LES CAUSES ÉCONOMIQUES 1>K LA QUI KM
mie nationale cl perdait une partie de sa force vivifiante.
L'Etat ayant accaparé une grande partie des ressources nationales pour la préparation de la guerre, n'utilisait point ces ressources. La guerre seule, en créant, la nécessité de nouveaux emprunts et d'un nouvel essor de l'industrie guerrière, pouvait aider l'économie nationale à surmonter ce point mort. En temps de paix, le capital ayant des buts essentiellement guerriers s'atrophiait, perdait toute raison d'être. De là une baisse vettigineuse du cours des valeurs et surtout de la rente d'Etal.
Le cours moyen avait baissé de 99,31 à 98,01. Les Index Numbers de la Bourse de Berlin qui se rapportent à la moitié des valeurs négociées à cette bourse montrent (pic la totalité des pertes s'élevait à 2 milliards de marks (1).
Des 88,5 milliards de valeurs cotées à la Bourse de Berlin, 59,5 milliards, c'est-à-dire 68 o/o étaient placés dans des emprunts d'État. Or, le cours de la rente d'Étal avait baissé avec une rapidité bien plus grande que celui des autres valeurs. La crise menaçait donc, dans une bien plus forte mesure, les finances d'Étal que l'industrie privée.
Tous ces symptômes, hausse du taux d'escompte, diminution des émissions, baisse du cours des valeurs caractérisaient la gène du marché monétaire et indi quaient une insuffisance de capitaux. Ils marquaient la fin de la voie que jusqu'ici avait suivie le capital dans son activité productive.
Mais en même temps apparurent d'autres symptômes de cette fin d'une période économique. Ceux-ci portaient sur la consommation. Les prix qui, durant
(1) Die Kunverluste im ! en Semester 1913. Franhftirter Zeituny, 9 juillet 1913.
ta période do 1908 à 1913, s'étaient maintenus à une très grande hauteur, se mirent à baisser. Cette baisse des prix était l'indice d'une surproduction générale.
Si dans une branche quelconque de l'industrie, par exemple dans l'industrie guerrière, il existe un excès de production qui ne peut pas trouver de placement, le prix des produits de cette industrie diminue. Par conséquent les facultés d'achat des producteurs de celle industrie diminuent également et en même temps diminue La demande payante d'autres marchandises 11 en résulte une baisse générale des prix, qui n'est que l'expression de la dimunition des facultés d'achat du marché.
Les bas prix ne sont jamais un symptôme de bienêtre Quand le marché marque de bas prix, c'est une preuve que les facultés d'achat de toutes les classes ont baissé. Los capitalistes ne disposent pas de la plénitude de leurs facultés d'achat, puisque le cours des valeurs a baissé, puisqu'il y a une diminution d'émissions et une augmentation du taux d escompte.
La faculté d'achat des ouvriers baisse, puisque ,hHis te capital diminué, la part du capital variable tient une place plus petite encore qu'en temps normal. Le mouvement régressif des prix commence en 1912. Les Index Numbers de Y Economiste prenant comme point de départ les prix de 44 objets de consommation de 1901 à 1905, constatent que le point maximum de la courbe des prix se rapporte à l'année 1912. Lu mars 1912, les prix maximum étaient de 127 o/o; ils baissent à 125 et puis à 122 au mois de juillet 1913.
Les bulletins des bourses allemandes commencent à marquer une baisse sensible des prix au mois de juillet 1913. Cette baisse va du haut en bas de l'échelle de la production, depuis les métaux jusqu'aux objets ■de consommation (coton, café, etc. . .).
LUS CAU8B8 ÉCONOMIQUES DE LK i.lXRRE
Il est donc clair que la conjoncture industrielle joue un rôle bien plus important Mans la formation des prix, que les conditions naturelles de la production. C'est ainsi que la récolle abondante du colon en 101 "2 n'avait pas pu provoquer une baisse de prix, tandis que la récolle bien moins favorable de [913 n'avait pas pu empêcher la baisse. Nous pouvons faire la même constatation pour le café. Malgré que le stock de café fût en diminution sur l'année 191*2, malgré que la floraison fût précoce, ce qui faisait craindre une récolte moins abondante, les prix du café avaient baissé d'un tiers.
Mais cette baisse des prix n'eut pas les conséquences sociales auxquelles on aurait pu s'attendre. Elle n'améliorait en aucune façon la situation de la classe ouvrière, qui, durant la période précédente, avait souffert de la hausse des prix. Fendant que les prix des objets de première nécessité avaient augmenté en Allemagne de 28 o/o de 1900 à 1911, le prix du travail avait augmenté dans une mesure bien plus faible {\), comme le montrent les quelques chiffres suivants :
Maçons qualifiés de 0,1 à 5,8 o/o
— ordinaires 6,8 o/o
Mécaniciens qualifiés de 3 à 5,9 o/o
— ordinaires de 1,3 à 9 o/o
Imprimeurs de 1,6 à 10,5 o/o
Nous voyons donc que môme dans la période d'ascension les facultés d'acliat des ouvriers ne se trouvent pas en proportion avec la hausse des prix. On pouvait croire que la baisse des prix apporterait
(1) Albert Aftalion. — le salaire réel et sa nouvelle orientation. (Revue d'Economie politique, 1912, tome XXVI,.)
Gustav Schmuller. — Neuere Arbeilen uber Geldveraenderung and neuere Pretssteigeruny. (Schmollcrs Jahrbucth, janvier 1913.)
L AVENIR
quelque soulagement. Môme si le salaire restait invariable, sa faculté d'achat devait s'accroître avec la baisse des prix. Ceci aurait signifié un accroissement du capital variable. Mais la crise avait produit, d'une autre façon, une diminution du capital variable : elle avait diminué le nombre des ouvriers occupés dans la production. Il est évident que les fabricants qui ne peuvent pas vendre leurs produits et qui souffrent de la baisse des prix tachent de se débarrasser d'un facteur devenu désormais partiellement inutile : les ouvriers. De cette façon, quand la situation industrielle est bonne et que la production absorbe beaucoup de travail humain) la hausse des prix des produits de l'industrie ne permet pas à l'ouvrier d améliorer sensiblement sa situation, tandis que quand la situation change et que les prix baissent, l'ouvrier en ressent des conséquences plus fâcheuses que favorables. Le chômage, la diminution du contingent ouvrier ne permettent pas à l'ouvrier d'utiliser à son profit la baisse des prix. C'est entre ces deux pôles qu'oscille toujours la part de l'ouvrier dans le revenu national. Quand les prix sont hauts, ses facultés d'achat sont basses, quand les prix sont bas, la quantité totale de la classe ouvrière décroît, ce qui empêche les facultés d'achat de celle classe de parvenir à un niveau plus élevé.
A peine les prix des marchandises avaient- ils baissé, que l'offre de travail s'accrût et que la demande du travail baissa avec un parallélisme effrayant. Voici quelques chiffres qui permettent de comparer l'offre du travail en Allemagne en 1913 et en 1912.
Pour 100 places vacantes, le nombre des ouvriers sans travail était : (1)
(1) « Zur Lage des deutschen Arbeitsmarktes » (Frank/urter Zeitung,)20 juillet 1913.