C. — Le Tiers=Ordre pour femmes
Le Tiers-Ordre pour femmes s'inspire des mêmes principes que le Tiers-Ordre pour hommes : il demande aux Dames Tertiaires de mener une vie conforme aux règles prescrites par Saint-François d'Assise et veut confondre, dans une aspiration commune, des femmes de tous âges et de toutes conditions.
Les Dames Tertiaires, pour être reçues dans l'Ordre, doivent faire un noviciat. Admises dans la sainte congrégation, elles doivent :
1° Faire vœu de pauvreté et y conformer leur vie ; renoncer au luxe dans l'habitation, la toilette, la manière de vivre ; se conforme]- aux sages principes de la tempérance ;
2" Suivre les enseignements de Dieu et de l'Eglise ; pratiquer avec ferveur les devoirs religieux ;
27S Le Régime clérical en Belgique.
30 Renoncer à la danse et au théâtre ;
4" Se conformer sans discussion à l'autorité du prêtre.
Mais ce qui caractérise aussi l'Ordre, comme conséquence de tant de vœux d'humilité et de résignation, c'est le renoncement à la jouissance de ses biens et de sa fortune : « Le Tertiaire, dit Mme Van Gehuchten, rapporteur sur l'œuvre du Tiers -Ordre jau Congrès de Malines de, 1909, frère ou sœur, se dépouille par avance et se dégage de cœur d'une fortune que le testament lui .irrache comme par une sorte d'anticipation. Il meurt à ses biens, et s'il y reste attaché, il n'est pas Tertiaire. »
En Belgique, l'œuvre compte de nombreuses adhérentes. Celles-ci collaborent activement à la création d'œuvres pour ouvrières, qu'elles entretiennent de leurs deniers ; beaucoup aussi renoncent à leur fortune au profit de fondations, de messes ou des caisses diocésaines.
D. — Les Congrégations de la Sainte=Vierge
Les Congrégations de la Sainte-Vierge sont dues à l'initiative des RR. PP. Jésuites. Ce sont des confréries de jeunes filles ou de femmes — il en existe également pour hommes — instituées dans les paroisses, les pensionnats pour jeunes filles surtout, les écoles, etc.
Leurs membres font le serment de toujours rester fidèles à l'Eglise et de la défendre envers et contre tous, sous le patronage de la \'ierge Marie.
A la sortie des pensionnats, les jeunes filles continuent à entretenir des liens durables avec les institutions qui ont vu s'écouler leur jeunesse et dans des circonstances diverses, fêtes patronales, distributions de prix, elles se retrouvent, mariées ou non, avec leurs anciennes amies, à un repas généreusement offert par leurs anciennes maîtresses.
Un bulletin mensuel leur est envoyé régulièrement pour faire durer cette sorte de tutelle amicale, qui peut être utile pour agir sur les maris ; le prix de l'abonnement varie avec les œuvres.
Plus nombreus^es que partout ailleurs sont les Congrégations de la Sainte Vierge dans notre pays. Il y en a au total 2,600 environ, dont près de 2,000 pour femmes et jeunes filles, toutes rattachées à l'œuvre-mère de Rome.
Est-il à peine besoin d'ajouter que celles-ci, préparées de bonne heure à l'apostolat laïc, fournissent les contingents de dames patronnesses que nous voyons à la tête d'une multitude d'œuvres et des plus variées ?
L'Organisation de la Propagande. 279
E. — • L'Archiassociation des Dames de la Charité et de la Miséricorde
Cette œuvre nationale est constituée par une centaine d'œuvres de dames distribuant des aumônes aux pauvres.
Toutes sont reliées à un Comité central établi à Paris.
Les dames font des visites au domicile de leurs protégés et s'efforcent de les faire pratiquer leurs devoirs religieux : assistance à la messe, communions, retraites, puis les font inscrire dans des Confréries paroissiales.
