurs de syndicats préconisent deux différents modes de recrutement. Les uns .onsidèrent les patronages comme le centre naturel d'où peuvent surgir en grand nombre des adhésions syndicales. D'autres préfèrent s'adresser à des ouvrières isolées ou en atelier, sans les chercher dans les œuvres. »
A Bruxelles, c'est à la Ligue des femmes chrétiennes, présidée par M""' la baronne Nicaise, qu'incombe cette tâche. Pour assurer la réussite de la formation de s\ndicats d'ouvrières, la Ligue a créé- ; r une école féminine d'études sociales ; 2" une école commerciale pour jetmes filles ; 3" une bourse du travail : 4" une caisse de chômage.
L'ne part importante est réservée dans les préoccupations des dirigeantes des syndicats d'ouvrières dans les diverses maisons, à la pratique religieuse.
Outre que celles-ci doivent observer la fréquentation normale et régulière des exercices du culte, elles suivent, conformément aux prescriptions de l'Encyclique Reruin Novarum du Pape Léon XIII, les K Retraites fermées » et les < Récollections mensuelles ».
Celles-ci, intéressant non seulement les ouvrières, mais tous les pratiquants catholiques, nous y reviendrons dans un chapitre spécial.
Les cercles ouvriers organisent, pour la discussion de routes les questions intéressant la femme, des « semaines sociales ». Ici se réunissent des curés, hommes d'œuvre et plus particulièrement les dames et les ouvrières représentant les syndicats féminins.
Après discussion des rapports, des vœux sont émis, appelant des mesures qui doivent combler des lacunes, rendant l'organisation sans cesse meilleure.
C'est dans ces maisons ou cercles que les catholiques forment leurs propagandistes les plus zélés et les plus entendus. Ceux-ci sont initiés à l'économie et à la technique des œuvres. L'apostolat de l'ouvrier se fait par l'ouvrier à l'atelier, dans l'usine, partout,
' Les femmes des classes dirigeantes el le mouvement syndical, par M"' Vax - Rapport pit'scnti' par M"" la baronne Nu .\isi;. Inip. Daem, Hni.\elles.
L'Organisation de la Propagande. 229
en vue de faire grossir les effectifs des syndicats professionnels et des mutualités.
Nous avons vu que les directeurs de patronages, d'accord avec les dirigeants des maisons d'ouvriers, prennent toutes dispositions nécessaires, notamment en créant dans les premiers des sections qui se continuent dans ces dernières et pour maintenir les patronnés dans les rangs catholiques. Dans une monographie intitulée Aperçu sur les patronages urbains et ruraux, AI. l'abbé J. ^'ossem écrit ces lignes : « De bonne heure, nous devons orienter les i)atronnés vers l'union professiomielle, vers le syndicat. La plupart des syndicats prévoient dans leurs statuts l'admission des apprentis, avec une cotisation réduite, et accordent des indemnités appréciables en cas de chômage. Les patronnés pourraient continuer des sections filiales dans le patronage même. Il suffirait de faire parvenir le montant des versements à la caisse centrale des syndicats. On s'esc plaint plus d'une fois de la difficulté de recruter des membres pour les syndicats chrétiens. Le fait ne peut être nié, mais l'explication ne se trouve-t-elle pas dans l'organisation des patronages ? Nos syndicats n'ont point d'apprentis ; ce sont cependant les ouvriers de demain, et nous connaissons, d'autre part, les tentatives des socialistes pour incorporer les jeunes ouvriers. »
Ce transfert des patronnés dans les syndicats préoccupe beaucoup les militants. Il a fait l'objet des discussions d'une des sections du dernier Congrès de Malines, qui s'est rallié au "vœu présenté par M. Mousset, ancien député et rapporteur : Il est souhaitable que les patronages se préoccupent du passage de leurs patronnés dans les cercles ouvriers ; si on ne les dirige de ce côté, il est à craindre que ces précieuses recrues ne soient perdues pour nos œuvres. »
Dans les campagnes, des cercles analogues sont organisés pour les cultivateurs ; ici, comme nous le verrons plus loin, les questions agricoles remplacent les questions ouvrières, et la méthode en vue d'assurer la main-mise sur l'agriculture se pratique de même par l'accaparement des intérêts sociau.x aussi bien qu'économiques. Partout les cercles complètent de la façon la plus heureuse les organisations politiques.
Nombreux sont les cercles ouvriers à Bruxelles ; les plus puissants sont le cercle « Concordia ». de la rue Locquenghien ; le cercle « L^nion et Travail », de la rue Berlaimont ; « La Paix », rue Clémentine, à Ixelles ; « Saint-Philippe de Néri », « Saint- Jean Berchmans », etc.
C'est à Liège qu'ils sont les plus répandus : quatre forment la Fédération dés cercles ouvriers ; puis il y a les cercles G. Kurth,
-■^^ Le Régime clérical en Belgit/ue.
de Fléinalle, Saint -.Vlplioiise. Saint -josepli. Saint - Koniacie. et d'autres moins importants.
Nous avons dit au conunenceincni dv ce chapitre que des catholiques ciiaritables intervenaient dans les frais d'organisation des maisons ou cercles d'ouvriers. Le (Gouvernement, cela va de soi, intervient par tous les moyens que nous avons signalés à l'étude des secrétariats permanents, et plus particulièrement en faveur de la bourse du travail, des mutualités, des conférences, des remises de drapeaux organisation de congrès régionaux, et des subsides accordés aux sections de tempérance.
Les sociétés de secours mutuels et les syndicats légalement reconnus des maisons d'ouvriers comportent tous des dispositions illégales et inconstitutionnelles : pour en faire partie, il faut être membre de ceux-ci et se conformer au règlement d'ordre intérieur, qui comporte notamment l'accomplissement des devoirs religieux et l'interdiction de faire partie d'autres œuvres non cléricales. Toute infraction à celui-ci peut entraîner jusqu'à l'exclusion de la société mutuelle ou du syndicat !
G. Les associations de Saint=François=Xavier
L;i première association de Saint-François-Xavier remonte à 1854 ; cette année le Rév. P. Van Caloen prit l'initiative de réunir, dans une cave, à Bruxelles, un certain nombre d'ouvriers, dans le bui d'en faire des apôtres laïcs devant porter la bonne parole dans les ateliers et les usines.
Des ])rières étaient organisées en commun, pour le salut de l'âme des mécréants ; les exercices religieux, les retraites fermées, les récollections nu-nsuelles faisaient partie du programme. Réservées d'abord aux honnnes adultes, on \ admit peu à peu les femmes et les jeunes gens.
Des propagandistes, recrutés ])armi les ouvriers les ;)lus intelligents, étaient dressés, édutjués et suivaient les cours d'apologétique populaire, ])our être à mémo d'amener à l'œuvre de noux-elles recrues .
Des avantages nombreux étaient accordés aux adhérents ; puis, peu à peu, à mesure que s'élaborait la législation sociale catholique. de> ieu\res économiques se greffaient sur l'ieuvre princi|)ale, pai' l'organisation de sections d'épargiuv de mutualités, retraites, luiions professit)nnelles, etc.
