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CHAPITRE IX

L'INSTRUCTION. PUBLIQUE AU DÉBUT DU CONSULAT L'ÉCOLE CENTRALE D’ILLE-ET-VILAINE

SOMMAIRE

1. — Enquête sur l'instruction publique prescrite par le ministre de l'Intérieur (29 ventôse an IX, 16 mars 1801). Situation pénible de l’enseignement primaire malgré les efforts de la Convention. L'enseignement secondaire avait mieux réussi par la création des écoles centrales depuis la loi du 3 brumaire an IV (25 octobre 1795). Intérêt que présente l’étude de PÉcole Centrale d'Ille-et-Vilaine pour l’histoire générale de l’enseignement français.

II. — Etat des principaux collèges du département avant la Révolution, à Rennes, Vitré, Saint-Malo, Dol. Création du jury d'instruction qui doit organiser l'Ecole Centrale. Nomination des divers professeurs. Etendue des programmes d’études. Confusion fâcheuse de deux systèmes d'enseignement, le secondaire et le supérieur.

III. —— Ouverture solennelle des cours de l’École Centrale établie dans les bâtiments de l’ancien collège (10 brumaire an IV, 31 octobre 1796). Activité et désintéressement des professeurs. Modicité de leur traitement payé d’une façon très irrégulière. Les exercices terminatifs de l’année scolaire et la distribution des prix. En l’an VIE, l'École a 157 élèves.

IV. — Dans l'enquête de l’an IX, la majorité des Conseils généraux fut hostile aux Écoles Centrales et demanda le rétablissement des anciens collèges ou le retour des corporations enseignantes. Réquisitoire du Conseil général d’Illeet-Vilaine ; grands griefs qu’il formule contre l’École Centrale: abandon de l'étude des langues anciennes, absence d'éducation religieuse. On n’admettait pas encore un régime de liberté accordé à de jeunes écoliers. Malgré les assertions de leurs détracteurs, les Écoles Centrales ont eu des résultats et il n’y faut point voir une de ces institutions stériles auxquelles on applique sans regret le fameux Vae Victis.

I. — Lorsque l'ordre et la tranquillité furent rétablis dans la région d'Ille-et-Vilaine le gouvernement consulaire devait songer sans retard à tirer parti des avantages acquis par la prudente admi

nistration de Borie. Il fallait d'abord se préoccuper de l'instruction

publique et chercher à la mettre à la portée du plus grand nombre

possible de citoyens. C'était le moyen le plus sûr de bien disposer les jeunes générations à l'égard de la nouvelle France et d'amener le

progrès des idées dans ces provinces de l'Ouest si longtemps isolées

et réfractaires aux innovations politiques. Au reste la diffusion de

l'instruction était un des grands principes formulés dès les premières

années de la Révolution. Mirabeau disait déjà : &« Ceux qui veulent | que le paysan ne sache ni lire, ni écrire, se sont fait sans doute un

revenu de son ignorance » ; et Lakanal prit pour devise : & un peuple ignorant ne peut être libre ». C'était aussi l'opinion de Borie : un

préfet instruit et distingué comme lui ne pouvait manquer de donner tous ses soins à l'éducation nationale et de seconder l’action du pouvoir central. IL s’empressa de faire dans son département l’en-

quête prescrite par la circulaire ministérielle du 25 ventôse an IX

(16 mars 1801). Tous les conseils généraux étaient appelés à se prononcer ; en joignant à leurs avis les rapports des Conseillers d'Etat envoyés dans les différentes circonscriptions militaires, le pre-

mier Consul devait avoir des données assez complètes sur l'état de l'instruction publique,

Dans l’Ille-et-Vilaine la situation était peu satisfaisante pour l'enseignement primaire. Les anciennes maisons d'éducation avaient été désorganisées durant les troubles : les lois scolaires de la Convention avaient été difficilement appliquées dans ce milieu si peu favorable.

Bibliographie.

A. Archives départementales.

1 N r (Registres du Conseil général, an VIIT, fol. 12 ; an IX, fol. 97). 2Nt: (Procès-verbaux des Conseils d'arrondissement, 1800-1810). 2T 1, 2, 5 (L'École centrale de Rennes).

L 287 (Registre de correspondance de l’administration centrale). B. Archives nationales.

F1T18144 (Instruction publique).

FIA 13441 (Écoles centrales).

