L. Les cercles militaires
Pour se rendre compte de l'importance que pouvait avoir pour les catholiques une organisation de propagande dans les milieux militaires et plus particulièrement autour des casernes, il faut tenir compte de la situation créée par l'ancien régime, qui n'appelait sous les drapeaux que les fils d'ouvriers ou de campagnards. Rien n'est dangereux pour le règne de la religion, rien n'est plus inquiétant pour le maintien de la foi, comme le changement de milieu et de résidence, qui soustrait à l'influence cléricale de la campagne des jeunes gens ignorants, sans volonté et appelés à se mouvoir au milieu des populations plus instruites et, en général, anticléricales des grandes villes.
Ces mêmes jeunes gens, jadis naïfs et soumis, ne pouvaient -ils, en quittant ces villes tentaculaires qui ont pu développer chez eux des idées de liberté et d'indépendance, devenir en rentrant au village des éléments perturbateurs, exerçant une action funeste sur des populations jusque-là fidèles et se laissant aveuglément conduire par le proost, sans velléité de résistance et sans oser faire valoir les revendications les plus légitimes ?
On n'eût pu concevoir de la part des catholiques, si attentifs aux moindres particularités de la propagande, allant même jusqu'à faire la chasse aux ouvriers sortant des frontières, un désintéressement même relatif à l'égard de toute cette jeunesse ouvrière ou rurale, pouvant être utilisée, pour le plus grand bien du parti.
Dès 1875, le Clergé s'occupait du recrutement des volontaires à prime et parvenait à les grouper en cercles, sous la direction des aumôniers.
En 1891, le Congrès de Malines réclamait des œuvres plus nombreuses destinées à l'embrigadement des militaires, et M.Woeste fut un des premiers à attirer l'attention des militants catholiques sur la nécessité qui s'imposait de les créer sans retard, dans toutes les villes à garnison. Un rapport présenté à ce même Congrès par i\I. de Broqueville concluait dans le même sens.
Ce furent les RR. PP. Rédemptoristes qui furent chargés de la fondation de l'Œuvre nationale des messes militaires, et les Conférences de Saint-Vincent de Paul organisèrent ou subsidièrent la plupart des patronages. Il apparaît ainsi que ces cercles, ne s'adressant pas uniquement à des pauvres, puisqu'on y attire
aujourd'hui les fils de famille, ont peut-être tort de détourner ainsi de leur destination une partie des ressources rcroltces pour faire œuvre de charité !
L'idée depuis. .1 fait du chemin et. grâce à l'activiié des RR. PP. Rédemptoristes, secondes par les curés ])aroissiaux et les aumôniers, nombreuses sont aujourd'hui les œuv-res (jui. sous le nom de Cercles militaires,' assurent la propagande catholique aiuour des casernes.
Les Cercles militaires sont pour les soldats ce que les patronages sont pour les enfants, ce que les maisons d'ouvriers sont pour les ouvriers : c'est dire ipic l'organisation n'en diffère pas sensiblement.
Tous ont lin local, assez vaste pour y permettre l'organisation de conférences, de réunions générales et de fêtes.
Les militaires y sont reçus en tous temps, mais ils s'y retrouvent de préférence les dimanches, avant ou après la messe. Le curédirecteur ou le président, qui est un homme politique ou un officier supérieur, s'occupe d'eux, les interroge, leur donne des conseils. Chaque soldat reçoit une carte sur laquelle est annoté régulièrement s'il eS' assidu s'il fréquente la messe, s'il remplit, en un mot. tous ses devoirs de bon catholicpie. Cette carte est renvoyée aux parents des soldats et permet à ceux-ci de se rendre compte de la fidélité de leurs fils à l'accomplissement des devoirs religieux. .Si celle-ci laisse à désirer, si, en dépit d'admonestations sévères du curédirecteur. les patronnés persistent à ne pas suivre assidûinent le cercle, le curé du village natal en est avisé et il intervient énergiquement auprès des parents : ils ramèneront leur fils à tnie soumission complète f)u ils auront à souffrir.
l'n journal intitulé De Cliristene Soldaat, est cnvoxé aux parents de.-- soldats dans tous les villages.
