‹ Le régime clérical en BelgiqueChapitre 76 sur 166 · V.ANDERKERKE · texte numérisé non relu

V.ANDERKERKE

M. le Ministre de l'Intérieur a tenté de se justifier en affirmant solennellement qu'il s'agissait d'un drapeau tricolore et qu'il avait voulu encourager l'esprit de loyalisme ! Il insistait sur ce point important que les drapeaux devaient être « tricolores », sans doute

L'Organisation de la Propagande. 317

parce que les drapeaux bleus ne représentent pas un symbole de loyalisme tel que l'entendent les catholiques !

Nous savions que la sollicitude gouvernementale avait \-alu des subventions importantes, pour l'acquisition de drapeaux, aux « Anciens Elèves des Frères », au « Cercle apologétique de Liège », aux « Paysans voyageurs d'Angleur », aux « Turcos floreffois », aux « Joyeuses Botteresses de Liège », mais assurément nous ne pouvions imaginer que la dilapidation du Trésor public, au profit de la propagande d'un parti, pouvait atteindre une telle limite d'audace et d'outrecuidance !

D. — La Fédération des cercles catholiques

Les sociétés qui, sous le nom de Cercles catholiques, représentent les groupements des militants, donnant une direction déterminée à la vie politique locale ou régionale, sont très dissemblables, au point de vue de leur organisation, des associations politiques anticléricales.

Alors qu'ici toute l'activité est concentrée vers la propagande politique, plus particulièrement intense durant les périodes électorales, les Cercles catholiques ont, en outre, pour objet, tout au moins dans les grandes villes, de réunir les familles des membres en des fêtes intimes et s'intéressent à l'étude des questions sociales.

On ne peut nier qu'ainsi conditionnés, les Cercles catholiques aient une vitalité plus grande, issue de contacts plus fréquents, dans des réunions justement appréciées et créant peu à peu une atmosphère de cordialité et de confiance réciproque qui sont un des secrets de leur puissance.

La plupart des Cercles ont leur local, avec brasserie, jeux divers, salle de réunions, service de journaux, salle de fêtes et de conférences, bibliothèque, cinématographe,, représentant autant d'attraits susceptibles de réunir tous ceux qui, parmi les dirigeants et militants politiques notamment, s'intéressent à la politique et trouvent ainsi l'occasion de se concerter pour agir.

Plusieurs sections assurent la diversité des attractions : sections d'agrément, dramatique, de musique, de gymnastique, d'études scientifiques, d'excursions, etc., rivalisant de zèle, grâce au concours des membres des jeunes -gardes créées sous les auspices des divers Cercles.

Les Cercles catholiques règlent, à l'occasion des grandes assemblées générales, les questions de tactique, de propagande, ainsi que le choix des élections aux candidats. A peu près partout, pour la Chambre et le Sénat notamment, leur désignation se fait à un poil général, auquel participent les délégués cantonaux.

Certains cercles prcniienl l'initiative, notamment dans les villes peu importantes, là où il n'y a pas de Secrétariats permanents, de créer des œuvres sociales et économiques.

Une Fédération nationale groupe la plupart des cercles et associations du pays, l'ne assemblée générale annuelle réunit leurs délégués, le nombre pour chaque localité étant détermine par le Comité fédérai. Ces réunions ont lieu plus spécialement dans les arrondissements où un effort tout particulier de propagande paraît nécessaire. C'est ainsi que pour l'année 191 i l'assemblée générale a été tenue à Tongres, dans la province qui semble être de plus en plus acquise aux idées libérales. Et les rapports présentés signalaient plus particulièrement l'organisation et les moyens de propagande requis par cette situation nouvelle et locale.

C'est ainsi notamment qu'on s'y est entretenu des œuvres qu'il était indispensable de créer, pour préparer les cadres susceptibles de recueillir les nombreux ouvriers industriels qui bientôt \'iendront accroître les populations indigènes autour des charbonnages : tour à tour, il a été question de maisons ouvrières, mutualités, bienfaisance, cercles de préparation militaire, patronages, œuvres de défense de la foi, etc.

Il y fut nécessairement question du projet de loi scolaire, et des télégrammes de félicitations furent envoyés au Pape et au chef du Gouvernement, sous la signature de M. Woes'.e pour ce dernier.