Mais là ne s'arrête pas leur mission, et, dans un pays où toute une partie de la nation met tout en œuvre pour consolider et agrandir les pouvoirs de l'Eglise au détriment de l'Etat, on doit déplorer que des préoccupations étrangères à la charité soient leur mobile, le but qu'elles poursuivent avant tout.
Nous avons vu qu'à la date du 2 mars 19 10, M. le député A. Delporte avait interpellé le Gouvernement sur les agissements, moyens de persuasion et de pression, auxquels recouraient les Conférences de Saint-Vincent de Paul pour décider les parents pauvres, leurs protégés, à retirer leurs enfants des écoles communales.
Les faits dénoncés avec précision par l'interpellateur visaient également et ouvertement les procédés employés par les dames visiteuses de l'œuvre de la Charité et de la Miséricorde, et des protestations indignées s'élevèrent des bancs de la droite contre semblables accusations.
Or, dans le rapport^ présenté au Congrès de Malines par la présidente générale de l'Archiassociation de la Miséricorde de Bruxelles, nous lisons ces lignes :
« La fréquentation des écoles catholiques occupe beaucoup l'œuvre et par son influence, exercée avec tact, mais avec un zèle sérieux, presque tous les enfants des familles visitées restent dans les écoles catholiques ou y viennent. Des arbres de Noël sont offerts aux familles dans presque tous les comités ; préparés par les dames, les vêtements sont travaillés et offerts par elles. Cette fête, si chrétienne, retient et attire les pauvres et les riches. »
L'aveu est formel, et les protestations de certains membres de la droite étaient tout au moins audacieuses et inconsidérées. Au surplus, l'apostolat des Dames de la Miséricorde ne s'arrête pas ici ; elles ne dédaignent pas de faire des incursions nombreuses
' QrAivre des Dames de la Charité et de la Miséricorde. 1909. CongTès de Malines. Rapport présenté par M'".^ la baronne douairière Snoy d'Oppuers, présidente de l'Archiassociation de la Miséricorde de Bruxelles.
sur le terrain social et politique : « Pour que la classe ouvrière se relève, il faut remplacer, continue le rapporteur, les notions faussées et malsaines, trop propagées de nos jours, par des idées nettes, précises et utiles à ses intérêts. Les questions sociales doivent être mises à sa portée. Il importe donc que notre association s'en imprègne elle-même et s'initie au.x institutions qui ont le progrès pour but. La miséricorde s'y applique avec zèle et persévérance. Elle cherche à affilier les familles à des mutualités, à former des syndicats chrétiens, à les détacher et à les éloigner des syndicats socialistes. Déjà de ce côté, le progrès se fait sentir. »
Il est question de fédérer les diverses œuvres de la .Miséricorde e.xistant dans le pays, pour intensifier encore la propagande scolaire et syndicale catholique.
F. L'Association de l'Adoration perpétuelle
L'Association de l'Adoration perpétuelle a pour mission d'entretenir les églises pauvres, de leur venir en aide par des subsides et de leur fournir des ornem'ents et des vases sacrés.
Un Comité central, placé sous la direction des Evêques, dirige les sept centres — Bruxelles, Namur, Tournai, Bruges, Anvers, Gand et Liège — autour desquels rayonnent 85 associations ou confréries, entretenant au sein de leurs membres le culte du Très Saint Sacrement et exigeant d'eux une souscription annuelle contribuant à entretenir les églises pauvres. Certains membres paient 2 fr. 50 ou I franc, d'autres 25 centimes par an.
Ces associations provoquent la création, autour des paroisses dotées par elles, de Confréries du Très Saint Sacrement, organisant des communions mensuelles pour leurs membres, mais prenant aussi, comme nous l'avons vu, toutes mesures nécessaires pour développer l'apostolat laïc.
Nous avons fait connaître l'apostolat laïc dans son action sociale et politique.
