‹ Le Régime Consulaire en BretagneChapitre 109 sur 221 · Rocquain, ouvrage cité, p · texte numérisé non relu

Rocquain, ouvrage cité, p

trateurs et comptables civils ou militaires : « Si on me demandait, écritil, le modèle d’un administrateur, je nommerais le citoyen Borie, préfet d'Ille-et-Vilaine. »

Les remarques de Barbé-Marbois se retrouvent dans d’autres rapports des conseillers d'Etat chargés d’inspections analogues à la sienne. Ces missions étaient nécessaires après l'extrême confusion de la période directoriale, pour tenir en haleine les nouveaux représentants de l'autorité publique, contrôler et censurer les uns, approuver et encourager les autres; elles produisirent d'autre part une excellente impression sur les administrés et les petits fonctionnaires. On fut satisfait en voyant les conseillers d'État accueillir avec une bienveillante attention toutes les doléances, preuve manifeste de la bonne volonté d'un gouvernement dont ils étaient les mandataires autorisés. Les résultats pratiques furent également avantageux, car leurs rapports centralisés au ministère de l'Intérieur fournirent les premiers éléments d'une vaste enquête sur l’état général de la France que le ministre Chaptal compléta par les travaux et dossiers des divers Conseils généraux.

Le gouvernement consulaire semblait vouloir mériter de plus en plus la confiance publique. Le traité de Lunéville avait heureusement inauguré l’année 1801 et il avait été fort bien accueilli comme un gage des intentions pacifiques de Bonaparte. Ainsi que l’écrivait son nouveau ministre Chaptal: «on était arrivé à l’époque si désirée où les prodiges des arts devaient succéder aux triomphes de la guerre”. » Avec le retour de la belle saison les consuls prirent une série d’arrêtés pour faire cesser l'inaction funeste des manufactures françaises. On forma dans les départements des Conseils du commerce pour assister le préfet : ils étaient composés de négociants et manufacturiers. Mais toutes les précautions furent prises pour assurer la mainmise et le contrôle permanent de l’autorité centrale sur ces nouveaux Conseils : leurs membres étaient en nombre limité et nommés par le ministre de l'Intérieur sur la désignation des préfets qui devaient garder la présidence de ses assemblées. Des conseils de ce genre furent institués à Rennes et à Saint-Malo*. Chaptal eut soin de former dans son ministère un conseil général d'agriculture et commerce dont les autres n'étaient pour ainsi dire qu’une émanation. Les fonctions des conseillers départementaux devaient être « unique-

1. Chaptal à Borie, 16 floréal an IX (6 mai 1801). Arch. dép., 23M 1. 2. Conseil de Rennes institué par arrêté de Chaptal le 14 prairial an IX (3 juin 1801), celui de Saint-Malo par arrêté du 20 août. Arch. dép., 25 M 2.

ment consultatives et confidentielles’ ». Le commerce lui-même ne pouvait donc échapper à cette tutelle jalouse d’un pouvoir bien intentionné du reste, car Bonaparte, si tracassier et si autoritaire pour les idéologues et les littérateurs, fut toujours favorable aux industriels, libéral à leur égard et disposé à prodiguer les faveurs et les distinctions aux savants dont les découvertes pouvaient aider à l'essor de l’industrie nationale.

Dès le 13 ventôse an IX (4 mars 1801) un arrêté des consuls avait annoncé qu'il ÿ aurait à la fin de chaque année pendant les cinq jours complémentaires (milieu de septembre) une exposition générale et publique des produits de l’industrie française ; elle se tiendrait à Paris’. Une exposition de ce genre avait eu lieu à l'époque du Directoire, vers la fin de l'an VI (1798), mais elle n’avait pas donné de grands résultats : la difficulté des relations, les troubles qui paralysaient certaines provinces n'avaient permis la présence que d’un nombre trop restreint d’exposants, presque tous de Paris ou des environs. On espérait cette fois obtenir un meilleur succès avec le retour de la tranquillité publique et le ministre conviait à Paris tous les industriels des diverses régions de la France”. L'exposition de 1801 réussit, en effet, assez brillamment et eut lieu dans la grande cour du Louvre. Bonaparte qui ne voulait rien négliger pour assurer le développement du commerce fit célébrer avec une grande solennité la distribution des récompenses et publier le procès-verbal des opérations du jury qui fut envoyé dans tous les départements pour exciter l'émulation et accroître le nombre des exposants. Le jury décerna 12 médailles d’or, 20 médailles d'argent et 30 de bronze‘.

