‹ Le régime commercial après la guerreChapitre 10 sur 14 · LES CAUSES ÉCONOMIQUES DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

LES CAUSES ÉCONOMIQUES DE LA GUERRE

production, est obligée d'importer des objets de consommation, la baisse de ses facultés d'achat se manifeste en premier lieu par la diminution de ses importations. En temps normal les importations de l'Allemagne dépassent ses exportations de 'il à37o/o. En 1913 la différence entre les importations et les exportations n'atteignait que 9 o/o.

Cette diminution du pourcent d'importation indiquait une diminution de la consommation. Mais celle diminution devient plus évidente encore, si nous voyons dans quel sens ont changé les exportations allemandes. Au lieu d'accroître l'exportation des moyens de production, comme durant les années passées, l'Allemagne se mit à exporter des objets de consommation. L'exportation des produits de l'agriculture s'éleva à 1004 millions de marks, ce qui revient à dire que l'Allemagne a exporté ce quelle importait en temps normal, aggravant ainsi son déficit de consommation. En restreignant sa consommation l'Allemagne parvint à économiser 930 millions de marks, dont une partie servit à augmenter sa réserve d'or.

11 résulte de tous ces faits que la demande sur le marché monétaire avait nettement changé de caractère. La demande des moyens de production avait diminué comme la demande de l'outillage guerrier. Le monde était sursaturé des produits qu'en temps normal lui fournissait l'Allemagne. Il était las de se nourrir de matériaux de guerre; il demandait des produits plus digestifs.

L'unique pays qui avait augmenté son importation de matériaux de guerre était l'Autriche. Sous tous les autres rapports le caractère de son échange rappelait celui de l'échange allemand. Les importations totales avaient décru, ce qui lui permit de réduire son passif commercial de 50G millions à 330.

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Tandis que sur l'horizon allemand se dessinaient les symptômes menaçants de la crise qui approchait, la vie économique des autres pays se déroulait de façon habituelle. L'automne de 1913, qui avait mis à nu des ulcérations profondes dans l'organisme productif de l'Allemagne, n'avait aucunement influencé les facultés d'achat de la France, de l'Angleterre et de l'Italie. Les importations de l'Empire Britannique (y compris les colonies) en produits allemands atteignirent la somme de 1 milliard et demi; la France et l'Italie continuèrent a importer sans être obligées de restreindre leur consommation. (1).

Si la baisse des facultés d'achat de l'Allemagne, la diminution de ses importations indiquait un arrêt dans la circulation, l'impossibilité de placer un certain nombre de produits de son industrie, le même phénomène est caractérisé par d'autres symptômes encore sur le marché monétaire. Si la surproduction dans le domaine de l'industrie guerrière se faisait sentir comme une surproduction générale, cette surproduction eut pour conséquence une insuffisance de capital-monnaie. Dès que les marchandises ne peuvent pas être vendues et que la production a besoin d'argent pour son développement, l'unique moyen de l'aidera passer le moment critique, c'est l'argent. La demande augmentée de monnaie qui s'ensuit a pour conséquence immédiate une hausse du taux d'escompte. C'est le premier symptôme de la crise qui approche.

De ce côté, les symptômes qui se firent sentir en 1913 en Allemagne eurent une portée plus grave en-

(1) Die Verringerung des deut&chen Einfuhriiberschuspes und ihre Wirkungen. Frankfurter Zritung, 27 août 1913.

LES CAUSIiS BCONOMIQUIM DE LA GUERRE

core que ceux de la crise de 1907. Quelques chiffres le montreront :

Taux d escompte officiel Taux d'escompte privé Juin 1907 Juin 1913 Juin [907 Juin l!»13

Paris 3 1/2 4 3 1/8 3 3/4

Londres 4 4 1/2 3 1/2 17 m

Berlin 5 1/2 6 4 3/4 5

Vienne 5 (i 4 o/6 5 1/8

Suisse 4 1/2 5 4 7/16 4 5/8

Il résulte de ce lableou que le Unix d'escompte avait augmenté, même par rapport à l'année de la crise 1907. Mais sa hausse était plus considérable dans les empires centraux (en Allemagne el en Autriche) que partout ailleurs. Ceci prouvait que l'Allemagne, en sa qualité de pays placé à la téte du mouvement capitaliste, souffrait plus (pie Les autres pays de la surproduction capitaliste. En Autriche, celte hausse du taux d'escompte était causer par des circonstances tout à t'ait spéciales. L'Autriche, en 1913, préparait activement la guerre et avait sensiblement augmenté ses importations destinées à la guerre. Pour solder ses achats, il lui fallait de grandes sommes, ce qui fit hausser le taux d'escompte.

On peut opposer au groupe des Empires centraux la France, l'Angleterre et l'Italie. Nous avons déjà dit à propos de l'Angleterre que le capitalisme y avait pris des formes plus stables. Dès que la production s'était cristallisée dans ces formes el avait trouvé des débouchés sûrs, les contradictions de son développement avaient acquis un caractère plutôt extensif qu'intensif.

A partir de 1870, quand l'hégémonie industrielle passa aux mains de l'Allemagne, les crises anglaises perdirent leur aspect orageux et violent et ressemblé-

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