Arch. dép
4. Dès le 3 brumaire an VII, Robinet dut démissionner à cause de sa mauvaise santé.
toute la bonne volonté des uns et des autres, l’école ne put être ouverte pour messidor an IV. La grande difficulté était le recrutement des professeurs, car l’organisation laïque de l’enseignement était chose toute nouvelle : on y avait préludé timidement depuis 1762. Le Jury fut très heureux de s’assurer le concours de plusieurs des anciens maîtres du collège : c’est avec eux qu'il forma le premier groupe des nouveaux professeurs. D’après la loi (titre IT, art. 2) l’enseignement devait être divisé en trois sections suivant l’âge des élèves. Dans la 1° on admettait les élèves de 12 à 14 ans; il y avait trois professeurs : dessin, histoire naturelle, langues anciennes. L'enseignement des langues vivantes était facultatif. Le jury nomma pour le dessin Causiez qui professait à l’école publique de Rennes depuis 1779. Pour les langues anciennes et l’histoire naturelle on fut obligé d'attendre. Dans la seconde divison devaient figurer les élèves de 14 à 16 ans, sous la direction de deux professeurs : mathéthématiques, physique et chimie. On désigna deux anciens profesfesseurs laïques du collège; pour les mathématiques, Thébault qui les enseignait depuis 1756 (4o ans), pour la physique Rozais qui professait depuis 1750. Dans la division supérieure, où on était admis au-dessus de 16 ans, quatre professeurs étaient chargés de l’enseignement: grammaire générale, belles-lettres, histoire, législation. Pour les belles-lettres le Jury choisit Germé, professseur de rhétorique au collège depuis 25 ans. Les autres chaires furent encore réservées ‘.
Cette difficulté de recrutement du personnel était générale, car le Corps législatif dut interpréter dans un sens très large la loi de brumaire (titre Il, art. 5) pour venir en aide aux Jurys d'instruction. Il leur permit & d’élire malgré leur absence les sujets que sur la notoriété publique et les preuves antérieurement faites, ils jugeraient en leur âme et conscience être les plus propres à remplir les places de professeurs des écoles centrales * », On donnait ainsi aux Jurys locaux une entière hberté. Celui d'Ille-et-Vilaine en profita pour offrir la chaire de langues anciennes à Legraverend père, juge au tribunal civil de Dol et ancien professeur au collège avant la Révolution. Il déclina la proposition et fut remplacé par Fontaine.
La chaire d'histoire naturelle fut donnée à Joseph Danthon, naturaliste et médecin du département de l'Ain, qui résidait depuis 9
Il fut remplacé par Guillaume Legraverend. Bertin, malade aussi, fut suppléé par un membre adjoint, Chaillou.
1. Arch. dép., 2 T 2. Nominations du 10 prairial an IV (29 mai 1796).
2. Bulletin des Lois, Ile série. B. 35. 258. Loi du rer germinal an IV (23 mars 1796).
ans à Paris. Il fut accrédité auprès du Jury par une lettre de Lacépède dont il avait suivi les cours au Museum.
Pour la chaire de grammaire générale on désigna Courné, ancien professeur de belles-lettres qui avait renoncé à cette carrière peu lucrative pour devenir chef d’un des bureaux du ministre de la police générale.
On choisit pour la chaire de législation l’ancien représentant du peuple Lanjuinais. Il avait été proscrit avec les Girondins ; caché à Rennes pendant la Terreur, 1l avait échappé à la mort. Enfin pour l'enseignement de l'histoire le jury désigna Rabillon, sergent au 2° bataillon de la 142° demi-brigade, né dans la Vaucluse il se trouvait en garnison à Rennes et s'était fait remarquer par & ses assiduités à la bibliothèque ». On obüntson congé du ministre de la Guerre.