. — Au erand regret de Borie le département d'Ille-et-Vilaine

(e) O F, SE . . . n'avait pu figurer à cette première exposition consulaire, car il avait trop souffert pour être en mesure de participer sans retard à ce réveil de notre industrie. D'ailleurs l'insécurité des campagnes y

Chaptal à Borie, 16 messidor an IX (5 juillet r8or). Arch. dép., ibid. Bulletin des Lois, IIIe série. B. 73. 559.

Chaptal aux préfets, 1e" floréal an IX (21 avril 1801). Arch. dép. 24 M 10.

. Ce procès-verbal forme une brochure in-12° de 39 pages. Parmi les médailles d'or, on trouve les noms des frères Didot, imprimeurs, et de Conté, fabricant de crayons artificiels. Le jury se composait de 15 personnes, dont 7 membres de l’Institut : Berthollet, Berthoud, Guyton-Morveau, Périer, Prony, Raymond, Vincent ; 2 membres du Tribunat, Bosc et Costaz ; 2 membres du bureau des Arts et manufactures, Bardel et Scipion Périer ; 2 professeurs du Conservatoire des Arts et métiers, Molard et Montgolfier; 1 peintre, Mérimé ; 1 commissaire des salines, Bonjour. Arch. dép., ibid.

gênait encore beaucoup l'essor commercial. Nous en trouvons la

reuve dans les rapports décadaires du préfet adressés à Fouché sur la situation de l’Ille-et-Vilaine de floréal an IX à ventôse an X (18o1- 1802)'. Dans l'arrondissement de Montfort plusieurs bandes de journaliers agricoles devenus détrousseurs de grands chemins mettent en coupe réglée les communes d'Iffendic, de Montauban, de Saint-Méen ; leur chef, l’insaisissable César Morin, terrorise les habitants et se fait livrer à jour fixe des sommes d'argent. Dans l’arrondissement de Redon d’autres malfaiteurs armés envahissent les demeures des percepteurs des contributions aux bourgs de Brain et d'Ercé-en-Lamée, et y font main basse sur des recettes assez importantes. Le ministre de la police adresse alors à Borie de petites sommes d'argent pour l'entretien d'indicateurs et d'agents secrets. Ce fut grâce aux renseignements fournis par l’un de ces derniers que l’on put déjouer à temps une tentative de plusieurs bandits sur la demeure de l’adjoint au maire de Chantepie, Richomme, habitant une maison isolée aux Loges, à une lieue de Rennes; neuf gendarmes embusqués avec le capitaine Gautier-Guistière surprirent les assaillants, en tuèrent plusieurs et en arrêtèrent trois. Le capitaine fut promu chef d'escadron, et par une décision spéciale du Premier Consul les gendarmes reçurent une gratfication *.

Le gouvernement consulaire avait pourtant résolu de recourir à une juridiction exceptionnelle. La loi du 18 pluviôse an IX (7 février 1801) mit à sa disposition des tribunaux spéciaux pour assurer un rapide rétablissement de la tranquillité publique. Les bulletins de police constatent que la mesure a été facilement adoptée par le Corps Législatif : sur 280 votants, les deux tiers environ ont voté la motion gouvernementale. Au Tribunat la discussion avait été plus vive, car il s'agissait de donner aux consuls la pleine liberté d'établir des commissions extraordinaires dans tous les départements où ils le Jugeraient nécessaire”. Un arrêté du 4 ventôse (23 février) décida leur création dans 27 départements du Nord-Ouest et du Midi: Ille-et- Vilaine, Morbihan, Côtes-du-Nord, Finistère, Manche, Orne, Calvados, Eure, Seine-Inférieure, Maine-et-Loire, Indre-et-Loire, Sarthe, Mayenne, Bouches-du-Rhône, Var, Alpes-Maritimes, Vau-

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