Si nous trouvons parfaitement légitime que des catholiques s'unissent pour contribuer, par leurs oboles, à entretenir les églises qui ont besoin d'être secourues, nous faisons des réserves formelles sur le rôle joué, en dehors du terrain religieux, par les Confréries du Très Saint Sacrement et leurs Ligues Eucharistiques. Etant donné que les œuvres de l'Adoration perpétuelle ne subsidient que les églises qui organisent leurs paroissiens en confréries, assignant à chacun de ceux-ci une mission à remplir sur le terrain politique ',
' \'oir au chapitre III : li-s Confréries du Très Saiut-Sacrenient. p. litO, et les Lipiies Eucharistic|uos, p. 20».
L'Organisation de la Propagande. 281
nous ne pouvons que faire les mêmes réserves sur les œuvres qui nous occupent en ce moment.
Le rapport présenté par M^e la secrétaire au Comité central de la rue Van Maerlandt, à Bruxelles, nous fait connaître que les recettes se sont élevées, pour 1908, à 146,633 fr. 59.
La valeur des objets et des subsides donnés aux églises pauvres depuis la fondation de l'œuvre s'élève à 9,834,399 francs.
G. L'œuvre des catéchismes des Dames de Sainte=Julienne
Cette œuvre organise, dans des locaux appropriés, des cours de catéchisme pour enfants et jeunes filles fréquentant les ateliers.
L'enseignernent du catéchisme se fait par les soins des curés et des vicaires ; les protégés de l'œuvre fréquentent régulièrement la messe, communient ensemble, sont reçus gratuitement dans des retraites annuelles, etc.
Des bons points sont accordés aux plus assidues et aux plus méritantes. En échange de ceux-ci, elles reçoivent des petits cadeaux, qu'elles peuvent se procurer à une kermesse flamande organisée à leur profit. Puis, parfois, ont lieu des distributions de vêtements et autres objets de première nécessité.
Le recrutement des élèves se fait par les visites des dames patronnesses au domicile de leurs parents ; toutes sont invitées à amener des amies, ce qui leur vaut de nouvelles récompenses.
Les écoles ménagères, annexées aux diverses œuvres, sont très appréciées des parents : elles sont le moyen le plus efficace à les décider à y envoyer leurs jeunes filles.
Ces écoles sont adoptées, par conséquent subsidiées par le Gouvernement.
Il va de soi que le recrutement syndical n'est pas négligé pour celles des ouvrières qui sont susceptibles d'en faire partie.
"L'Œuvre du catéchisme du soir, fondée dans quelques villes, a pour but de suppléer à l'indifférence religieuse des parents, dans l'éducation à donner à leurs jeunes filles.
Ici, les leçons de catéchisme sont données par de jeunes ovivrières à d'autres ouvrières, qu'elles recrutent elles-mêmes parmi leurs amies ou en se rendant au domicile des parents.
L'Œuvre des forains, établie également dans diverses villes, groupe des dames qui visitent les voitures roulantes des forains, engagent les parents à leur confier leurs jeunes filles et s'occupent de tout ce qui intéresse leur formation religieuse.
H. La Ligue nationale de l'éducation familiale
La Ligue nationale de l'éducation familiale a été fondée en 189Q et a son siège social à Bruxelles ; elle a des sous-comités dans la plupart des grandes villes du pays.
Le but réel qu'elle poursuit est de répandre, au sein v.les familles, grâce au concours de la femme, les principes de la religion.
Les moyens qui permettront de l'atteindre sont définis par les statuts :
.; L'œuvre a pour but de répandre dans les familles, particulièrement par l'intermédiaire de la femme, les notions pédagogiques indispensables pour l'éducation physique, intellectuelle et morale des enfants et de suppléer aux programmes actuellement suivis dans les maisons d'éducation en vulgarisant la connaissance pratique des sciences naturelles, économiques et sociales.
Pour atteindre ce but, la Ligue use de tous les moyens qu'elle juge convenables, notamment : l'institution de cours, la création de bibliothèques, l'organisation d'un service de renseignements, la publication de brochures, d'ouvrages, l'organisation d'expositions, de concours, d'examens, etc.