Un comité de propagandistes, parmi lesquels nous retrouvons les aumôniers militaires, des officiers et des sous-officiers, s'occupe du recrutement des patronnés. Le Diocèse intervient officiellement lui-même et subsidie les cercles : enfin les membres des Conférences de Saint-Vincent de Paul s'y intéressent à leur tour.
Les officiers qui se distinguent jiar leur zèle dans le recrutement obtiennent im a\'ancement rapide ; les sous-officiers reçoivent des |)etiis cadeaux.
Dans certains Cercles, où l'on ap[)récie fort leur intervention auprès des soldats pour les attirer, un salon sj)écial leur <\st réservé : « Grand succès dit le rapport de la Fédération des Cercles militaires de Belgicpic '. jiour le salon des sous-officiers inauguré il
' Fé(l(T:itii>n (U-s cck 1rs niilii.iins de IJclj^iqiir. Ifiippor/ pn'srri/c à t'assenihlvc du 24 février l'*02, à (ianJ. |i. •>. \m\<. Hicnfail sirurs. nu- Hcufjhcm. io.
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y a un an à peine et qui nous montre combien cette catégorie importante de l'armée (j'ai insisté sur ce point dans des rapports précédents) nous est reconnaissante des sacrifices que nous nous imposons pour lui donner un local distinct qui permette aux gradés de se réunir sans déroger aux exigences de la hiérarchie. »
Au Congrès de la Fédération des Cercles et Associations cathohques du pays on fut unanime à trouver que ce personnel devait être renforcé et que le nombre d'aumôniers devait être augmenté.
I! fut décidé également qu'il y avait lieu de « laisser à ceux-ci liberté complète ».
Les soldats se laissent attirer pour des raisons diverses, par contrainte notamment par la certitude qu'ils auront de recevoir de nombreux congés ; d'autres fois, pour bénéficier des distractions et petites faveurs dont ils sont l'objet dans les divers cercles. Jeux, livres, tombolas, bière, etc., doivent facilement tenter des jeunes gens qui n'ont pour tout argent de poche que leur maigre solde de militaire. De plus, comme dit encore le rapport ci-dessus mentionné, « les Cercles ayant reçu une consécration presque officielle », le Gouvernement les dote de collections de livres, dont le nombre est accru encore par des donations de particuliers.
Mais il va de soi que le curéidirecteur et ses lieutenants ont d'autres préoccupations que celles qui consisteraient uniquement à amuseï leurs protégés, voire inême à les soustraire aux mauvaises influences des grandes villes.
La fréquentation des messes est obligatoire. Obligatoires également sont certaines communions générales et une retraite au moins par an. Pour celle-ci la maison de Fayt organise des réunions spéciales.
Les messes ont un caractère militaire ; on )' fait entendre le clairon et des airs de musique belliqueux, qui doivent en renforcer la solennité. Des soldats jouent le rôle de desservants et des cantiques sont chantés en commun.
Les plus assidus des patronnés reçoivent un souvenir ; des congés nombreux sont leur récompense.
Les messes et les sermons aideront puissamment à conserver au Parti catholique cette jeunesse qui bientôt, sur le terrain politique, sera agissante : « L'œuvre de la messe militaire, écrivait le Rév. P. Alph. Ickx, directeur de l'œuvre de Bruxelles, a pour but de faciliter aux soldats l'accomplissement de leurs devoirs religieux et d'aider à les prémunir contre les influences délétères du socialisme et de l'immoralité, qui mineat à la fois dans le cœur du jeune homme, et l'amour de la religion, et l'amour de la patrie. »
Mais un grave danger pourrait compromettre tous ces efforts,
et les soldats, leur période de service terminée, ne pourraient-ils bien facilement oublier la reconnaissance qu'ils doivent à leurs généreux protecteurs ? Comment assurer au Parti catholique le maintien de cette influence électorale aux mains de patronnés, sans doute bien cléricalisés par cette action méthodique et persévérante, mais pou\-ant par la suite se séparer du jinrti c|ui a besoin de leur appui ?