E. La Ligue antimaçonnique

Les catholiques sont unanimes à imputer tous les jnéfaits causés par la propagande anticléricale aux Loges maçonniques. Très explicites à cet égard sont les brochures et les tracts répandus à profusion dans le pays i)our combattre la Franc-maçonnerie.' .\e vont-ils pas jusqu'à affirmer, dans les milieux même cléricaux, que toutes les fonctions publiques sont entre les mains des francsmaçons ?

Quelle erreur fut donc celle des divers gouvernements catholiques qui se sont succédé au pouvoir depuis vingt-sept ans !

Est-ce de l'inconscience ou, de l'effronterie ? Au Congrès de -Malines de 1909, I\L le comte de Renesse, dans un rapport qui a pris trois ])ages pour résumer la formidable conspiration maçonnique contre l'Eglise et la Morale, décrit ainsi les méfaits de la domination... cléricale :

i; Si nous jetons un regard maintenant sur ce cjui se passe en Belgique, nous pouvons affirmer que la situation est loin d'être brillante pour les catholiques.

L'Organisation de La Propagande . 319

» Après vingt-cinq ans de gouvernement catholique (oh ! amère ironie !), les hauts grades dans les administrations publiques, dans l'armée, dans l'enseignement, sont absolument tenus par les francs-maçons. Aux chemins de fer, surtout clans les ateliers de Malines, la propagande franc-maçonne se fait ouvertement. Les chefs du personnel le sont presque tous.

» Dans l'armée, pendant vingt ans, l'Ecole de guerre n'a soigneusement admis dans l'état-major et comme adjoints d'état-major que des sujets triés et donnant des garanties de libéralisme, et, à de rares e.xceptions près, d'ici à quelques années, tous les chefs de corps seront affiliés aux loges.

» Quant à nos cours d'appel, nous n'avons la majorité que dans une cour, les autres sont entre les mains de nos ennemis.

» Les justices de paix mêmes commencent à être gangrenées et en plein pays flamand sont nommées juges de paix des créatures des loges, qui, Wallons, ont des traducteurs flamands .qui leur sont adjoints.

» Qu'adviendrait-il si, du jour au lendemain, le ministère devenait libéral ? Ils ont des hommes en place, et les catholiques apprendraient à leurs dépens ce qu'il en coûte d'aller à la messe.

>^ Toutes les édilités sont franc-maçonnes dans les grandes villes du pays » (que vont dire les édilités catholiques de Laeken, de Koekelberg et d'Etterbeek 1 ?) «et nous y voyons, comme par un mot d ordre, fleurir le vice sous toutes ses formes. « Corrompez la » jeunesse et elle vous appartiendra », et sur les places publiques, dans les squares se dressent des statues obscènes! Contre les murs les affiches attirent les yeux des enfants, faisant entrer dans leurs cœurs les idées malsaines. Voyez les étalages des libraires, les vitrines des objets d'art » (Ils ne sont pourtant pas tous anticléricaux !), « partout comme un flot montant de luxure, d'obscénité, dont le résultat est d'amener devant les tribunaux des znfants de seize à vingt ans, ayant commis des crimes de toute espèce contre la morale et la nature.

» !Ig savant ca qu'ils font en corromparit. iis aveulissent les volontéj et enlèvent à la religion des milliers d'âmes. »

On comprend que tant de vilenies, imputables à la francmaçonnerie, appelaient des remèdes ! ! ! Il devenait urgent, après des constatations aussi péremptoires, de trouver le moyen de les combattre.

Ce rapport documenté a fait naître, comme nous allons voir, la Ligue antimaçonnique, dont la création avait déjà été décidée au Congrès de Liège en 1890. Elle nous vaut déjà la publication de trois numéros d'un bulletin qui se dit mensuel et illustré et qui s'est donné pour tâche de réduire à néant « la pieuvre anticléricale ».

La Ligue antima<;onnique partage son siège social avec celui de l'Action populaire, que nous avons étudiée dans un des chapitres précédents.

Pour en faire partie, il faut payer une cotisation d'un franc par an, donnant droit au rapport annuel sur les travaux de la Ligue : les membres qui paient annuellement 2 fr. 50 reçoivent, en outre, le Bulletin nntiinaçounique. Ceux qui souscrivent au moins 10 francs par an ou 100 francs en une fois ont droit à toutes les publications de la Ligue.

La Ligue manifeste également son activité par des publications de tracts, de conférences, etc.