Sont membres de la Ligue les personnes, admises par le Comité exécutif, qui paient une cotisation annuelle de 10 francs.
Ce titre et cette cotisation donnent droit :
\^' A un abonnement à la Revue et à toutes les publications de la Ligue ;
2" Au service de lecture des livres d'éducation de la bibliothèque ;
3^' Au service de tous renseignements concernant les branches du programme ;
4" A la gratuité de tous les cours et conférences institués par la Ligue ;
5" A une annonce gratuite dans la Revue.
La Ligue de l'éducation familiale, qui est présidée par une dame, mais actionnée surtout par deux fonctionnaires supérieurs du Ministère de l'Agriculture, organise également des congrès.
Son premier congrès eut lieu à Liège, en 1905, sous le patronage du Gouvernement ; un deuxième à Milan, en 1907, sous le haut patronage de S. M. le Roi d'Italie. Le troisième s'est tenu à Bruxelles, en août i 9 i o, sous le haut patronage de S. M. la Reine des Belges.
Plus de 300 rapports y furent présentés. Ces rapports ont été publiés en huit volumes, correspondant aux huit sections du
L'Organisation de la Propagande. 283
Congrès. En outre, un neuvième volume donne les comptes rendus des assemblées générales et des discussions du Congrès. Ces neuf volumes constituent une bibliothèque d'éducation très remarquable, mais remarquable surtout en ce qu'on y trouve des traces de discussions animées, parfois orageuses, notamment sur la question de l'instruction obligatoire, un certain nombre de membres du Conseil général de la Ligue de l'enseignement s 'étant fait inscrire au Congrès et ayant défendu et fait triompher ce point de vue.
L'œuvre n'est pas très prospère et n'exerce guère d'influence sur l'organisation générale de la propagande cléricale. Ses comités locaux n'attirent pas beaucoup de militants, des besognes plus impérieuses appelant ceux-ci ailleurs.
Depuis cette année, la Ligue de l'éducation familiale subsidie le Comité national des Cercles de fermières, qui tous sont catholiques .
/. — La Ligue des femmes chrétiennes
La première des Ligues des Femmes chrétiennes fut constituée à Bruxelles, en 1893 ; nous avons eu l'occasion déjà de nous en occuper. Depuis, des associations similaires ont été créées dans beaucoup d'autres villes, plus particulièrement à Liège, .\nvers et Gand. Ces Ligues ont pour but d'unir chrétiennement les femmes, plus particulièrement les ouvrières, pour les soustraire au socialisme et à l'athéisme, tout en coopérant à la défense de leurs intérêts matériels les plus directs.
L'organisation requiert la collaboration du prêtre, de dames patronnesses et des ouvrières elles-mêmes; le concours de maîtresses d'atelier y est particulièrement recherché.
L'activité des Ligues prévoit la formation de syndicats, avec tous les avantages que comportent les syndicats ouvriers euxmêmes, telle l'organisation de l'apprentissage, de l'enseignement professionnel ou ménager pour adultes, du placement, de la caisse de chômage, etc., ainsi que la mise en oeuvre de toutes mesures susceptibles d'assurer le relèvement des salaires.
Des « retraites » annuelles sont tenues en commun le soir, avec conférences, cours d'apologétique populaire ; puis des « retraites » de trois jours pleins à la campagne, à des conditions de prix très avantageuses. Des réunions ont lieu à l'occasion des fêtes religieuses : les ouvrières assistent enfin aux « récollections mensuelles », comprenant une messe avec récitation du chapelet et communion générale, prêche sur l'Evangile, cantique et bénédiction du Saint Sacrement. La réunion se termine souvent par un déjeuner en commun gratuit.
Les Ligues étendent l'intérêt qu'elles portent à leurs protégéesà l'installation de services de prêts, de secours en cas de maladie, d'indemnités pour pourvoir aux frais funéraires, d'achats en commun, etc.