La plupart des associations ont leur local, avec bibliothèc|ue, salle de fêtes, etc.
.Vux fêtes jubilairo <lc 1 '^04, 011 put apprécier l'importance
U Organisation de la Propagande. 231
du mouvement créé dans les conditions modestes de 1854: 355 sociétés, disséminées dans tout le pays, comprenant 72,000 membres, avec un grand nombre de femmes et d'enfants, et représentaient déjà à ce moment l'effectif de l'armée issue d'une réunion tenue dans la petite cave de Bruxelles. Il semble que depuis leur nombre ait diminué ; en 1908, il restait 308 associations, avec un effectif global de 67,130 membres.
Les associations de Saint-François -Xavier continuent leur propagande et fournissent non seulement des affiliés en grand nombre aux syndicats chrétiens, mais leurs militants les mieux initiés et les plus remuants.
On a remarqué notamment et très particulièrement leur air belliqueux à la manifestation du 27 aoiit à Louvain.
H. Le Tiers=Ordre de Saint= François
Le Tiers-Ordre est une fédération de fraternités groupant tout ce que le Parti catholique comporte de militants, de propagandistes, m'eetinguistes, conférenciers, politiciens, hommes d'œuvre, et s'efforçant, en des rapports étroits, d'assurer l'union de toutes les œuvres chrétiennes.
Les membres de ces fraternités, réparties dans tout le pays, sont dits « Tertiaires ». Ici se confondent les riches et les pauvres, les ouvriers, bourgeois et agriculteurs, dans un but commun ; faire converger les efforts de tous vers la domination de l'Eglise et de son parti.
A cette fin, il s'imposait de mettre en vigueur des règles sévères pour rendre possible et durable l'union d'éléments aussi disparates et d'amener notamment ceux qui ne possèdent rien à rester soumis et à accepter la tutelle de ceux qui ont tout.
Les Tertiaires font vœu de pauvreté, mais ceux qui possèdent jouissent paisiblement des privilèges que confère la richesse ; ils s'interdisent aussi la jouissance de certains plaisirs jugés dangereux, les bals, les spectacles immoraux, mais oseraient-ils affirmer cju'ils règlent leur conduite d'après ces principes sévères ?
Il existe actuellement plus de 200 fraternités de Tertiaires en Belgique. Toutes s'occupent de l'enrôlement des fidèles dans des mutualités, syndicats, cercles ouvriers, ligues de retraitants, toutes autres œuvres dites de pacification sociale, ayant surtout ]30ur objet de perpétuer la soumission au Parti catholique.
Le Tiers-Ordre de Saint-François a, de plus, pour but de servir de terrain d'union entre les innombrables œuvres disséminées dans le pavs, et c'est ainsi qu'il organise annuellement des réunions
destinées à discuter en coiîimun les mesures à prendre en vue d'intensifier la propagande et assurer sans cesse aux «euvres de nouvelles recrues.
C'est dans ces conditions que le Congrès de Malines s'est rallié au vœu formulé ainsi : « Qu'étant donnés les trésors de foi et de dévouement, d'énergie et de discipline, qu'offrent et développent, pour l'action et la lutte, la règle et l'esprit du Tiers-Ordre de Saint- François, la propagande en faveur du Tiers-Ordre s'exerce, tout particulièrement, au sein des œuvres de jeunes gens - telle que la Jeune Garde catholique, — œuvres qui sont, pour l'avenii", l'espoir du pays et de l'Eglise. »
Les Tertiaires, comme les Xaviériens, étaient nombreux à Louvain .
/. L'Œuvre de la Sainte=Famille
Dans ce dédale d'œuvres qui, toutes, doivent concourir au maintien définitif au pouvoir du Parti clérical, des associations ou confréries, ayant apparemment pour objectif de favoriser la libre manifestation d'opinions philosophiques, toujours respectables, ne pouvaient, nous semble-t-il, être discutées dans un livre qui se préoccupe avant tout de mettre en lumière le rôle joué, dans ce pays par le clergé sur le terrain politique. Et, sans doute. l'Œuvre de la Sainte-Famille aurait échappé à toute critique de notre part si nous n'avions découvert, dans un rapport présenté au Congrès de Malines par le Rév. P. Lejeune, des Rédemptoristes, des aveux non déguisés sur la portée réelle de cette entreprise. Qu'on lise [ilutôt :
« En 1906, dit le rapport, à Roulers, les socialistes ont entrepris une propagande active. Ils ont provoqué des grèves, coup sur coup, donné journellement des meetings et érigé des syndicats, où ui) grand nombre d'ouvriers se rendaient en foule aux meetings ; le courant, la sympathie même, étaient au socialisme.
» Trois mois plus tard, leur influence commença à baisser ; un an après, en janvier 1908, le dernier coup leur était porté. Parmi les causes d'un succès si radical et si gros de lonséquences, il faut mentionner l'énergie du bourgmestre, qui interdit les meetings en plein air, l'imprudence des meneurs qui ont trop tôt jeté le masque en attaquant furieusement la religion et les prêtres, mais surtout l'action de la (iilde catholique et de la Sainte-Famille.
» Ce syndicat chrétien, qui était florissant depuis de longues années, soutint d'abord pécuniairement ses membres pendant la période des grèves, tandis que les ouvriers socialistes curent la misère. Puis le même syndicat obtint ce résultat ciue les ouvriers
L'Organisation de la Propagande. 233
firenc parvenir eux-mêmes à leurs patrons leurs réclamations, sans l'intermédiaire des meneurs. Il s'est donc fait que le socialisme n'a pu s'attribuer les augmentations de salaires obtenues par les travailleurs.
» Quant à la Sainte-Famille, elle garde incontestablement la foi et les sentiments religieux au cœur de la population laborieuse de Roulers ; 900 de ses membres sur 1,200 sont des ouvriers, et chaque année ils sont fidèles aux quatre communions générales de règle.
» Parmi les ouvriers de la Sainte -Famille, une douzaine seulement s'étaient ralliés aux syndicats socialistes ; la plupart, chose étrange, restèrent dans l'association (mais dix ont déjà donné leur démission) ; on les y maintint, comptant bien les ramener ; c'est ce qui est arrivé ; deux seulement n'ont pas démissionné au syndicat des socios. Le dernier coup a été porté à ceux-ci en janvier 1908. Cette année, la retraite annuelle aux associés eut un très grand succès. Beaucoup de socialistes l'ont suivie, notamment les deux chefs les plus ardents. Ils se sont convertis, et sincèrement, car ils persévèrent. Le jour de la clôture de la retraite, un dimanche aprèsmidi, Jan Samyn, meneur socialiste, avait annoncé un meeting au local des compagnons. Il s'attendait à être reçu à la gare par un bon nombre de ses partisans : il n'y trouva que le porteur du Vooruit ... et s'achemina vers le local qu'il trouva vide... 11 retourna bredouille, jurant connne un possédé... A la même heure, les hommes qu'il comptait avoir pour auditeurs écoutaient avec une attention recueillie le dernier sermon du prédicateur de la l'etraite. Ce jour-là, 1,300 hommes avaient participé à !a communion générale. »
Comme on voit, aux meetings en plein air, interdits par le bourgmestre catholique, on avait substitué des conférences données à l'occasion de retraites dites fermées: ces dispositions combatives, qui font de cette œuvre paisible de la Sainte -Famille un organisme politique de hatite lutte, nous amènent à nous y arrêter quelque peu et à donner quelques détails sur sa structure et sa puissance.