Ainsi fut nommé le corps enseignant de l’École centrale. On ÿ voyait une majorité d'anciens professeurs destinés à appliquer des méthodes nouvelles qui leur étaient peu familières ; d’autres étaient désignés, suivant la loi de germinal, par «la notoriété publique », d’après la décision du Jury d'instruction : ils venaient des environs de Rennes, de Paris, de l'Ain, de la Vaucluse : parmi eux un ancien représentant du peuple et un soldat. Ils étaient de tout âge : Thébault avait 68 ans, Germé 56, Danthon 45, Lanjuinais 44, Rabillon 29. Tous étaient appelés à l’enseignement de programmes entièrement nouveaux, sans examens, sans autre garantie que le choix libre d'un jury qui avait dû choisir suivant &son âme et conscience ». Sans doute les désignations du Jury d'Iile-et-Vilaine étaient heureuses et méritaient l'approbation générale ; mais il ne pouvait en être de même partout et les dangers d’un tel système de nomination se firent bientôt sentir. Un corps de professeurs recrutés, comme on le fait aujourd'hui dans les Universités suisses ou au Polytechnikon de Zurich, convient à l’enseignement supérieur, mais ne pouvait, dans cette période difficile de notre histoire, permettre la création du véritable enseignement secondaire qui réclame des maîtres ayant subi l'influence d'une même discipline intellectuelle. La seule nomination des professeurs nous montre donc un des graves défauts de la loi de brumaire, un des vices des écoles centrales : la confusion dans un même établissement d'instruction, des méthodes et des systèmes fort différents de deux enseignements, le secondaire et le supérieur.
III. — Enfin le vœu des administrateurs d'Ille-et-Vilaine s’ac-
1. Nominations de messidor et thermidor an IV (juin-août 1796).
complit: l'école centrale du département fut inaugurée solennellement le 10 brumaire an V (31 octobre 1796), un an après la promulgation de la loi scolaire’. Les professeurs furent installés en présence des autorités civiles et militaires : on ne négligea rien pour rendre plus grandiose l’invesliture de leurs nouvelles fonctions. Legraverend, président de l'administration du département, et Malherbe, membre du Jury d'instruction, prononcèrent des discours où ils cherchaient à montrer tous les avantages de l'établissement et invitaient tous les pères de famille à en faire profiter leurs enfants *. Is joignirent du reste les actes aux paroles et ne se bornèrent pas aux exhortations un peu vagues des discours officiels. Ils allèrent jusque chez les parents qu'ils connaissaient pour les engager à envoyer leurs enfants à l'école centrale. La rétribution était peu élevée : 15 francs pour suivre un cours, 20 francs pour deux cours, 25 francs pour avoir le droit d'assister à tous les cours. D'après la loi de brumaire (titre IL, art. &) l'administration centrale pouvait même exempter de cette faible rétribution un quart des élèves de chaque section pour cause d’indigence.
L'appel des administrateurs ne fut guère entendu et leurs louables efforts n’eurent pas grand succès, car en l’an V l’école n'eut pas plus de 57 élèves dont 15 reçus gratuitement’. Tous les cours n'étaient pas encore organisés. Les professeurs d'histoire naturelle et de grammaire générale ne parurent pas à Rennes; ils promettaient vaguement leur arrivée pour l’année suivante et continuaient à Paris leurs occupations respectives. On dut se contenter de ces assurances. Les seuls cours vraiment suivis étaient ceux de mathématiques, physique et dessin. On ÿ préparait, en effet, les candidats pour les examens de l'artillerie et de la marine : l'utilité pratique y amenait seule les auditeurs. Les cours de langues anciennes, belles-lettres et histoire n'avaient au plus que 16 ou 18 élèves.
L'école était installée dans les bâtiments de l’ancien collège, car une loi du 25 messidor an [IV (13 juillet 1796) avait affecté à l'établissement des écoles centrales tous les bâtiments des anciens collèges*. Leur étendue se trouvait bien suffisante pour une école qui ne devait pas recevoir d'élèves internes, mais l'aspect était peu enga-
1. Ce fut le cas pour la plupart de ces écoles; celle de la Charente fonctionna plus tard encore ; celle de Seine-et-Marne, établie à Fontainebleau, fut une des premières organisées en France dès le 11 prairial an IV (30 mai 1596).