Au cours des « semaines sociales », les revendications féminiiîes ont l'occasion de se faire valoir. Celles-ci trouvent dans l'œuvre du Féminisme chrétien l'appui utile que peut requérir la défense de la situation morale et économique de la femme chrétienne.
Dans les campagnes, des associations de femmes ont été créées depuis 1906, sous forme de Cercles de fermières ; nous nous en occuperons plus loin.
J. — Les œuvres de placement
Nous venons de voir que les Ligues des femmes chrétiennes s'occupaient du placement des ouvrières syndiquées et des gens de maison. 'L'Association internationale catholique pour la protection de la jeune fille, qui a son siège social à Fribourg, a créé en 1902, à l'initiative de M""*: de Montenach, un comité national en Belgique poursuivant le même but, avec des sous-comités dans la plupart des villes de quelque importance du pays. Ces sous -comités ont à leur tour des correspondants dans les plus petites localités.
L'organisation prévue par ces comités permet d'hospitaliser, dans de véritables hôtelleries et à des conditions avantageuses, les jeunes filles en quête de place ou d'emploi. Avant leur départ, elles reçoivent un livret fournissant toutes espèces de renseignements sur les régions qu'elles sont appelées à habiter et leur rappelant instamment les devoirs religieux qu'elles ont à remplir.
Dans les gares, des affiches complètent, depuis 1903. ces renseignements, et des dames patroimesses, reconnaissables à un ruban blanc et jaune, sont là pour les recueillir.
Durant ces trois dernières années, les offres de sujets sont montés de 1,623 à 6,691 et les demandes de 2,711 à 10,776.
L'œuvre a obtenu récemment l'autorisation de faire afficher plus de 30,000 circulaires dans les voitures de chemins de fer de troisième classe.
Le home dans lequel sont reçues les servantes est « un petit sanctuaire, où Dieu réside, entouré d'une chaude atmosphère, où elles viennent réchauffer leur foi et retrouver le courage de supporter leurs peines ». Ces paroles sont de M">« la comtesse John d'Oultremont, fondatrice du Comité belge, qui fit voter au Congrès de Malines le vœu suivant :
« Que le clergé, en Belgique et dans tous les miheux, s'inté-
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resse plus directement à l'œuvre internationale de la protection de la jeune fille. Beaucoup de prêtres ne connaissent pas encore l'œuvre. Il serait désirable que les évêques demandassent à MM. les curés un rapport annuel sur celles de nos maisons qui dépendent de leur paroisse. »
D'autres œuvres, telle l'Association des Dames de la Persévérance, reçoivent les jeunes filles dans des ouvroirs où elles travaillent, en attendant qu'elles aient pu trouver un emploi.
Elles peuvent s'y faire hospitaliser et nourrir à des conditions très avantageuses, de o fr. 75 à i franc par jour.
En été, les dames reçoivent dans une maison de campagne, à des prix de faveur, celles des ouvrières qui voudraient y faire une cure.
L'œuvre fut fondée en 1902, sur les inspirations d'une religieuse, par le curé-doyen de Sainte-Gudule. Elle vit moyennant les ressources qui lui sont fournies par la charité privée, les secours des RR. PP. Rédemptoristes, Jésuites, Dominicains, Carmes, et les versements de ses pensionnaires.
On y accueille, de même, des ouvrières et employées qui ne désirent y prendre que les repas de midi.
L'éducation religieuse est entretenue par des prières, communions en commun, et l'enseignement religieux est donné aux jeunes filles qui ne le possèdent pas suffisamment.
Un bureau de placement est organisé au sein de l'œuvre.
1^' Œuvre des Bonnes Gouvernantes, fondée au sein de la Ligue de l'éducation familiale, a pour but de former des femmes appelées à élever les enfants du premier âge. Elle délivre un diplôme à icellea qui ont été à même de subir un examen spécial, par lequel elles établissent qu'elles possèdent notamment les connaissances nécessaires pour donner une éducation chrétienne aux enfants qui leur sont confiés. Par un accord intervenu avec la Ligue des Femmes chrétiennes, les gouvernantes diplômées sont placées par les bureaux spéciaux de celle-ci.