L'œuvre est internationale, mais elle doit, comme toutes les entreprises catholiques, pouvoir s'adapter aux conditions de milieu dans lequel elle est appelée à rendre des services.
En Belgique, il n'y a pas moins de 562 confréries de la Sainte- Famille, dirigées par les RR. PP. Rédemptoristes. Ces confréries réunissent un nombre énorme de membres, plus spécialement recrutés dans la classe ouvrière et dans la petite bourgeoisie. Elles organisent des « récollections mensuelles », des conférences sur et contre le socialisme et le libéralisme, des retraites fermées gratuites à l'usage des membres. Les militants, choisis parmi les
ouvriers d'élite, créent des œuvres, des patronages, maisons et cercles d'ouvriers, jeunes gardes, mutualités, syndicats. Chaque membre reçoit un carnet qui lui rappelle journellement ses devoirs et le renseigne sur les œuvres dont il peut faire partie.
Bref, l'Œuvre de la Saintc-Faniiilf est une de celles qui. sous les apparences les plus pacifiques, contribue le plus à grossir les effectifs des groupements politiques et économiques inféodés au cléricalisme.
J. Les Conférences de Saint= Vincent de Paul
Les sociétés ou Conférences de Saint -Vincent de Paul constituent une œuvre mondiale originaire de France. La direction centrah' est établie à Paris.
Leur origine remonte à 1833. .\ cette époque, sept étudiants catholiques prirent la résolution de s'unir pour constituer une sorte de confrérie de la charité, ayant pour but de secourir les pauvres et de les évangéliser. L'un d'eux, du nom de Frédéric Ozanam, en fut plus particulièrement la cheville ouvrière, et c'est même lui qui est communément cité aujourd'hui comme étant le véritable fondateur de l'cfuvre.
C'était un jeune homme, pieux et actif, né en i 8 i 3, de parents français, réfugiés à Milan, qui bientôt voua toute sa vie à l'apostolat de la charité.
L'œuvre fut rapidement prospère et, grâce à l'intervention du clergé elle créa des filiales un peu partout, sous le nom de Conférences de Saint -Vincent de Paul, que les initiateurs choisirent comme jjatron. C'est à dater de 1842 que furent fondées les première.< leuvres de ce nom dans notre pays, et l'on verra, par les statistiques que nous rapjjellerons plus loin, qu'ici, grâce à la toutepuissani c du cléricalisme, le nombre de Conférences devait dépasser proi)ortionnellemenl tout ce qui avait été entrepris par ailleurs. Elles devaient aussi, de bonne heure, sortir du cadre de la charité ])our opérer sur le terrain politique.
La mission, incontestablement louable, assignée à l'origine aux C()nféren(es de Saint-Vincent de Paul, était de suivre l'enfance ])auvrc depuis sa naissance, de jjrésider à ses déveloi)|)ements, de la guider dans la vie. l'n programme très vaste devait découler, comme ou conçoit, de préoci upaiiuus d'une portée si générale et il fut précisé de bonne heure |)ar les initiateurs, aussi bien que par les continuateurs de l'œuvre.
L'organisation de toute l'entreprise est assez simple. l.'n Conseil général, établi à Paris, a la haute direction i.le toutes les
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Conférences. Seul il en définit la portée, contrôle leur gestion, décrète des enquêtes et toutes mesures susceptibles d'élargir leur champ d'action. Son autorisation est nécessaire pour la création de sociétés nouvelles ; celles-ci elles-mêmes sont subordonnées à l'assentimeni du clergé paroissial et des conseils centraux, comme nous allons voir.
Le-j Conférences d'un même pays sont placées sous la tutelle d'un Conseil supérieur. En Belgique, ce Conseil a son siège social à Bruxelles. Pour chaque province existe un Conseil central et pour chaque ville, siège de plusieurs Conférences, un Conseil particulier.
Des assemblées annuelles ont lieu entre délégués des Conseils respectifs au cours desc[uelles lecture est donnée de la marche des diverses œuvres.
L'activité des membres, qui s'appellent entre eux confrères et auxquels l'apostolat de la charité vaut des indulgences spéciales, se manifeste sous des formes si variées qu'on peut dire que rien de ce qui intéresse la vie économique et... politique des ouvriers ne leur est étranger. L'assistance accordée aux pauvres reste assurée à ceux-ci pour autant qu'ils continuent à être catholiques.
C'est dans ces conditions que sont réglés les innombrables services qui tendent communément à obliger les ouvriers à pratiquer leurs devoirs religieux : si la visite au domicile des pauvres constitue le premier objet d'une Conférence, des œuvres religieuses, économiques et à tendance politique, complètent de la façon la plus heureuse l'ensemble des mo)ens mis en activité pour se concilier leurs faveurs.
Les œuvres religieuses occupent une part prépondérante dans les préoccupations des confrères. Elles s'emparent de bonne heure de l'enfant et, à cette fin, des petits avantages, aussi divers que nombreux rendent celui-ci docile et attentif aux conseils des maîtres. L'étude du catéchisme, la préparation à ta première communion, la fréquentation des messes, l'accomplissement du devoir pascal et les communions nombreuses, les retraites, les visites au Saint-Sacrement, l'assistance à des causeries religieuses, la participation aux processions représentent aut.ant de devoirs à remplir, auxquels l'enfant se résoud volontiers, grâce aux mille petites faveurs dont il sera comblé par l'œuvre.
Des distributions de vêtements, de livres, d'objets de piété, d'images saintes, de jouets à la Saint-Nicolas et à la Noël, les crèches et les colonies scolaires, les jeux, les sports et les fêtes, les tombolas, etc., sont les adjuvants nécessaires pour la main-mise sur les enfants, fort appréciés d'ailleurs par les parents eux-mêmes.
Pour les adultes, le système ne diffère pas sensiblement.
Mais si la propagande entreprise par les membres des Confé-
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rences pour s'emparer des enfants de la classe ouvrière apoui- objet immédiat de sauver leur âme et de les diriger vers les écoles libres et les patronages, œuvres préparatoires, comme nous l'avons vu, à l'apostolat laïc, les efforts inouïs réalisés par toute l'armée de militants pour gagner à la cause catholique les ouvriers pauvres requièrent la mise en action de moyens nomeaux, que nous aurons à apprécier.
Au point de vue religieux, les patronnés ont de nombreuses obligations à remplir : fréquentation des messes, communions, retraites fermées, présence au.x processions et aux fêtes, présence à certains services funèbres et aux récollections mensuelles, devoirs pascaux et retraites préparatoires, visites au Saint-.Sacrement, participation aux conférences apologétiques, etc. Une surveillance sévère est organisée, par la remise de cartes de présence, pour assurer l'accomplissement de ces devoirs.
