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L'Institut agricole de Gembloux a été fondé en vertu de la loi du 18 juillet 1860 et organisé par arrêté royal du 30 août suivant ; il est l'œuvre de Charles Rogier, alors ministre de l'Intérieur.
Le but que poursuivait le Gouvernement libéral en fondant cet institut était de former des hommes initiés aux connaissances scientifiques, aussi bien qu'à la pratique de l'agriculture. Celle-ci requérait évidemment à cette fin des terres, jardins et prairies, aussi bien qu'une ferme-école, oià les futurs exploitants agricoles pouvaient s'initier à l'application des principes exposés dans les cours spéciaux : l'étendue totale des dépendances mises à la disposition de l'institut s'éleva peu à peu à 69 hectares.
L'ne notice publiée par les soins du Ministère de l'Agriculture nous renseigne sur l'organisation de l'institut de l'Etat.
Il est placé sous la haute surveillance et sous l'administration d'une commission de sept membres, nommés par le Roi, commission qui se renouvelle partiellement, par deux séries successives, tous les trois ans. Le ministre de l'Agriculture désigne le secrétaire en dehors de la commission.
Celle-ci forme, avec l'inspecteur général de l'agriculture, le directeur et les membres du corps professoral, un conseil de perfectionnement, qui arrête les programmes des matières à enseigner et délibère sur la situation de l'institut et les améliorations éventuelles.
Le personnel comprend un directeur, six professeurs ordinaires, deux professeurs extraordinaires, des agrégés, des assistants, un agent comptable, un économe, trois surveillants, deux jardiniersdémonstrateurs et les employés nécessaires au service intérieur.
L'agc minimum de fréquentation des cours est de 17 ans. Les élèves réguliers passent un examen d'entrée, à moins qu'ils soient munis d'un diplôme universitaire, ou n'aient été admis à l'école militaire ou à l'une des écoles spéciales ou facultés techniques annexées aux universités. Un certificat d'études moyennes suffit aux élèves libres ; le nombre de ceux-ci peut être limité par le ministre.
La durée des études pour l'obtention du diplôme d'ingénieur agricole est de trois années. Les élèves ne peuvent suivre plus de deux fois les mêmes cours. Ils sont externes ou internes. Les jeunes
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gens qui ne fréquentent pas l'internat trouvent aisément à se loger en ville.
Le prix de la pension et du minerval réunis est fixé pour les élèves belges internes à 800 francs et pour les élèves étrangers internes à 1,200 francs par an.
Le minerval, pour les élèves externes, est de 300 francs par an pour les Belges et de 400 francs pour les étrangers.
Le ministre de l'Agriculture est autorisé à admettre aux cours de l'institut des auditeurs libres, qui, désireux de se livrer à l'étude de certaines branches spéciales de l'enseignement, ne peuvent être tenus de remplir les conditions auxquelles est subordonnée l'admission des élèves réguliers.
La rétribution des auditeurs libres est fixée à 50 francs pour chacun des cours qu'ils sont autorisés à suivre.
Le diplôme d'ingénieur agricole est délivré aux élèves qui, après avoir terminé les trois années d'études, font preuve, dans un examen spécial, de connaissances suffisantes.
Un arrêté royal règle tout ce qui concerne cet examen.
L'enseignement donné à Gembloux embrasse les nombreuses branches ressortissant du domaine immédiat de l'agriculture.
Ainsi -qu'il a déjà été dit plus haut, une ferme est annexée à l'institut pour servir à l'instruction pratique des élèves. Ses locaux sont vastes et bien aménagés, son outillage est assez perfectionné. Elle est dotée d'un moteur à vapeur d'une force de cinquante chevaux, destiné à pourvoir à l'éclairage électrique de tout l'établissement. Un moteur électrique, servant à de nombreux essais, permet l'emploi de la force à distance. Le capital d'exploitation de la ferme s'élève aujourd'hui à 156,989 francs pour 65 hectares de terres et prairies, son cheptel vivant a été estimé au dernier bilan à la somme de 82,100 francs et le bénéfice net de l'exercice 1909-1910 s'est élevé à 10,555 francs.
L'institut comprend enfin, dans ses annexes, la station agronomique .
Nombreux sont les élèves qui s'y font inscrire et sa réputation est mondiale : depuis sa fondation jusque fin 1910, il a été délivré 1,878 diplômes, dont 1,187 à des Belges.
Il va de soi que toutes les mesures sont prises par le Ministère de l'Agriculture pour faire de l'Institut de Gembloux une œuvre pouvant contribuer à la cléricalisation générale. Mais de tout temps, comme nous l'avons dit, s'est manifesté ici un certain esprit d'indépendance .
L'Institut de Gembloux étant l'institut de l'Etat, par conséquent de tous, tous ceux qui veulent s'adonner à l'étude des sciences agricoles s'y font inscrire, et c'est ainsi qu'on y rencontre d'autres
éléments que des étudiants cléricaux. C'est dans ces conditions que, dès l'année 1878, les catholiques décidèrent d'annexer à l'université de Louvain un Institut agronomique, qui leur donnait mieux leurs apaisements quant à la formation cléricale de ceux qui devaient, en raison de leur profession, s'installer au milieu des populations rurales, si nécessaires à leur parti.
Inévitablement, dès qu'ils détenaient le pouvoir, les catholiques devaient être amenés à favoriser de toutes leurs forces une institution privée qui leur rendait les plus marquants services, et c'est ainsi qu'actuellement tout est encore mis en œuvre pour favoriser la fréquentation de l'Institut de Louvain, au détriment de l'Institut de Gembloux. La presque totalité des emplois du Ministère de l'Agriculture ont pour titulaires des élèves sortis de Louvain, qu'il s'agisse de fonctionnaires ou d'agronomes.
Cette situation inique a été récemment encore stigmatisée à la Chambre, à l'occasion de promotions hâtives et injustes faites parmi les hauts fonctionnaires. Elle a été dénoncée également par un ordre du jour rendu public voté par les anciens élèves de l'institut el flétrissant le favoritisme inconsidéré régnant dans les hautes sphères du département de l'Agriculture. Ceci est d'autant plus blâmable que les ingénieurs sortant de l'Institut de Gembloux sont généralement des hommes de \aleur. formés par un enseignement dont la réputation est universellement appréciée.
La défa\'eur dont ils jouissent en raison de l'intolérance cléricale, les a décidés à se réunir fraternellement en .Association universitaire agricole, qui provoque des entretiens familiers entre les membres, au cours desquels interviennent des discussions, sont données des conférences des plus instructives, auxc|uelles nous avons déjà eu le plaisir d'assister.
Outre que ces réunions témoignent d'un souci constant d'étendre encore les connaissances déjà vastes et solides des diplômés de l'Institut de (lembloux, elles donnent le spectacle réconfortant d'hommes de caractère, mettant le souci de la défense de leur dignité el leur indépendance axant celle d'intérêts personnels immédiats et pourtant précieux.
Il nous plaît de rendre ici hommage à cette phalange valeureuse que nous signalons à l'admiration de tous les anticléricaux.