Jusqu'à ce jour, le Bulletin s'est contenté de publier toute une série de renseignements concernant l'organisation des loges, que l'on retrouve dans des ouvrages livrés au domaine public. Pour faire connaître leur activité, il s'est borné, nous assuret-on, à copier un certain nombre de planches, ne révélant au monde inquiet que l'existence de réunions bien pacifiques, au cours desquelles des maçons faisaient l'exposé d'une question sociale ou économique .

Mais le Bulletin annonce sans cesse des révélations sensationnelles, la publication des noms des membres affiliés aux différentes loges du pays, etc., etc.

Sans aucun doute, la Ligue espère un de ces jours voir un de ses démarcheurs rapporter aux maîtres des documents, achetés à gros prix, qui justifieraient la promesse faite au public et qui retiendraient au Bulletin an'.iniaçonnique et à la Ligue qui l'édite leur clientèle intriguée et avide de nouvelles. Elle connaît tous les maçons, affirme-t-ellc ! Mais ne lui faudra-t-il pas toute une armée de militants cléricaux pour empêcher la conspiration viue ceux-ci préparent d'aboutir, avec ce programme que dénonçait, comme étant celui des Loges, le dernier Congrès de Malines :

« i^' Séparation de l'Eglise et de l'Etat, afin de ruiner la première en supprimant le budget des cultes et de mettre la main sur les biens des fabriques d'église ;

» 2" Instruction obligatoire et laïque, avec l'exclusion du prêtre des écoles, suppression du programme des études de tout enseignement dogmatique, soit par le prêtre, soit par l'instituteur ;

» 3' Revision de l'article 20 de la Constitution, qui établit la liberté d'association, et abrogation de l'article 117. donc suppression des couvents, car dans leur programme ils admettent le droit d'association pour les citoyens, mais les associations religieuses de personnes de l'un ou l'autre sexe ayant fait preuve de pauvreté ou de célibat sont interdites.

» Déjà les enquêtes sur les bans des couvents ont été partiel-

L'Organisation de la Propagande. 321

lemenl; faites, afin de pouvoir au moment voulu éveiller les appétits et exciter les convoitises.

» Devant le travail, souterrain mais tenace, de nos adversaires, allons-nous rester inactifs ? Il me semble que le moment est venu de former une ligue antimaçonnique et de combattre partout et de toutes les façons les frères .'.. Divulguer par la voix de la presse tous leurs agissements, citer leurs noms ; enfin faire une lumière éclatante sur leurs ténébreuses et mystérieuses machinations. »

C'est dans ces conditions qu'est née, à côté de nombreuses ligues et confréries, dont les noms mystiques cachent autant de conspirations occultes contre la liberté et la démocratie, la Ligue antimaçonnique à laquelle nous venons de nous arrêter.

Comme toute œuvre requiert des fonds pour vivre — nous ignorons si les cléricaux ont déjà découvert le moyen qui leur permette d'user à son profit de la « liberté subsidiée », — elle s'en procure par un honnête chantage. Les maçons dont les noms sont révélés par le Bulletin de la Ligue — ceci dans le but évident de leur porter un préjudice en les dénonçant à 'la haine des cléricaux — reçoivent une petite carte postale ainsi libellée ; nous la copions textuellement :

Monsieur,

J'ai l'honneur de vous signaler que le dernier numéro du Bulletin antimaçonnique contient un article vous concernant.

En vente : 2, rue du Cyprès, 2, à Bruxelles, fr. 0.25 le numéro. Agréez, Monsieur, mes sincères salutations.

L 'Administrateur .

Nous dénonçons ces agissements à la vindicte de tous les honnêtes gens !

F. — Les associations d'étudiants

Les associations d'étudiants catholiques représentent les écoles de formation des militants et hommes d'oeuvre de demain. Elles sont extrêiT)ement nombreuses. Outre les associations réparties autour des diverses universités de l'Etat, et plus particulièrement de celle de Louvain, qui est suivie par 2,200 étudiants, tous catholiques, il existe un nombre énorme de groupements de collégiens, préparés en vue de l'apostolat.

Rien d'étonnant à constater cette prospérité des œuvres estudiantines catholiques. Dès l'école primaire, les enfants sont dirigés vers le patronage et s'habituent de bonne heure à l'enrôlement dans toute une série de sections poursuivant, .comme nous l'avons vu, les buts les plus variés. Le besoin de se retrouver dans des assem-

blées où il peut fraterniser avec des amis nombreux est inné chez tout étudiant catholique, et cette mentalité est de nature à favoriser tout mouvement tendant à intensifier la vie estudiantine.