L'exclusion du droit aux faveurs est i^rononcée impitoyablement contre ceux qui cesseraient de les remplir. < ('ne Conférence^ (Marche), dit le rapport du secrétaire général du Conseil central du Luxembourg, a pris la décision de ne plus secourir les familles dont les chefs, père et mère, persistent, malgré les exhortations des visiteurs, à ne pas fréquenter la messe le dimanche. » Donc, pour les enfants, victimes innocentes de l'absence de foi chez les parents, pas de compassion, jias de pain !
En échange d'une obéissance passive, des avantages nombreux sont acquis au protégé de l'œuvre, par l'intermédiaire du .secrétariat dit des pauvres : fourniture de certains produits alimentaires, bons de pain et de viande, vêtements, livraison de bois et de charbon, avances de fonds pour l'acquisition d'une habitation ouvrière, présents en espèces, coin de terre gratuit, consultations juridiques gratuites, régularisation d'unions illicites avec octroi de nouvelles faveurs, usage de la bibliothèque, participation aux concours d'ordre et de propreté, aux fêtes, excursions et tombolas, lenvoi quotidien d'un journal catholique, etc., etc\ Les Conférences choisissent, parmi ces objets divers, ceux qui conviennent plus particulièrement aux localités ou quartiers qui sont de leur ressort et suivant les ressources dont elles disjiosenl.
Mais toutes ont pour objectif commun de diriger leurs patronnés, visités chaque semaine, vers des œuvres dont on connaît, par la description que nous avons déjà eu l'occasion d'en donner, la portée et le but réel : écoles et patronages pour la préparation cléricale de l'enfance confréries du Très .Saint .Sacrement, ligues parois-
' Complv rendu de rassemblée iiénérale du 20 mai 1907 . Rapport sur les ii'uvics (le la Société <-n l'.IO.'l-KUH!. p. 10. Iiiii> Willcms. Ci^iiKt'Ruc. ■")<!. .\rlon.
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siales, associations de Saint-Fraiiçois-Xavier, Tiers-Ordre, cercles ouvriers ; puis, comme nous le verrons plus loin, les mutualités, caisses de retraite, syndicats, jeunes-gardes, etc.
Si le but apparemment et exclusivement charitable dont se réclament les Conférences de Saint-Vincent de Paul est sauvegardé par l'octroi de toutes les faveurs que nous avons rappelées plus haut — toutes réserves faites sur l'esprit de la charité chrétienne gui les fait aller aux pauvres, — qui donc pourrait soutenir que ces œuvres, créées à leur initiative, dont on voit l'activité se manifester en toutes circonstances sur le terrain politique, que nous retrouvons, comme nous allons le voir, affiliées à l'organisme de haute lutte qu'est la Ligue démocratique belge, ne poursuivent pas une fin politique ?
La description que nous en avons donnée, aussi bien 'jue les citations, les extraits des rapports qui les intéressent, devraient suffire à lever tout doute à cet égard. Mais il ne nous sera pas difficile de faire naître cette conviction, même dans les esprits les moins prévenus, en apportant ici des preuves irrécusables à l'appui de cette affirmation, puisées dans les faits révélés par ceux-là mêmes qui dirigent les Conférences.
Nous ne sommes pas sans savoir que le Conseil général 'de Paris est hostile à toute tendance qui voudrait transformer en œuvres déclarées politiques les sociétés de Saint -Vincent de Paul. A diverses reprises des avertissements ont même été donnés, si nous en croyons certains rapports, à des filiales belges s'aventurant d'une façon trop peu déguisée sur le terrain glissant contre lequel elles étaient mises en garde. Mais comment soustraire à l'ambiance, à l'atmosphère de bataille créée et entretenue par les œuvres politiques cléricales, ces œuvres, fondées à l'initiative des Conférences, groupant souvent les mêmes éléments et poursuivant un but identique ? Comment créer des Confréries du Très Saint Sacrement, des Ligues eucharistiques, sans assigner à chacun des membres qui en font partie la mission qui soit conforme à l'apostolat laïc, tel que nous l'ont dépeint les plus notoires des militants cléricaux ?
Il est vrai, ces œuvres-là échappent à la vigilance des dirigeants français du Comité général, qui ignorent sans doute le but qu'elles poursuivent comme le rôle qu'elles jouent en Belgique !
Comment, de plus, créer des mutualités, des caisses de retraite, des syndicats n'ayant pas les mêmes vices et les mêmes tares que les groupements similaires dus à d'autres initiatives ! Comment les laisser en dehors de l'activité politique, qui est leur propre et qui constitue une de leurs raisons d'être ? Mais la situation unique d'un parti catholique en Belgique, poursuivant une politique religieuse devait engendrer inéluctablement pour les œuvres de charité que
'i.'ks Le Régime cléricil en Belgique.
doivent être les Conférences de Saint-\ inceni de Paul, dans l'esprit de leurs protagonistes français, cette déviation de leur portée vraie, voulue par ceux-ci. parce qu'en Belgique toute œuvre 'oncue par les cléricaux doit servir à consolider le maintien au pou\oir de leur parti.
Sans aucun doute, nous trouvons à la tête de l'œuvre des personnalités qui s'y intéressent uniquetnent parce qu'elles trouvent l'occasion d'accomplir un devoir hautement louable, puisqu'il est toujours des pauvres qu'il faut secourir ! Nous avons la conviction que ces mêmes personnalités n'obéissent à aucune préoccupation politique en assumant la lâche ingrate de promouvoir cette oeuvre de grande envergure et qu'elles sont plutôt impuissantes à empêcher certaines œuvres locales de sortir du domaine de la charité.
Les raisons que nous venons de donner devraient suffire pour établii que, dans ce pays, les Conférences de Saint-Vincent de Paul jouent un rôle politique capital, voulu ou non, qui atténue singulièremeni leur mérite. Peut-être des catholiques sincères et avisés le déploreront-ils avec nous ! Mais les arguments cjue nous venons de faire valoir, aussi bien que les preuves complémentaires et péremptoires que nous apportons dans les développements de cette thèse, ne laissent subsister aucun doute à cet égard.
h'Alinanach^ publié en 1897 par la Ligue démocratique belge, œuvre politique par excellence, va nous donner de nouveaux éclaircissements.
Au chapitre donnant la liste des associations affiliées, nous relevons les Conférences de Saint-Vincent de Paul de Saint-Nicolas, de Xieuwkerkcn, de Stekene. de Kemzeke. de Meerdonck. de \'racene de La Clinge, de Tamise, de Hasel, de Doel.
Nous les trouvons renseignées à côté de ligues de femmes, de mutualités, de syndicats, de cercles et associations catholiques, de gildes de petits bourgeois, de patronages, de ligues agricoles, de sociétés de Saint-François-Xavier, de sociétés d'assurance contre la mortalité du bétail, de maisons pour ouvriers, de jeunes-gardes, de sociétés de tempérance, de coopératives, etc.. etc.. ioutes œuvres dont beaucoup sans doute furent créées elles-mêmes à l'initiative des Conférences !