Nous connaissons déjà bon nombre de sociétés d'anciens militaires dirigées par des curés. C'était insuffisant.
Le très catholique ( jouvernement de notre pa\s se chargea de combler cette lacune : les cléricaux ont partout des fcuvres que celui-ci subsidie. il faut bien s'en servir.
La loi du 21 mars 1902 sur la milice pare au danger que nous venons de signaler en affiliant d'office à la Caisse de retraite les militaire? t[ui reçoivent une indemnité ; l'arrêté royal du 12 décembre 1902 vint fixer à quinze francs par an la somme à prélever sur celle-ci.
Ces dispositions auraient pu avoir pour conséquence d'inciter les soldats à porter directement leurs cotisations à la Caisse d'épargne ou à faire effectuer ces versements par iles sociétés mutualistes constituées en vue de la retraite et qui ne seraient pas cléricales ! l'ne circulaire ministérielle, datée du 22 décembre
1902. vint combler de joie les politiciens et leurs hommes d'auvre, en recommandant l'enseignement des questions sociales ilans les corps de troupe : les patronages se chargeaient tlu lesic. Dès
1903. 42.S31 militaires furent ainsi affiliés à la Caisse de retraite et chaque année, depuis. 10 à 12,000 nouvelles recrues viennent renforce! ces effectifs.
Au surplus, les caisses de retraite ne sont pas les seules ceuvres destinées à recueillir les futurs électeurs, momentanément en service militaire. Le curé-directeur les inscrit dans diverses autres sociétés à caractère économique ou bien il in\ite le curé du \-illage à intervenir lorsque son paroissien rentrera au bercail.
El ])our ne pas leur faire perdre le goût de la terre- j)our les ramenei à la vie des champs, où la tutelle du clergé les maintiendra rivés au parti.de l'Eglise, le .Ministère de l'.Agriculture a organisé depui.'i 1897 des cours d'agronoinie, exclusivetnent réservés aux militaires, se donnant, pendant quatre mois, chaque soir, après six heures et demie, et comportant pour les plus assidus et les plus méritants des récompenses fort appréciées.
L'abolition du remplacement et l'avènement du service personnel ont quelque peu bouleversé l'organisation des cercles militaires, encore qu'il st)it déjà acquis que les fils de famille faisant leur service à la caserne prennent peu à peu déjà le chemin du patronage.
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.Mais les cléricaux ont trouvé dans ce changement de régime l'occasion de créer des œuvres d'un nouveau genre : nous voulons parler des écoles de préparation militaire, que l'on retrouve actuellement annexées à la plupart des patronages pour jeunes gens.
\'oici dans quels termes le XX^ Siècle ^ annonçait 1 ouverture de I;i première école de- ce genre :
s< La nouvelle loi militaire exige un soldat de chaque famille. Pénétré de ce principe qu'accomplir son terme n'est rien, mais que devenir un vrai soldat est tout, un groupe spécialement constitué à cette fin a conçu le projet d'ouvrir à Boom une école spécialement destinée à la préparation de ceux qui vont prochainement entrer à la caserne. On leur enseignera l'école du soldat et le maniement de l'arme, les théories et les règlements de la caserne et on leur donnera une instruction (lecture, calcul, histoire), de façon à leur permettre de subir avec succès, dès leur incorporation, l'examen de caporal, ce qui, ainsi que l'a promis M. le Ministre de la Guerre, leur vaudra la réduction d'un tiers de leur temps de service.
» L'inscription est entièrement gratuite. L'école s'ouvrira le premier dimanche d'octobre, à 9 heures, au local du Collège Notre-Dame, rue de l'Incendie, à Boom. » (Suivent les noms des membres du comité organisateur, parmi lesquels nous retrouvons quelques curés.)