Autour des universités, les jeunes gens se groupent en gildes paroissiales, et au sein de celles-ci ils ont une tendance naturelle à former des groupements plus fermés entre jeunes gens d'une même localité, se solidarisant pour s'aider mutuellement au point de vue de leurs études et de l'ordonnance de leur vie. Tous, néanmoins, s'inscri\ent dans une association dite générale, existant depuis longtemps dans chaque ville universitaire.

L'activité des associations d'étudiants catholiques se manifeste très différemment sui\ant les villes ; toutes, néanmoins, fournissent cette jeunesse combattive, dont les éléments les plus remuants se retrouvent dans les jeunes-gardes, les meetings, les manifestations politiques, etc.

Mais toutes aussi se préoccupent de former les jeunes gens qui bientôt vont retourner dans les régions les plus reculées du pays, en vue de l'apostolat qui sera nécessaire et sollicité de tous, pour intensifier la propagande politique.

Nombreux sont les cercles d'études et les écoles de conférenciers qui préparent la jeunesse en vue de la mission qu'elle aura à remplir deinain et qui, outre qu'ils font de ceux-ci des mihtants convaincus et des hommes d'œuvre avisés, provoqueront en eux cet enthousiasme indispensable à tout apostolat (jui veut être efficace.

Ail surplus, les occasions sont nombreuses qui permettent aux étudiants de s'initier de bonne heure à la technique des ccuvres. Dans la plupart des villes universitaires, les comités ont pris l'initiative de faire créer des œuvres par leurs membres : mutualités, cercles de préparation militaire, conférences de Saint -Vincent de Paul, cours d'adultes aux ouvriers, etc. D'autres fois, ceux-ci sont invités à -participer à la mise en marche et à l'organisation d'œuvres créées par d'autres confréries, tels des patronages, maisons d'ouvriers, conférences de Saint-Vincent de Paul. D'autres fois encore ils particijient à la rédaction de petites revues universitaires, des bulletins paroissiaux ou des feuilles politiques. Certains enfin sont plus spécialement chargés d'organiser des sections d'agrément, sport, art, musique, gymnastique : tout concourt, en s-omme, à utiliser chacun suivant ses aptitudes et les efforts de tous doivent converger vers le raffermissement ininterrompu du Parti catholique.

Le recrutement de ces contingents de militants est .issuré avec méthode par tout ce que l'armée cléricale compte d'œuvres de propagande. Jugé insuffisant, même dans des conditions si exceptionnelles, quelqu'un, au Congrès de ^L^lines de 1909, demandait

L'Organisation de la Propagande. 323

aux prêtres, professeurs dans les collèges, de profiter de leur influence sur leurs élèves pour les engager à s'inscrire dans les associations générales et d'agir même auprès des parents, si cela devenait nécessaire : « En favorisant, comme nous le leur demandons, l'inscription de leurs élèves dans nos sociétés estudiantines, était-il dit, ces prêtres dévoués auront à cœur d'assurer l'enrôlement dans les armées du parti de ces jeunes gens dont ils ont formé l'intelligence et le caractère avec un soin jaloux et ils rendront un nouveau service à la cause du bien. »

Depuis peu, les anciens étudiants de l'Université de Bruxelles, à l'instar de ce qui existait déjà à Louvain, ont fondé une Amicale d'anciens étudiants catholiques de l'Université libre.

Le but poursuivi par l'une et l'autre est de participer à la prospérité matérielle et morale des associations générales et de les aider, notamment dans la diffusion des œuvres de propagande créées à leur initiative.

Très récemment, l'Association des étudiants de la faculté de Droit de l'Université de Louvain a institué un concours entre ses membres pour la meilleure « Etude Instorique et doctrinale sur l'enseignement primaire en Belgique ». Un prix de mille francs est attribue au meilleur mcmoire envoyé en réponse à la question.

Comme on voit, les catholiques n'omettent rien de ce qui est de nature à tirer de leur jeunesse tout l'effet utile, pour le plus grand bien de la cause cléricale.

G. Extensions universitaires ; semaines sociales ;

congrès

La, diffusion intensive des œuvres ayant une portée sociale ou économique doit avoir incontestablement pour corollaire l'étude des diverses questions qui intéressent celles-ci.