Or. voici quel est le programme d'action de la Ligue démocratique, adopté par le Conseil central, en séance du 19 avril 1896, tenue à la Maison des ouvriers Concordia, à Bruxelles, et tel qu'il est littéralement exposé dans le même Almunach :
« I' Pleine adhésion au programme d'œuvres s>ociales à réaliser présentement, tel qu'il a été arrêté à .XLilines. le ; mars t8q^ ;
' Almunach de la Ligue démocratique. I«it."i, lni|i, Hci \'olk ». Ciand.
» 2'^ Programme de la Ligue démocratique sur le terrain politique, limité présentement à quelques points :
» a) Existence légale des unions professionnelles ;
» b) Poursuite de la législation sur le contrai du travail ;
» c) Assurance des ouvriers contre les maladies, les accidents, la vieillesse ;
» d) Développement de l'enseignement catholique ;
> 3' Collaboration énergique de toutes les associations affiliées à la Ligue démocratique aux points 1° et 2°. Liberté à chacune d'elles, pour le surplus, de formuler son programme politique dans les limites tracées par les statuts de la Ligue, mais sans que cette liberté puisse engager la responsabilité de la Ligue ;
» 4" Action politique poursuivie, sur le terrain électoral, de façon à assurer, partout où il y a lieu, l'union des associations affiliées à la Ligue démocratique avec les autres groupes organisés de l'armée cathohque : entente, en premier lieu, pour la formation de liste^ uniques de candidats sur lesquelles les divers groupes seront représentés ;
» V Objectifs spéciaux à poursuivre par la Ligue :
» a) Propagande par la parole, les journaux, les brochures ;
» b) Développement des sociétés mutualistes ;
» c) Développement des unions professionnelles. »
Cet exposé nous semble-t-il, ne demande pas d'autres commentaires. Notre souci de la vérité, poussé jusqu'au scrupule, nous incite cependant à apporter ici d'autres preuves encore que la formidable oiganisation des Conférences de Saint-Vincent de Paul atteint souvent un tout autre but que la charité.
Nous avons donné, au sujet des patronages, œuvres favorites des Sociétés qui nous occupent, des renseignements qui ne laissent plus de doute sur leur portée, qu'il s'agisse de patronages s'adressant aux enfants, aux ouvriers ou aux militaires.
Le recrutement même des enfants pour les écoles catholiques fait partie de l'activité des membres des Conférences : « C'est presque dans les rapports de chacune des quarante-trois Conférences du Conseil particulier que je puis relever des cas de persuasion exercés par nos confrères sur des parents pour leur faire envoyer leurs enfants aux écoles chrétiennes », disait M. le Président du Conseil central de Bruxelles i, à l.'assemblée générale des Conférences du Brabant, tenue à Vilvorde, le 9 mai 1907. Puis il ajoutait, à propos d'une enquête : v< Trente Conférences ont fourni
' \on Compte rendu des Conférences du Brabant. 9 mai 1907. p. 19. Imp, X'romant. Bruxelles.
les renseignements demandés. 11 en résulte que sur 2.050 enfants, 1.450 fréc|uentent les écoles libres et 600 les écoles lommunales. »
C'est à l'égard de ceux-ci que se manifeste surtout la propagande par pression ou persuasion, ainsi que l'a démontré M. le député .A. Delporte, à la Chambre des représentants, le 2 mars 19 10 '. Le dévoué échevin de Saint-Gilles apportait à la iribune de la Chambre des déclarations écrites de parents qui ivaient /été invités à retirer leurs enfants des écoles communales ])ar des membres des Conféremes de Saint -Vincent de Paul ! Ceci fit dire à -M. Hynians : « C'est une déplorable éducation ! > et à .M. Vandervelde : « C'est une propagande répugnante ! » Interpellé, comme conseiller communal de Saint-Gilles, M. Carton de Wiart disait: « Comment voulez-vous qu'on vérifie la valeur de toutes ces histoires ? Quelle est l'autorité de ces potins ? » Nous renvoyons l'actuel ministre de la Justice aux aveux de ses amis, relatés dans les rapports des Conférences de Saint -Vincent de Paul, desquels nous les avons extraits.
On peut se demander ce qu'il serait advenu des écoles publiques si les membres des Conférences avaient été armés, vis-à-vis de leurs petits protégés, du bon scolaire !
Même aveu, au surplus, de la part du président du Conseil particulier de Jodoigne -, le 22 juillet 1906: « Nous ne plaçons pas nos enfants pauvres au milieu d'ennemis. Nous les faisons entrer dans une école catholique, où on leur apprend à servir Dieu, l'Eglise et la Patrie. Nous les introduisons dans nos jiatronages. »
D'ailleurs les instructions des Evêques à cet égard aux membres des Conférences sont formelles ; ils doivent inviter leurs protégés à fréquenter les écoles catholiques. Ceux-ci. au confessionnal, sont tenus de déclarer s'ils sont en règle à cet égard. Envoyer son enfani dans une école communale est un péché !
La petite brochure intitulée Hosanna. éditée à des centaines de milliers d'exemplaires par la Maison nationale de retraites de Fayt lez-Manage, dit ceci, pages 1 53 et i 54, au chapitre « La confession et manière de se confesser : « Commencez par dire ce qui est le plus pénible à dire : \" commandement : J'ai manqué à mes prières du matin et du soir, 2-3 fois... par semaine; j'ai parlé contre la religion... les prêtres ; j'ai lu des journaux irréligieux. 4"^ commandement : Je n'ai pas fait prier mes enfants ; /V// manqué de vigilance ... quant au ciwi.x de leur école (ou) de leur service... quant au choix de leurs fréquentations ; je n'ai pas corrigé leurs défauts. »
' .Annales parlementaires, soaiui; de la ("hambn- du -2 mars liMO. y. 'i~. - \'oir Compte rendu des Conférences du Braisant. liKUi. Womant, Bruxelles.
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Ce sont tous ces moyens que les catholiques appellent la liberté du père de famille !
Les jeunes-Gardes forment également des Conférences : « La Conférence de Sainte-Marie de Louvain est exclusivement jcomposée de membres de notre Jeune-Garde », dit le rapport du Président du Conseil de Louvain' (1906). Il devient bien difficile, semblet-il, dans ces conditions, de distinguer, lorsque ces messieurs sont dans l'exercice de leurs fonctions, s'ils opèrent pour le compte de celle-ci ou de celle-là !
Au point de vue des syndicats, nous pouvons être édifiés par le rapport - présenté par M. le Secrétaire-adjoint, au Conseil particulier de Bruxelles, à l'occasion de l'assemblée générale du 7 mars iQi I ; « ...Mais il arrive souvent que les chefs de famille, retenus au dehors par leur travail, ne sont pas là quand nous allons les voir. Nous rencontrons seulement la mère et les enfants. Comment, dès lors, pouvons-nous pratiquer notre apostolat chrétien ? Frappées de ce fait, plusieurs conférences, en vue d'y porter remède, ont organisé, pour les chefs de famille, des réunions mensuelles auxquelles assistent les membres visiteurs.
