Le Coz à Fouché, thermidor an IX. Arch. nat., FT
de déclaration qu’ils proposèrent au préfet. Ils se jugeaient assez forts, après ces dix-huit mois d’une singulière tolérance, pour offrir au gouvernement consulaire un véritable traité de puissance à puissance et pour obtenir, à l’aide de cette nouvelle concession, un traitement exceptionnel dans l'État; cet engagement très vague et permettant les restrictions mentales nécessaires laisserait, pour l'avenir, le champ libre à toutes les protestations d'indépendance future. Le modèle était, en effet, ainsi formulé: « Considérant l'explication donnée par le Journal Officiel en date du 10 nivôse an VIIT, relativement à la promesse de fidélité qui ne la présente que comme soumission et sauf les droits imprescriplibles de la religion, je promets fidélité à la Constitution. » Borie demanda les instructions de Fouché”. Bonaparte, bien que très engagé déjà dans les négociations avec le Saint-Siège, n'entendait pas recevoir des sommations de celte nature. L’attitude du clergé réfractaire de l'Ouest lui parut trop indisciplinée et 1l prescrivit à Fouché de rédiger une circulaire très sévère. Les préfets devaient rechercher tous les prêtres séditieux qui avaient refusé de prêter le serment de fidéhté à la Constitution et les faire sortir du territoire de la République dans le plus bref délai”. Aucun autre formulaire que celui fixé par la loi du 21 nivôse an VIIT ne pouvait être accepté par les autorités locales pour la prestation du serment obligatoire.
IL aurait été bien dangereux d'appliquer strictement dans l'Illeet-Vilaine ces mesures coercitives succédant trop bruyamment à une complaisance notoire. Les prêtres réfractaires s’en rendaient si bien compte qu'ils organisèrent, au mois d'août 1801, une réunion dans l’ancienne abbaye de Paimpont, près de Plélan. Le prétexte était celui d’une mission religieuse, mais le motif véritable était de rendre, par des prédications, les habitants des campagnes de plus en plus hostiles aux prêtres consttutionnels. Une quarantaine d’ecclésiastiques de Ploermel, de Josselin, de Montauban de Bretagne, s’y trouvaient déjà réunis lorsque le préfet, averti par le chef d'état-major, général Simon, prit un arrêté interdisant toute réunion et prescrivant aux prêtres le retour immédiat dans leurs communes respectives. La gendarmerie de Plélan n’eut pas à intervenir ; l’assemblée se sépara sans aucune résistance *.
Mais combien d’autres réunions du même genre échappaient au
1. Borie à Fouché, 9 messidor an IX (28 juin 1801). Arch. dép., 2 V 2. 2. Circulaire du 1°" thermidor an IX (20 juillet r8or). Arch. dép., 2 V 2. 3. Simon à Borie, 11 fructidor an IX (29 août 1801). Arch. dép., ibid.
contrôle de l'autorité préfectorale souvent avec la connivence des municipalités. Borie s’en doutait bien et n’en était que plus désireux de voir aboutir les négociations entre le gouvernement consulaire et la papauté. C'était le seul moyen de clore une période de transition difficile où l’action de l’autorité civile restait forcément inefficace. On ne pouvait vraiment, à la veille d'un accord que presque tout le monde souhaitait, en revenir à l’application des anciennes mesures de rigueur comme l'avait prescrit, par un revirement trop soudain pour être durable, la circulaire ministérielle du 1° thermidor. Dans l'hiver de 1801 à 1802, Borie écrivit aux sous-préfets afin de leur recommander la plus grande prudence dans l'emploi des mesures coercilives. Ils ne doivent agir contre les prêtres & que dans les cas où la conduite de ces derniers est contraire au repos public ». C’est au successeur de Borie qu'était réservée la tâche délicate d’établir dans le département la nouvelle organisation ecclésiastique créée par le Concordat.
1. Borie aux sous-préfets, pluviôse an X (janvier 1802). Arch. dép., 16 M 23.
dog de