L'Œuvre de Sainte-Françoise Romaine a été fondée en 1900 par quelques dames du Tiers-Ordre.
Elle s'occupe du placement des servantes.
Seules les servantes offrant toutes les garanties au point de vue moral et religieux, constaté par le curé de leur paroisse, jouissent de la sollicitude de l'œuvre, qui les place uniquement dans des familles catholiques.
Entre-temps, les jeunes filles peuvent se faire hospitaliser au local, dans des conditions avantageuses, à raison d'un franc par jour, en attendant leur placement.
Une fois entrées en service, elles sont invitées à venir passer
leurs jours de sortie dans la maison de l'œuvre, où elles trouveront quelques distractions.
Des succursales de l'œuvre, qui est dirigée par un Comité de dames du Tiers-Ordre et des dames charitables, sont établies à Schaerbeek, Alost, Anvers, Gand, Lierre, Lokeren, Thielt, Malines, Eecloo. Elles rendent de grands services aux Secrétariats permanents d'œuvres sociales des divers arrondissements avec lesquels elles sont en rapport, en secondant leur propagande dans les campagnes .
Au Congrès de .Malines un vœu a été émis invitant les curés à apposer dans les églises des affiches faisant connaître ces bureaux de placement et insistant pour que ceux-ci soient renseignés, en outre, aux intéressés par les diverses publications, almanachs, revues et journaux ruraux. La formation de Comités de personnes pieuses était requise, enfin, pour signaler l'existence des diverses œuvres.
Depuis sa fondation, 17,250 demandes émanant de maîtres et 13 525 offres de sujets sont parvenues à l'Œuvre de Sainte- Françoise Romaine, dont 12,968 ont pu être servies.
L^ne Ecole pour infirmières, de création récente à Bruxelles, s'est donné pour tâche de former des infirmières catholiques requises par les hôpitaux, les instituts médicaux et chirurgicaux, ainsi que les cliniques. L'école délivre des diplômes et s'occupe du placement de ses élèves.
K. Les couvents
Les couvents procurent du travail à des jeunes filles et des femmes plus âgées. Répandus plus spécialement dans les Flandres, ils se livrent, sous prétexte d'enseignement, à une exploitation, maintes fois dénoncée, des ouvrières qu'ils emploient. Certains disposent d'ateliers dits « de charité », et ici encore nombreuses sont les pauvresses qui viennent chercher le moyen de ne pas mourir de faim et de détresse !
Ces abus ont été mis au jour par des enquêtes officielles aussi bien que particulières ; ils ont été signalés au Congrès international du travail à domicile de Bruxelles en 1910. Mais la vérité nous oblige à reconnaître qu'ici le Rév. P. Rutten notamment s'est déclaré prêt à les combattre partout où ils seraient signalés.
Dans un article très remarcjné du Peuple — qui au surplus n'a pas été contredit, — ^L Auguste Dewinne s'est attaché très spécialement à l'étude de ces exploitations et a révélé qu'au couvent de Herzeele, près d'Alost, un industriel bruxellois a installé, depuis
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une trentaine d'années déjà, une fabrique de corsets, qui occupe environ quatre cents ouvrières, dont près de trois cents travaillent au couvent même, les autres étant employées à domicile.
Des ateliers semblables ont été installés à Denderleeuw, iMassemen, Sotteghem et Hérenthals. A Wetteren et à Schellebelle, des ouvrières travaillent à domicile pour le couvent de Massemen.
Dans les couvents de la région de Courtrai, à Bruges, à Gand, à Louvain et à Bruxelles, des centaines de fillettes et de jeunes filles font de la broderie et de la lingerie pour les grands magasins et les maisons de gros de la capitale.