» On offre aux pauvres de la bière et des cigares, on s'entretient amicalement avec eux de leur foyer, de leur travail et de tout ce qui peut les intéresser. Puis on profite de l'occasion pour rappeler en quelques mots les devoirs religieux des parents.
» A Notre-Dame du Sablon, nos confrères ont résolu de faire servir ces réunions à convaincre nos ouvriers des bienfaits de l'affiliation aux syndicats professionnels chrétiens pour les empêcher de s'enrôler dans les syndicats socialistes. Quarante ouvriers secourus par cette confrérie se sont inscrits déjà dans nos syndicats. Si notre exemple est suivi, écrit le rapporteur du Sablon, nos conférences entraîneront dans les syndicats chrétiens des milliers d'ouvriers. Dans le même but, la Conférence de Saint-François-Xavier a créé des séances mensuelles, mais elle y convoque aussi les femmes. A Saint-Servais, on réunit également chaque mois les chefs des familles visitées et leurs visiteurs. »
Plus graves encore apparaissent les révélations des rapporteurs des diverses Conférences, lorsqu'elles nous font connaître que celles-ci recourent à toutes espèces de moyens pour contribuer à la diffusion des journaux catholiques et des tracts politiques de l'œuvie de la Bonne Presse, tout en s'efforçant de taire bannir
' Voir Compte rendu des Conférences du Bradant, liJUG. ^■l•olllallt. Bruxelles.
'-' Société Saint- Vincent de Paul. Rapport sur la situation des Conférences durant l'an lé-' 19 10. Assemblée ,q-énéiale du 7 mars 1011. p. 1"2. Imp. H. Catulle, rue delà ("ommune. 11. Bruxelles.
2V2 Le Régime clérical en Belgique.
des maisons ouvrières ou de celles des paysans les journaux non catholiques.
Ici nous n'avons qu'à puiser dans les différents rapports.
Voici le rapport du secrétaire du Conseil central des Conférences du Hainaut pour l'année 1909 ' : « L'Iiomme ne vit pas seulement de pain. Et bien que l'aumône spirituelle soit donnée d'ordinaire chez nous avec le secours matériel, encore faut-il que la forme qu'elle revêt lui permette non seulement d'atteindre l'âme des pauvres, mais d'y exercer une action durable et. autant que possible, continue. C'est de cette pensée que s'inspirent ])lusieurs Conférences, qui consacrent une partie de leurs ressources à abonner d'office toutes leurs familles à quelque excellent journal populaire. Le bon journal, c'est en quelque sorte une prédication quotidienne installée au foyer de la famille. Trop souvent le besoin de s'instruire et de connaître, de plus en plus répandu aujourd'hui, est sollicité de s'étanclier à une œuvre malsaine. Prévenir ce danger en installant à demeure dans chaque famille un bon journal, c'est continuer à chaque heure l'œuvre entreprise et assurer définitivement la moralisation des patronnés. Ajoutons que des prix de faveur sont facilement obtenus auprès de nos journaux et permettent de restreindre les sacrifices pécuniaires exigés jjar cette œuvre si utile. La Conférence de Feluy a suivi une ligtie de conduite analogue. Grâce au colportage des bons journaux qu'elle a organisé, d'accord avec plusieurs Conférences du même Conseil, elle a pu réduire sensiblement les abonnements à la presse irréligieuse. »
Voyons ce que dit, sur le même sujet, le président du Conseil central de Namur-: « Une question qui a été beaucoup controversée est celle de la presse. Sans doute, la presse s'occupe de politique ; mais, en Belgique du moins, la presse est avant tout religieuse ou antireligieuse. Sa puissance sur l'opinion est décisive : sans elle, il n'est plus possible aujourd'hui de maintenir la foi dans le cœur du peuple, et la gloire de N. S. Jésus-Christ est directement intéressée au triomphe de la presse catholique. Si saint Paul revenait sur terre, disait déjà autrefois un Souverain Pontife, il se ferait journaliste. Nous pouvons imoquer sur cette question l'opinion d'un ancien président général de la Société, M. Baudon :
« .'X mon sens, écrivait-il en 1877. la sérieuse importance
' Sociotç (le Saint-\"incent (lu Paul. Asscmh/ée générale des ("onférences du Hainaut. l'i avril 1910. p. 13. Imp. CastciTnaii, Tounnii.
■■' Soci(Hii Saint-Vincent de Paul. Di^^cours prononce par le Prcsidcnl du Con<teil central de Njmur à l'assemblée générale du pèlerinage natnurois, tenue à Lourdes le 30 avril litiii). sous la présidence de S. G. Mf^'' l'Evéque de Xamur. Imp. ("11. liici. .\rli>n.
de la presse n'est pas assez comprise par les fidèles. On songe à bâtir des églises, à faire des communautés, à multiplier les asiles pour les orphelins et les pauvres, ce qui est évidemment au rang des œuvres les plus nécessaires ; mais on oublie qu'au-dessus de tous ces besoins, il en est un autre qui, par la force des choses, prime tout le reste : c'est l'extension de la presse catholique, au moins dans certains pays, 'au nombre desquels je place la France. Car si la presse catholique n'est pas soutenue, encouragée, élevée à la hauteur qu'elle doit atteindre, les églises seront désertées, sinon brûlées, les communautés seront d'autant plus expulsées qu'elles seront plus assises et les maisons de charité ou les écoles elles-mêmes seront enlevées à 'la religion qui les aura fondées. »
Puis, plus loin : « Pour se conformer à l'esprit de la société, il esi utile toutefois d'attirer l'attention des Conférences sur la façon dont la propagande doit être faite. Le but vers lequel on doit tendre est la suppression du journal antireligieux dans les familles et son remplacement par un journal catholique. Nous ne pouvons aller au delà, et les Conférences sortiraient évidemment de leur rôle, si elles décidaient à la majorité de faire de la propagande pour un journal déterminé : conservateur ou démocratique, militariste ou antimilitariste, colonial ou anticolonial, etc. Le meilleur moyen d'éviter cet écueil, c'est de laisser à la famille visitée le choix du journal catholique. »
\^oici le rapport du Conseil particulier de Soignies ' : « Comme les années précédentes, la Conférence d'Ecaussines a inscrit à son budget la somme de 30 francs pour l'œuvre de la Bonne Presse. Cette année, ce salutaire exemple a été suivi par la Conférence de Braine-le-Comte, qui. pour la propagation de la même œuvre, a donné 50 francs. »
Dr. même rapport, page 24 : « La Conférence de Casteau régularise des Unions ; elle 'expulsé de la paroisse une cinquantaine de journaux qui l'infestaient et les remplace par des bons. »
Nous nous occupons plus loin de l'œuvre de la Bonne Presse, dite Œuvre de Saint-Paul, et nous verrons notamment quels sont les tracts politiques que celle-ci répand dans le pays et pour lesquels elle est par conséquent subventionnée par des œuvres dites de charité.