29 Documexrs CONTEMPORAINS IMPRIMÉS.

Analyse des procès-verbaux des Conseils généraux, ans VIIT et IX (Bibl. nat., Lf 136/89). 30 OUVRAGES RÉCENTS.

Je ne puis citer toutes les monographies nombreuses relatives aux Écoles Centrales. Il ÿ en a plusieurs d’excellentes que j'ai consultées pour les comparer à l’histoire de l'École Centrale de Rennes. M. Aulard les cite pour la plupart dans son livre : Napoléon Ier et le monopole universitaire. Paris, 1911, p. 18 et suivantes (Bibl. nat., 8°r/24 294).

L'instruction élémentaire surtout laissait à désirer. Dans la commune de Rennes où plus d’un millier d'enfants étaient susceptibles de recevoir les premiers éléments d'éducation, on n'avait que 7 instituteurs dont toute l'indemnité était réduite au logement et à 150 livres par an. Les administrateurs municipaux ne pouvaient donner davantage n'ayant pas les fonds nécessaires, mais on comprend qu’une telle pénurie n’était pas faite pour relever une profession qui ne pouvait donner des moyens de subsistance’. Les qualités personnelles des instituteurs aussi péniblement recrutés laissaient fort à désirer. Toutes les familles non indigentes s’adressaient à des maisons particulières. Il ÿ avait en 1801 à Rennes 21 écoles privées pour les garçons et 3 pour les filles ; le retour de plusieurs maîtres ecclésiastiques à la faveur du régime de tolérance pratiqué par le préfet, n'avait pas peu contribué à augmenter le nombre des élèves dans ces écoles particulières au grand mécontentement des républicains qui accusaient ces prêtres d'inspirer à leurs élèves de « funestes principes *

Pour l’enseignement secondaire les résultats avaient été meilleurs. Une école centrale existait à Rennes malgré les difficultés de tout genre et les attaques fréquentes. L'organisation de ces établissements qui ont précédé les lycées est en général peu connue. On ne leur accorde le plus souvent qu'une mention rapide dans les cours d’histoire contemporaine, et cependant il y a là un grand effort fait par la Révolution, en parfaite conformité avec les théories du xvin* siècle ; les écoles centrales furent une œuvre laïque, anti-cléricale, ardemment combattue par l'Ég lise catholique : elles ont donc leurs détracteurs et leurs Pour savoir d’une façon très impartiale si elles ont réussi ou non, il faudrait consulter les archives de chaque département ; d'assez nombreuses monographies ont été faites dans ces dernières années sur cet intéressant sujet. Nous sommes heureux de pouvoir étudier d’un peu près, par un exemple

1. Féburier, ouv. cité, p. 20. Arch. dép., 16 M 55. Borie à Chaptal, 4 vendémiaire an X : « Les écoles primaires sont nulles. Elles ne sont pas établies dans la plupart des communes. »

2. Arch. dép., ibid. Borie à Chaptal, rer frimaire an X (22 novembre 1801). D'ailleurs bien que nous ayons peu de chiffres précis et que les statistiques soient mal faites, nous savons que l’état de l’enseignement primaire était partout lamentable. Les instituteurs étaient découragés par la modicité des rétributions et le manque de livres. M. Libois a publié un ouvrage documenté : L’Instruction primaire pendant la Révolution dans le département du Jura. Lons-le-Saulnier, 1897. Mêmes conclusions dans le livre de M. Lennel: L'Instruction primaire dans le département du Nord pendant la Révolution. Paris, 1909. Libois, Bibl. nat., 8°r/14 569. Lennel, 40r/2235.

local, dans un milieu absolument réfractaire, cette création de la Convention. Nous montrerons ses côtés défectueux, mais aussi la part légitime qu'on peut lui faire dans l’histoire de l’enseignement français au xix° siècle.

Le 7 ventôse an III (25 février 1795) une loi votée par la Convention établissait des écoles centrales dans toute l’étendue de la République, On créait environ une école par 300000 habitants. Dans chaque école il y avait quatorze professeurs : un professeur de mathématiques, de physique et chimie, d'histoire naturelle, de belles-lettres, de langues anciennes, de langues vivantes, de grammaire générale, d'histoire, de législation, de dessin, d'agriculture et commerce, de méthode des sciences et analyse des sensations, d'arts et métiers, d'hygiène ’.