Depuis l'assemblée annuelle de la Fédération des Cercles et Associations catholiques s'est réunie à Tongres, cette année, et a entendu et discuté un rapport de M. le chevalier Georges Schaetzen, sur les Cercles de préparation militaire, résumé par ces vœux adoptés à l'unanimité :
(, Voir créer des Cercles de préparation militaire dans les localités où les circonstances s'y prêtent ; instituer dans chaque province un comité chargé de patronner ces œuvres ; voir les catholiques soutenir généreusement les Cercles militaires existants. »
M. Les œuvres du coin de terre
Les ceuvres du coin de terre sont de création française. Ce n'est que depuis 1896 qu'il en existe en Belgique. Elles se sont développées rapidement, puis fédérées en Ligue du Coin de terre et du Foyer insaisissable, rayonnant dans tout le pays.
Le but qu'elles poursuivent est fort louable : mettre à la disposition des familles d'ouvriers ou de campagnards, peu favorisées par la fortune, un lopin de terre ne dépassant jamais cinq ares, pour la culture des légumes nécessaires aux ménages.
' Le \Xe Siècle. \"- oct.ibre 1909.
254 Le Régime elérieul en Belgique.
S'il esi exact que toutes les mesures sont prises pour décider les protégés des œuvres à pratiquer régulièrement leurs devoirs religieux, on ne peut dire de la Ligue qu'elle soit une entreprise politique au vrai sens du mot. Mais si aucune propagande n'est prévue à cette fin par les statuts et alors même qu'elle ne s'exerce pas ouvertement à l'égard des patronnés des diverses œuvres, il est indéniable cependant qu'elles concourent toutes à renforcer l'influence cléricale sur le terrain électoral. Les ouvriers et les campagnards disposant d'un coin de terre grâce à leur intervention sont enrégimentés dans d'autres œuvres, les syndicats notamment, qui ont un but politique évident, et cette propagande est incontes tablemeni favorisée indirectement par le Gouvernement, qui met à la disposition des comités des subventions et autres faveurs, fort appréciées des intéressés.
La Ligue du coin de terre est dirigée par un comité de i rente deux membres, auxquels s'ajoutent les présidents des inquantecinq comités régionaux existant dans le jjajs. Ces c omités régionaux sont formés des présidents des comités locaux.
l'nc ligue locale du coin de terre fondée il faut cju'elle
dispose au moins d'un hectare de terre, — le morcellement est fait de manière à accorder à chaque famille patronnée 'inq ares au moins, jugés indispensables pour apporter, par une culture bien conditionnée, les légumes nécessaires à chacime d'elles pour six membres au moins.
Le jardinage ne peut être fait par des tiers : la famille doit cultiver elle-même le lopin qui lui est confié. Il est donc indispensable qu'elle n'habite pas trop loin de son potager. Le prix de location varie de o fr. 50 à 1 franc par mois, suivant qu'il s'agit de parcelles de terre situées à proximité des grandes villes ou autoui des villages.
Le locataire du coin de terre reçoit gratuitement, en tout ou en partie, les semences, aussi bien que les engrais, par les soins de l'ccuvrc. In petit carnet réunissant de nombreux conseils le renseignera sui les meilleurs moyens de rendre son jardin productif. Souvent un voisin, déjà instruit, est chargé de lui venir en aide p)Our l'initier à son tour.
En général, les coins de terre de cinq ares .sont d'un rapport annuel de 100 francs, ainsi que cela résulte des statistiques dressées par les inspecteurs, qui, au cours de leurs visites périodiques, interrogent les patronnés et les surveillent au point de vue de l'exécution de leurs engagements.
Des en( ouragements viennent stimuler, dans diverses circonstances, le zèle des nouveaux cultivateurs, qui sont fréquemment des ouvriers, se délassant volontiers dans les travaux de jardinage :
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concours avec primes pour ceux dont le coin est le mieux exploité, ustensiles de jardins, de cuisine, graines et semences rares, etc.
De plus, les patronnés peuvent devenir propriétaires de leur coin de terre, en versant leurs épargnes au comité, qui y ajoute annuellement cinq francs par livret et tire au sort un certain nombre de primes supplémentaires entre les divers membres.
Pour faire face à toutes ces dépenses, il faut évidemment, outre les sommes perçues pour loyers, des ressources supplémentaires. A cette fin, chaque comité groupe autour de lui des membres fondateurs, versant en une fois loo francs ou annuellement une cotisation de i 2 francs, et des membres adhérents payant un franc par an.