Le Conseil particulier de Jodoigne - encourage la même propagande : « Deux Conférences possèdent un patronage, une une bibliothèque et cinq s'occupent de l'œuvre de la presse. »
' Société Saint- Vincent de Paul. Assemblée générale des Conférences du Hainaut, tenue à Binche le 21 avril 1911, p. 21. Imp. Casterman, Tournai.
- Société Saint- Vincent de Paul. Conseil Central de Bruxelles. Assemblée du 22 juillet 1006. p. 33. Imp. Vromant, Bruxelles.
La Conférence de Laeken ' distriljue des journaux en seconde lecture ; la Conférence de X'ilvorde s'intéresse également à l'œuvre de la Bonne Presse.
Nous pensons qu'il n'en faut pas écrire davantage pour établir conniient. par la voie indirecte de la diffusion des journaux catholiques ou par l'octroi de subsides à l'œuvre de la Bonne Presse, les Conférences de Saint-Vincent de Paul apportent une fois de plus une aide puissante aux cléricaux sur le terrain politique.
Nous ne nous étendrons pas sur les Confréries du Très Saint Sacrement, les Tiers-Ordres, dont certains font partie de la Ligue démocratique belge, et les Ligues Eucharistiques, créées par la plupart de celles-ci. Nous en avons exi:)osé l'organisation, ainsi que la portée ; nous avons vu également qu'elles avaient participé à la manifestation de Louvain du 27 août dernier. Pour i:ompléter, dans cet ordre d'idées, notre démonstration, nous rappelons volontiers encore ces quelques lignes, figurant dans le discours prononcé par le président du Conseil central de Naniur -, le 30 .ivril i Q09, en présence de Mgr l'Evêque :
<: Si la Société de Saint-Vincent de Paul est une société où l'on prie, elle n'en est pas moins avant tout une société d'action, plus que d'action. « On ne gagne rien en restant tranquille, et je » suis sûr que les Apôtres ne se tenaient pas tranquilles ». disait le cardinal Newman. A qui ces paroles pourraient-elles s'appliquer mieux qu'à Saint-Vincent de Paul, le (irand Apôtre de !a Charité, dont l'action se fit sentir à la fois dans tous les domaines de l'activité humaine : enseignement, soin des malades et des prisonniers, organisation des confréries de charité, prédication, réforme du clergé, retraites spirituelles, évangélisation, lutte contre le Jansénisme, institution des filles de la charité, politique, -ien de ce qui était bon et bien ne lui fut étranger.
» Sans pouvoir s'élever à de pareilles hauteurs, les membres de la Société de Saint -Vincent de Paul pratiquent les mêmes ])rincipes. et notre règlement déclare qu'aucune œuvre ne doit lui rester étrangère.
» C'est donc par application de leur règlement que les Conférences s'occupent à la fois des œuvres de catéchismes, bibliothèques, mutualités, vestiaires, retraites ouvrières, Confréries du Très Saint Sacrement, caisses de loyer ou d'épargne, réunions d'hommes, sociétés de Saint-Francois-Régis, jardins ouvriers, secrétariats des pauvres, etc., etc.
» Il est interdit à la Société de Saint -Vincent de Paul de s'oc-
' Rapiiorl df l'-K)7. Ibiduni. \<. -1' .
'■' N'oir rapv'"'' '''"]■"' '"'tt'- P- ^- Nnimn. I!t(l!i. Imi.. Hifi. Avlmi.
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cuper de politique. Cette interdiction a eu pour but d'empêcher les Conférences de dégénérer en clubs politiques où leur iiiission de charité eût pu sombrer au milieu d'inévitables divisions.
» I! importe toutefois de ne rien exagérer en cette matière : certaines questions peuvent toucher à la politique par certains côtés, tout en intéressant davantage encore la religion. Le bon membre de Saint-Vincent de Paul saura faire la distinction nécessaire et ne s'abstiendra pas de remplir son rôle d'apôtre, par suite d'un scrupule exagéré. En général, il évitera de parler politique dans les familles qu'il visite, mais je suppose que l'on soit à la veille d'une élection : deux candidats sont en présence et l'enjeu de la lutte, c'est le maintien ou la suppression de la religion. Le silence est -il . encore obligatoire ? J'estime que le visiteur de Saint-Vincent de Paul ne fera que remplir sa mission en instruisant le pauvre de sa responsabilité et de ses devoirs, mais il doit être entendu que la persuasion est la seule arme dont on puisse se servir en pareil cas. »
Autre exemple saisissant du même rapport : « Naturellement, on ne peut faire du bien sans être critiqué, mais toutes les critiques disparaissent devant le résultat général qui frappe le bon sens populaire. Dans une commune, que je citerai à ceux qui le désirent, une Conférence a été fondée, il y a un peu plus de deux ans. Sous l'inspiration d'un curé zélé, la Conférence a déterminé un courant de piété dans la paroisse. L'église a été plus fréquentée, les communions d'hommes sont devenues plus nombreuses, des conversions ont été obtenues, et aux dernières élections communales la majorité antireligieuse au pouvoir depuis 75 ans, a été renversée. La Conférence ne s'était pas mêlée à la lutte, mais elle avait mis l'amour du Bon Dieu dans beaucoup de cœurs. »
Enfin, dernière preuve donnée par M. le Président du Comité central de Namur, à la fin de son rapport sur les résultats obtenus, en n'employant que la persuasion, par les Conférences de Saint- Vincent de Paul, au point de vue politique, à propos d'un village dont le premier curé était un paresseux et dont le second était diligent : « Aujourd'hui on peut dire que le respect humain est vaincu : bien que la population ait augmenté de 25 p. c, le chiffre de ceux qui ne font pas leurs Pâques n'est plus que d'une bonne centaine, les hommes assistent à la messe, parsemés dans toute l'Eglise et plus de 50 accompagnent le Saint Sacrement aux jours de procession en portant un flambeau. Le point de vue politique même, malgré toutes les appréhensions, n'a certes pas souffert, car, dès 1895, une majorité antireligieuse au pouvoir depuis plus de 50 ans était remplacée par une majorité catholique, et depuis lors il n'y a plus eu de retour offensif à constater. Cet exem^ple a décidé les curés de six communes voisines à fonder l'œuvre chez
eux et depuis i 5 ans sept ("uiifércnces, unies par un Conseil i)articulier. fonctionnent avec un plein succès.
» Puisse ce récit inspirer à messieurs les curés qui m'entendent la résolution de ne pas laisser à leurs successeurs l'honneur et la consolation de fonder une Conférence de Saint -X'incent de Paul dans leur paroisse ! »
F as est ab lioste doceri !
Xou.- reprenons cette [jhrase (jui termine le rapport de la Conférence de Braine-le-Conite, à projjos de l'autorisation accordée à l'Orphelinat rationaliste de Forest d'organiser une toinbola.