Un couvent de la Flandre confectionne des chemises ordinaires pour homme, à raison de 2 fr. 40 la douzaine, soit 20 centimes pièce ; à Bruxelles, la même chemise est payée à l'ouvrière de 35 à 45 centimes.
Un autre couvent fait douze tabliers pour i fr. 80, tandis qu'à Bruxelles le même travail est payé 4 fr. 20.
Dans un orphelinat des environs de Louvain, un industriel bruxellois a installé depuis peu une fabrique de chaussons ;de lisières, oli travaillent une centaine de fillettes ; travail dangereux pour des jeunes enfants à l'esprit frivole et dont la moindre distraction peut amener de graves blessures aux mains. Elles sont payées en indulgences.
Dans les écoles dentellières installées par les couvents dans les Flandres, l'ignorance des enfants est absolue et leurs parents touchent, pour le travail fourni par celles-ci, deux centimes en moyenne l'heure ; dans certaines écoles même, le travail est gratuit. Les dentelles sont vendues à bon prix pour compte des couvents.
Un sociologue éminent, M. Guillaume De Greefi, s'est occupé de la même question.
D'après son travail, les ateliers dits « de charité », consacrés aux jeunes filles, ont eu, dans ces quarante dernières années, la population suivante :
1882 environ
1883 environ
Les deux Flandres fournissent à elles seules la presque totalité de cette population.
Voir Documentation anticléricale, n" 17, août 1910.
Les écoles dentellières soumises encore actuellement au régime de l'adoption, conformément à la loi du 23 septembre 1842, étaient dans beaucoup de communes la seule école primaire : l'enseignement, en fait, y était inexistant et le travail de la dentelle était la seule occupation des élèves ; l'enseignement primaire y est absolument sacrifié à l'enseignement professionnel.
L'enseignement professionnel lui-même s'y réduit au perfectionnement pour ainsi dire mécanique de la seule habileté manuelle.
En ce qui concerne les enfants, ils sont la proie des couvents et des marchands ; les couvents ne leur donnent pas même l'intégralité du salaire payé par le marchand ; ce sont les directrices des écoles-couvents qui servent d'intermédiaires entre le marchand et les élèves. C'est par elles que celles-ci reçoivent la matière première et c'est par elles aussi que leur travail est livré au négociant. Les couvents se sont enrichis, grâce aux prélèvements opérés par les directrices sur les prix payés par les marchands, et dont l'intégrité, sous déduction des frais généraux, aurait dû être remise aux élèves.
L'exploitation actuelle de l'ouvrière dentellière est un crime de lèse-humanité, un brigandage et un assassinat permanent qui nous placent au degré le plus infime des civilisations les plus grossières et les plus barbares ; la raison et le sentiment la flétrissent également ; laisser, la situation étant connue, le meurtre s'accomplir régulièrement et chaque jour, c'est s'en rendre complices '. »
L'enquête très complète faite par M. Pierre Verhaegen, conseiller provincial catholique, sur l'industrie dentellière, dénonce l'abus toléré dans les couvents qui fait que les élèves, sous prétexte d'enseignement professionnel, ne sunt pas séparées des ouvrières proprement dites. M. Verhaegen regrette aussi que les enfants y soient admises trop jeunes et que la durée de leur travail soit excessive.
Les couvents ne paient pas de patente. Ils trouvent le moyen -d'échapper au fisc dans des conditions que nous exposerons plus loin. Ils échappent à la loi sur la protection du travail et, comme nous venons de le voir, ils trouvent le moyen de soutirer, sous prétexte d'enseignement professionnel, d'importants subsides à l'Etat.
D'une enquête entreprise en 1896 par l'Office du travail, il résulte que la population des écoles dentellières était encore, à cette époque, de 47,000 femmes et enfants ; hygiène, salaires et heures de travail sont identiques à ceux cités plus haut.
Il est grand temps qu'une réglementation sévère mette fin à ces exploitations odieuses, qui font la honte de notre pays !
L'Ouvrière dentellière. '««•>.
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