Cette simple énumération des professeurs pour des enseignements si divers montre que le programme d’études était beaucoup trop chargé. Le représentant Daunou en donna la preuve à la Convenlion par un rapport des plus remarquables: le plan primitif fut remanié et restreint par la loi du 3 brumaire an IV (25 octobre 1794), promulguée la veille du jour où la grande assemblée se sépara. Chaque département devait avoir une école centrale: on supprimait les quatre professeurs d'agriculture, méthode des sciences, arts et et métiers, hygiène, et on laissait aux administrations centrales le droit de maintenir ou de supprimer dans leur département le professeur de langues vivantes”.

L'école d'Ille-et-Vilaine nous montrera la mise en pratique du nouveau système d'instruction.

IE. — Avant la Révolution il existait à Rennes un collège royal très prospère. Les constructions de ce collège s'élevaient sur l’emplacement du lycée actuel:1l ÿ avait quatre grands bâtiments formant un carré et au milieu une cour centrale de récréation. De trois côtés de cette cour se trouvaient les classes au rez-de-chaussée, et le quatrième côlé élaitoccupé par une grande chapelle quiservait aux exercices publics de fin d'année: au 1° et au 2‘ étage étaient logés les professeurs, et le reste des bâtiments servait au pensionnat. Un Jardin assez vaste s’étendait jusqu'aux bords dela rivière la Vilaine etune grande église, actuellement la paroisse de Toussaints, servait d'oratoire au collège *.

1. Bulletin des Lois, Ire série. B. 127. 670. 2. Bulletin des Lois, Ire série. B. 203. 1216. 3. En 1791-92 une enquête fut faite sur l’état des revenus des principales maisons d’édu-

Il y avait à Vitré un petit collège composé seulement de quatre classes. Les élèves qui en sortaient entraient ordinairement en 4° ou en 3° au collège de Rennes. D’autres établissements semblables dans les villes de Saint-Malo et de Dol étaient encore plus bornés. Le collège de Rennes était composé d'un principal, d’un sous-principal, de six professeurs d'humanités, deux de théologie, un de philosophie, un de mathématiques, un de physique. L'établissement avait des ressources très appréciables, des revenus d'environ 30000 francs provenant de donations faites aux Jésuites, anciens directeurs du collège : à partir de 1762 les Jésuites avaient été remplacés par des prêtres séculiers et quelques laïques. Le nombre des élèves atteignait ordinairement 600". Le collège fut complètement désorganisé dès l’époque de la constitution civile du clergé. Les professeurs prêtres se cachèrent ou se retirèrent à l'étranger. Quelques maîtres laïques continuèrent à enseigner, mais les élèves se firent de plus en plus rares. La situation des professeurs devint très précaire ; la nouvelle loi du 3 brumaire ayant établi les écoles centrales, le gouvernement directorial si gêné par la situation des finances oubliait entièrement les professeurs des anciens collèges. L'administration centrale da département réclamait en vain auprès du ministre de l'Intérieur: ces citoyens dévoués restaient sans traitement. On ne les paya que jusqu'au 1* ventôse an IV (20 février 1796).

Les administrateurs mettaient toute leur activité à organiser l’école centrale. C'était le seul moyen de faire cesser cet état de choses si regrettable, Le 17 germinal an IV (8 avril 1796) ils décidèrent que l'École serait ouverte le 1° messidor (19 juin ”) et ils nommèrent conformément à la loi les membres du Jury d'instruction. Ce jury devait désigner à son tour les professeurs et surveiller l'enseignement de l’école. Le choix des administrateurs se porta sur des républicains sincères et modérés : un lettré avantageusement connu à Rennes, Robinet aîné, et deux hommes de loi distingués dans leur profession, Bertin et Malherbe dont l’un avait été président et l’autre procureur général syndic dans le directoire de département. Malgré

cation de France. Quelques détails sur le collège de Rennes sont donnés dans une adresse du Directoire d’Ille-et-Vilaine, à M. Audrein, membre du Comité d'instruction publique, à l'Assemblée nationale (4 avril 1792). Arch. nat., F17 13144, ;

1. Rapport du Conseil général. Registre de l’an IX, p. 97 et suiv. r ;

2. Arch. dép., L 287. Lettre des administrateurs, du 3 messidor an IV (21 juin 1796). L'administration centrale se composait alors d’Alexis Legraverend, président, Ameline, Baymé, Pontallié, Pichon, administrateurs, et Beaugeard, commissaire du Directoire.

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