Le Gouvernement intervient, à son tour, à raison de 10,000 francs par an, sous prétexte que ces coins de terre sont des champs d'expérience, subventionnés, comme on sait, parce qu'ils contribuent aux progrès de l'agriculture. La Ligue, chargée de la répartition de cette somme, alloue 200 francs par an à chaque nouveau comité constitué en œuvre du Coin de terre. Des subsides annuels aident ceux-ci dans leur tâche.
Des concours régionaux sont parfois organisés entre les œuvres d'une même circonscription. Le Gouvernement intervient ici pour un tiers dans le total des frais : publicité, primes, indemnités allouées au jur.y, impression du rapport, etc. Ceci, nous semble-t-il, ouvre une porte aux abus et il ne doit guère être difficile d'endosser tous les frais des concours au Gouvernement. Les concours portent sur l'ordonnance des jardins, la valeur, la quantité et l'aspect des produits, etc.
D'autres subventions sont accordées par le Ministère de l'Agriculture pour frais de premier établissement des champs d'expérience, pour l'achat des engrais et des semences et les frais d'inspection des champs.
Enfin, à la demande de vingt membres d'une (Kuvre, l'Etat envoie un conférencier, qui viendra entretenir son auditoire de culture maraîchère ou d'économie domestique sur la préparation et kl conservation des légumes. Mais, et ceci nous paraît plus suspect, les comités peuvent désigner eux-mêmes leurs conférenciers, dont les causeries sont payées par l'Etat. Nous 3avons qu'autour des Secrétariats permanents rayonnent des conférenciers qui ne sont rien moins que des propagandistes politiques, et pe système de rétribution de conférences données par des personnages non agréés suscite une invincible méfiance.
Actuellement, la Ligue poursuit devant les Chambres le vote de son projet consacrant l'insaisissabilité des lopins de terre devenant la propriété familiale des ouvriers et campagnards. Il n'y a
rien à critiquer dans ces intentions, et il serait hautement désirable de voir admettre une loi promulguée dans ce sens.
La Ligue comprend aujourd'hui six comités régionaux, établis à Bruxelles Xamur. ("land. Ternionde. Anvers, Bruges ; d'autres sont en formation à .\rlon. Tournai, Courtrai, Aih et .Mons, mais pour cette dernière ville comme pour Saint-Nicolas, où il existe également une œuvre c'est la Conférence de Saint-\'incent de Paul qui les a créées et qui les dirige.
Ces 5 5 comités possèdent 75 hectares de lerres, louées à 1,500 familles environ.
Actuellement, un vif mouvement se dessine tendant à faire créer pai chaque Conférence de Saint-Vincent de Paul des oeuvres similaires. .\près ce que nous avons écrit au sujet des C^onférences, on peut se rendre compte de l'importance que prendraient sur le terrain politique les œuvres du coin de terre si les 1,165 Conférences en créaient dans les communes de leur ressort !
A^. Les Bourses du travail
Depuis de nombreuses années déjà, mais plus particulièrement depuis la naissance du mouvement syndical chrétien, les catholiques ont accordé une attention très spéciale à l'organisation des Bourses du travail.
Celles-ci ne fournissent-elles pas un excellent moyen de prendre contact avec les ouvriers, de pénétrer certaines particularités, intéressantes au point de vue politique, de leur vie privée et d'assurer, avec le concours des diverses institutions de propagande que nous décrirons ici, le recrutement des œuvres ?
L'initiative de la création des Bourses du travail remonte à 1885 ei est due à MM. Buis et Hector Denis : les conditions dans lesquelles se consomme leur activité n'ont guère varié depuis.
Aucune loi ne règle leur fonctionnement, mais l'C^ffice du travail ev l'Office des métiers et négoces interviennent par des subsides en faveur de celles des Bourses qui se soumettent à certaines règles bien précises.