L^n système, imaginé en vue de perpétuer un régime cjui repose tout entier sur le principe de l'association, apparaissant comme le levier destiné à promouvoir toute une législation de prosélytisme, exige de bonne heure la connaissance approfondie, non seulement des particularités qui sont à sa base, mais de l'économie et de la technique des œuvres qui en assurent l'application.

Les catholiques l'ont fort bien compris. L'étude des problèmes sociaux et religieux a toujours fait partie de leurs préoccupations les plus essentielles et nombreux sont les moyens qu'ils ont imaginés en vue de la répandre et d'en tirer profit.

L'étude en commun comporte, au surplus, ces autres avantages qu'elle fournit un prétexte excellent pour provoquer -des

324 Le Réprime clérical en Belgique.

réunions. Cercles d'apologétique pojjulaire cl autres, extensions universitaires, Semaines sociales, congrès régionaux et nationaux représentent autant d'occasions de grouper les militants, d'entretenir leur enthousiasme et l'émulation, premiers gages du succès.

Toutes les décisions prises ici comme là, tous les vœux votés par des congrès deviennent non seulement les idées directrices de la propagande entreprise par chacun, mais ont presque toujours pour conséquence, comme le rappelait avec raison M. Carton de Wiart. lors de la séance inaugurale du premier Congrès du travail à domicile, de servir de point de départ à l'élaboration des lois, celles-ci ne voyant, en somme, le jour que lorsqu'un courant d'opinion a pu se manifester, grâce à la presse qui complète et fait connaître les travaux des congrès.

Les cercles d'études destinés aux ouvriers, aux jeunes gardes, aux militants sont nombreux et existent là surtout oii les groupements catholiques ne disposent pas des ressources suffisantes pour avoir leur local ou maison en pleine ]:)ropriété. Les études apologétiques, soucieuses surtout de rencontrer les objections que dresse contre l'Eglise la libre -pensée et relatives au conflit entre la foi et les sciences vraies, absorbent complètement l'activité de certains cercles. Divers autres, plus attentifs aux questions sociales et à la propagande, sont d'une activité extraordinaire. Celui de Binche. notamment, a publié déjà plus de cent monographies sur les questions les plus diverses et qui sont d'une utilité indéniable pour les hommes d'œuvre catholiques.

Ces études servent fréquemment de tracts ou brochures de propagande, répandus à profusion dans le pays, jusqu'en 1905, le cercle de Binche avouait avoir publié plus de 375,000 hrochurcs sur la question sociale, suivant le point de vue clérical.

La semaine dite sociale représente un moyen fort ingénieux de parfaire l'éducation des militants et des hommes d'œuvre. Pendant sept jours ceux-ci sont invités dans un couvent ou l'autre, aux fins de suivre des cours sur les matières qu'ils doivent posséder à fond pour remplir leur mission d'apostolat.

Les ouvriers y sont reçus et entretenus sans frais ]:)our leurs budgets ; on profite de ces réunions pour leur donner quelques conférences apologétiques poi)ulaires et ]iour leur faire rem]ilir certains devoirs religieux.

Le Secrétariat permanent des unions professionnelles chrétiennes de Belgique, avec la collaboration de la Ligue démocratique belge, organise annuellement des semaines sociales depuis 1907. Il en est pour Flamands et pour Wallons ; les résolu'.ions prises h la fin de> discussions sont défendues au sein des congrès régionaux

L'Organisation de la Propagande. 325

et nationaux et aboutissent finalement au vote des lois qui donnent ainsi satisfaction aux catholiques intéressés.

Certaines ligues agricoles, telles le Boerenbond belge, prévoient chaque année l'organisation de semaines sociales pour l'étude des questions, intéressant les œuvres agricoles ; les cours donnés, notamment pour la diffusion des caisses Raiffeisen, sont très suivis.

Les extensions universitaires, avec leurs comités dans la plupart des grandes villes, si elles n'organisent pas des réunions similaires, concourent cependant à la diffusion des questions sociales en conformité avec les principes catholiques, en faisant donner des cours publics par tout le personnel enseignant de l'Université de Louvain et certains professeurs et agrégés réputés cléricaux des autres universités.

Mais ces cours, aussi bien que les conférences, s'adressent moins au public populaire qu'à une élite intellectuelle, qu'il est utile d'initier aux problèmes sociaux tels qu'ils se posent devant la société chrétienne.

Que dire des congrès ? Durant huit mois de l'année, les journaux catholiques nous transmettent les échos de ces meetings interminables, se succédant à l'infini dans tous les coins du pays, sous les auspices de l'une ou l'autre fédération ou secrétariat dont nous nous sommes déjà occupé. Ces congrès, hâtons -nous de le dire, sont tous subsidiés par le Gouvernement.