Comme on le voit, le rôle politique joué par les Conférences de Saint -Vincent de Paul est considérable, et celles-ci devaient retenir l'attention des militants catholiques. La charité offre des prétextes à l'infini pour apitoyer tous ceux qu'un peu de générosité, un peu de cœur rendent sensibles aux misères des pauvres. Les œuvres si variées, permettant d'enrôler sous la bannière catholique cette multitude d'ouvriers en quête d'un peu de bien-être, exigent des ressources abondantes et continuelles. Patronages, écoles, œuvres scolaires, œuvre de la Bonne Presse, cercles d'ouvriers, bibliothèques cercles militaires, confréries du Très Saint Sacrement, Ligues eucharistiques. Tiers-Ordres, etc., requièrent des interventions financières importantes avant de donner aux catholiques ces bataillons de militants pouvant tenir tête aux mécréants.
Les niutualités syndicats, caisses de retraite, sont des (liuvres que les Conférences mettent à charge du Trésor public, entre les mains de leurs amis. Les caisses diocésaines interviennent à leur tour et les mille et un petits mo\ens judicieux et pratiques dont usent si habilement les cléricaux apporteront le reste : quêtes aux séances, cotisations et subventions de membres honoraires, quêtes à domicile, faites par des dames ou des sœurs, sermons de charité, troncs d'infortune, troncs de Saint-Antoine, fêtes de charité, fancyfairs, collectes dans les églises, vente de bandes timbrées, d'almanachs. d'objets de piété, tombolas, souscriptions publiques par l'intermédiaire de journaux, etc., etc.
Chaque année, 1,200,000 francs sont réunis dans le pa\ s par l'armée des confrères, venant grossir les subsides allant ,iux œuvres, grâce à rinter\enti()ii de l'Etat des provinces et des communes cléricales !
Les Conférences de Saint-\ incent dv Paul, grâce à des efforts permanents de propagande, perfectionnent leurs méthodes d'apostolat chaque année et s'assurent sans cesse un rendement meilleur. Par les soins des Conseils centraux, des enquêtes sont faites annuellement moyennant l'envoi de questionnaires, permet tant de dégager
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les lacunes, les anomalies, les erreurs qu'il importe de faire disparaître.
« La Conférence a-t-eUe quelque remarque à faire ou quelque fait intéressant à signaler?
» C'est par ces remarques et ces faits que nous pourrions être éclairés sur la marche de nos œuvres: Constatez-vous quelque relâchement dans le zèle des membres ou un renouveau d'activité? A quelle cause l'attribuez-vous?
» La présence hebdomadaire aux séances est-elle en progrès? Les pauvres sont-ils visités régulièrement? Les fêtes sont-elles mieux suivies qu'auparavant? Le produit de la collecte est-il en rapport avec la fortune des membres présents? Quel point laisse à désirer?
» Et parmi vos pauvres, avez-vous constaté une amélioration morale? Avez-vous obtenu quelque conversion? Avez-vous tenté quelque effort en faveur de l'observation du dimanche et du devoir pascal, ou contre l'ivrognerie et le blasphème? Les enfants save utils leurs prières, leur catéchisme? A quels maîtres sont-ils confiés? Parmi vos familles, en est-il qui sont sorties de la misère?
» N'avez-vous pas de question à poser au Conseil central, un point difficile à élucider? Ne voyez-vous pas de localité susceptible de recevoir les bienfaits d'une Conférence? Avez-vous une ligne de conduite, un programme pour l'adoption des familles? Pour la distribution des secours, n'avez-vous pas pris de mesure importante?
» Voilà, Messieurs, le champ bien vaste que comprend cette question et je ne doute pas que vos bonnes volontés ne s'enipresserom à nous satisfaire l'an prochain. »
Ainsi s'exprimait le rapporteur du Conseil central de Liège, en 1905.
L'organisation ecclésiastique de tout le pays, étant mise au service de la création des Conférences de Saint -"V^incent de Paul, a pu de bonne heure, grâce à la collaboration des innombrables œuvres de propagande, assurer leur diffusion dans les moindres villages. Après le Saint-Siège, patronnant le mouvement à travers le monde, le Cardinal de Malines demande le développement de « cette pieuse et pacifique milice ».
< Le Clergé et l'Episcopat dit-il, doivent avoir à cœur de promouvoir l'extension de cette œuvre de piété et de charité. Aussi est-ce de tout cœur que nous vous invitons à établir dans votre paroisse, si vous le pouvez, une œuvre aussi parfaitement adaptée aux besoins de notre temps. »
Il nous reste à dresser le bilan des Conférences. En 1855, il
y en avait en tout et pour tout onze, composées de 2 i 2 membres et s'intéressant à 1.077 familles. En 1864. 392 Conférences, avec 4,000 membres", s'adressaient à 10.826 familles. Au i'^'^ janvier 1909. d'après le rapport' général publié par le Conseil de Paris, la situation était brillante et dénotait des progrès ininterrompus dans l'accroissement du nombre des Conférences en Belgique. Depuis, ce nombre est devenu encore sensiblement supérieur, ])uisqu'il y a aujourd'hui 1,165 œuvres dans le pays, ayant dépensé l'an dernier 1.294,138 francs pour la catholicisation ouvrière !
K. Les Aumôniers du Travail
Les .\umôniers du Travail représentent une communauté religieuse formée de prêtres et de laïcs s'étant donné pour mission de grouper les ouvriers dans les œuvres économiques les plus diverses, tout en les hospitalisant, dans une sorte d'hôtellerie, à des prix relativement bas.
Leur action s'étend à tout le pays et leur activité se limite plus spécialement aux centres industriels. Déjà plusieurs maisons ont été créées à Seraing, \^irton. Morlanwelz, Marchienne-au-Pont, Anvers, etc.
Le programme qui leur a été tracé par l'Evêché de Liège est très vaste et il permet aux Aumôniers du Travail de recourir à tous les mo\ens dont disposent des propagandistes judicieux et actifs pour embrigader la classe ouvrière : création de patronages, sociétés de sports, mutualités, syndicats, écoles professionnelles.
L'enseignement religieux n'est naturellement pas oublié : des cours d'apologétique populaire et des conférences sont donnés régulièrement aux adhérents, qui chaque année sont invités à participer à une « retraite fermée » gratuite, d'une durée de trois jours.
Le placement des ouvriers se fait par l'intermédiaire de bourses de travail.
Un cercle d'études est annexé à chaque œuvre et c'est ici qu'on forme sans cesse de nouveaux propagandistes.
Dans certaines hôtelleries, un Comité de Dames vient s'adjoindre aux Aumôniers du Travail pour les aider dans l'accomplissement de leur apostolat ; dans d'autres, une jeune garde, remuante et combattive. est organisée par les soins de l'œuvre, à laquelle elle jirête un concours apprécié dans les meetings politiques.
Les .\umôniers du Travail doivent avant tout leur raison d'être à la propagande syndicale ; ici. ils rendent des services considé-
' Rapport iiénéral sur les conférences et les œuvres de la Société de Saint- Vineenl de Paul. MH'X. Ini)!. Miisrli. avcmn- do (liiitillcn. V-. I':iiis.
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râbles au Secrétariat des Unions professionnelles de Gand. avec lequel ils sont en rapports constants. Ils comptent incontestablement parmi les éléments les plus agissants du mouvement syndical chrétien.