Les Bourses du travail sont officielles, c'est-à-dire créées par les communes, ou privées, c'est-à-dire organisées en pleine liberté par des associations syndicales, des secrétariats d'œuvres sociales ou des consortiums de personnalités politiques ou .lutres.
C'est cette dernière catégorie qui doit nous intéresser plus particulièrement ici : c'est la forme qui a les préférences des cléricaux.
I! est assez malaisé de dresser le bilan des Bourses du travail catholiques : mais les renseignements que nous possédons au sujet de certaines d'entre elles nous permettent de conclure que les
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œuvres de cette espèce ont très spécialement retenu l'attention des militants et des propagandistes.
Les nombreux bureaux de placement des femmes seront examinés et étudiés à l'occasion de la description des œuvres féminines .
Les Bourses du travail catholiques les plus importantes sont incontestablement celles de Bruxelles (Concordia), Liège et Louvaii: (Gilde des métiers). Sur un total de 34,222 demandes d'emploi pour l'année 1908, la Revue du travail nous apprend que les deux premières, à elles seules, figurent pour 5,313 demandes.
Nous connaissons ensuite les Bourses d'Anvers, Gand, Saint- Nicoias, Malines, Lierre, Turnhout, Nivelles, Hasselt, Soignies, Huy, Renaix, Pâturages, JVIons, Liège (place Barthélémy), Liège (rue Hors-Château) et Eecloo.
Ces divers bureaux, ainsi que ceux de Liège et Bruxelles, ont constitué entre eux, le 11 décembre 1908, la Fédération nationale des bureaux de placement libres. La Fédération a pour but : 1° de créer un bureau de renseignements ; 2° de développer les rapports entre les administrateurs de ces établissements ; 3° de répartir entre les diverses Bourses l'offre et la demande de travail ; 4° de réclamer pour toutes les Bourses des avantages spéciaux, comme la franchise postale, la remise de formulaires, etc. ; 5° d'organiser de nouvelles Bourses oîi le besoin s'en fait sentir ; 6° de remédier au chômage par le placement.
Diverses Bourses, plutôt agricoles, ont été créées dans certaines communes de moindre importance, telles que Cortenaeken, Tongerloo, Becquevoort, Averbode. Dans le Limbourg, elles sont fédérées' et le siège social de la Fédération est à Hasselt.
Les comités de protection des émigrants ont, à leur tour, organisé des bureaux de placement ouvriers à Tournai, Bruges et Gand.
Enfin, la plupart des syndicats chrétiens se préoccupent, dans la mesure du possible, du placement de leurs affiliés.
Lîne aide très efficace est apportée aux hommes d'œuvre s'occupant des Bourses du travail par les patrons, industriels et autres employeurs catholiques. De son côté, le Gouvernement, avons-nous vu leur accorde certaines faveurs, notamment des subsides, dans des conditions d'agréation déterminées. A ceux-ci viennent également s'ajouter des subventions des provinces et des communes.
Les subsides du Gouvernement étaient représentés en 1908 par une somme globale de 10,900 francs, mais les Bourses du travail et la Fédération chrétienne ont également reçu des subsides de premier établissement, ainsi qu'une réduction du prix des téléphones .
La répartition des subsides annuels se fait, par les soins du Ministre du Travail, en tenant compte du montant des dépenses, du coût moyen du placement, du nombre d'offres et de demandes d'emploi, de la quantité d'ouvriers placés, des rapports proportionnels entre les placements et les demandes et les placements et les offres .
Les Bourses pour servantes et domestiques perçoivent !a moitié seulement des allocations attribuées .lu placement des ouvriers industriels.
Les conditions de cette répartition permettent de constater que les Bourses du travail valent aux Secrétariats permanents cjui les organisent des subsides venant grossir ceux déjà accordés sous de nombreux autres prétextes.
Statuts d'une Bourse du Travail établie conformément aux desiderata
du Gouvernement
Ch.-\pii're \. - FoNriATio.x ET But.
.\liTlCLE PREMIER. — IJ est fondé à , le...., un office de placement gratuit appelé Cette institution a pour but de rapprocher les
offres et les demandes de travail et de faciliter ainsi le placement dos ouvriers .