Les congrès de Malines sont célèbres ; d'autres ne le furent pas moins. Citons :

Les trois assemblées générales des catholiques, à Malines, en 1864, 1865 et 1868 ;

Les trois congrès des œuvres sociales de Liège de 1886, 1887 et 1890 ;

Les Congrès de Malines de 1891 et 1909 ;

Les congrès du Tiers-Ordre Franciscain: Bruxelles 1897 et Bruxelles 1899 ;

Puis certains congrès régionaux : Limbourg 1901, Liège 1902, Maredsous 1904 (agricole) et Liège 1908 (agricole).

Enfin, les congrès de la Ligue démocratique belge, de la Fédération des cercles catholiques, de la Fédération des jeunesgardes, etc.

La formation des conférenciers, avons-nous vu, a retenu également l'attention des dirigeants catholiques. Nous avons décrit les cercles s'occupant uniquement de la préparation des jeunes gens en vue des conférences. A Bruxelles, ces cercles sont dirigés par MM. Carton de Wiart et l'abbé van den Heuvel.

Dans les cercles et maisons d'ouvriers, dans les confréries du Très Saint Sacrement se poursuit le même but. Les secrétariats

32(i Le Régime clérical en Belgique.

permanents d'airondissemcnî apportent, de même, tous leurs soins à la formation des apôtres laïcs, et récemment l'œuvre nationale de propagande, présidée par M. Hoyois, député de Tournai, a décidé de s'occuper plus particulièrement de la formation de conférenciers. Elle a lancé, à cet effet, un appel aux avocats et ouvriers.

Ces mêmes militants sont spécialement désignés pour participer aux congrès nationaux dits neutres, où ils sont invités à défendre dans toutes les questions le point de vue clérical.

Leur activité, nous avons eu personnellement l'occasion de le constater, s'y ::ii! singulièrement sentir. Leur action est d'ailleurs bien des fois secondée par les dirigeants des congrès qui, lorsqu'il y a participation officielle, sont choisis par certains ministères parmi de? personnalités politiques ou autres, notoirement reconnues telles.

Le; journaux catholiques, dans leurs comptes rendus des délibérations, omettent, à de rares exceptions près, de tenir compte des déclarations ou des éléments apportés dans la discussion par les socialistes ou les libéraux.

Celles-ci sont reproduites dans les mêmes conditions dans ces milliers de petites feuilles locales, professionnelles ou politiques, françaises ou flamandes. Elles s'ingénient aussi à faire croire, à tous ceux que les questions sociales ou professionnelles jjosées devant les congrès intéressent, que seuls les cléricaux témoignent d'une sollicitude qui ne se dément jamais à l'égard des classes laborieuses. Et pour renforcer chez eux cette croyance, pour accentuer la portée de cette intervention des politiciens cléricaux au profit de ces milliers d'électeurs, nous avons eu l'occasion d'entendre le président de la Chambre réclamer la création d'une commission parlementaire ayant pour but de condenser les vœux émis par les congrès, pour en faire les plates-formes des lois nouvelles se posant devant la législature. Plus récemment, le groupe agricole de la Chambre, composé de tous députés hommes d'œuvre, appuyé par des membres de comités de sociétés agricoles, adressait au bureau de la Chambre une pétition rappelant que l'honorable président de l'assemblée, dans le discours qu'il avait prononcé au début de la session, avait émis l'espoir de voir tenir compte des principa^jx vœux émis par de noinbreux congrès. Le groupe agricole de la droite rappelait notamment les vœux relatifs aux questions agraires, tels que les avaient formulés les militants catholiques.

Rien n'est omis, comme on voit, en vue de renforcer sans cesse et en tenant compte des moindres manifestations de la vie sociale et économique l'influence du Parti clérical.

L'Organisation de la Propagande. 327

Signalons enfin, pour terminer ce chapitre, l'existence de la Société d' économie sociale de Bruxelles, qui groupe périodiquement ses membres, professeurs, avocats, congréganistes, hommes d'oeuvre et hommes politiques, pour l'étude plutôt scientifique des questions sociales, et soulignons, en passant, le rôle joué dans la cléricisation générale du pays par l'Université de Louvain, trop connue pour qu'il soit utile d'en décrire ici l'organisation.

Page 1