Bulletin des Lois, Ile série. B
geant. Toute une partie de l'édifice avait subi de graves dégradations, ayant servi de casernement pour des troupes d'infanterie et de cavalerie de l’armée de Mayence durant les opérations de la grande guerre de Vendée ; il n’y avait pas d'argent pour réparer les dégâts et remettre les salles en bon état, car les anciens revenus avaient disparu en même temps que le collège ; les bâtiments durent rester dans cette mauvaise situation jusqu'à la création du lycée en 1803, témoignage navrant de la pénurie du Trésor public et des finances départementales ’.
Les professeurs, une fois réunis, se mirent à l’œuvre avec un grand courage. Ils purent constater sur-le-champ les lacünes de la loi de brumaire, loi d’une inspiration noble et élevée, mais qui laissait bien à désirer pour les divers détails de l’organisation scolaire. Les articles étaient d’une portée trop générale et la Convention avait fait trop grande la part des administrations centrales en matière d'enseignement: elle avait trop compté sur des administrateurs, souvent bien intentionnés sans doute, mais presque partout gênés dans les provinces de l'Ouest par une situation politique des plus difficiles, et forcément incapables, par la seule multiplicité de leurs autres fonctions, de mettre en mouvement tous les rouages d’un grand système d'instruction. C'est ainsi que la loi n'avait prévu aucun fonctionnaire pour inscrire les élèves de l’école et recevoir au besoin leurs parents ; 1l n’y avait personne pour maintenir l’ordre avant et après les cours. L'école se présentait comme une abstraction anonyme. Il n'y avait ni directeur d’études, ni même appariteur dans cette université très incomplète. Les premiers maîtres s’empressèrent de faire disparaître ces lacunes de la loi; ils choisirent pour administrateurs leurs doyens d'âge, Thébault et Germé, assistés du bibliothécaire Mainguy” et furent heureux d'accepter, avec l'autorisation de l'administration centrale, les offres du citoyen Ollivault qui se chargeait de surveiller les élèves et de recevoir leur rétribution, moyennant 600 francs, le logement et un petit jardin. Il remplit ainsi la double fonction de surveillant général et d’économe qui n'avait pas été prévue Es
Thébault et plusieurs de ses collègues furent également logés dans
1. Voir plus loin, 3e partie, chap. xur. 2 ee 2 Le “ . 17 2. Arch. dép., 2 T 3. Une loi du 20 pluviôse an IV (9 février 1796) avait assimilé les bibliothécaires des Écoles centrales aux professeurs pour la nomination et le traitement. : à fe a Bulletin des Lois, IEe série. B. 26. 179. ne D AUCH dép 2020 Lettre de Robinet à Legraverend, 23 vendém aire an V (14 octobre
qe 96 L'ÉTABLISSEMENT DU NOUVEAU RÉGIME
les bâtiments disponibles du collège. La loi du 25 messidor an IV accordait aux professeurs ce droit d'habitation’. L'administration centrale était satisfaite de pouvoir aider ainsi, dans la mesure de ses moyens, ces modestes fonctionnaires, en leur concédant l'exercice d'un droit prévu par la loi, car leur traitement annuel ne s'élevait qu’à 2000 francs et ne pouvait être payé que très irrégulièrement. En effet, le Directoire, que sa pénurie financière rendait toujours ingénieux avait eu soin de laisser à la charge des départements toutes les dépenses relatives à l'instruction publique *. Nous voyons qu'elles s’élevaient à 37090 francs, dont 25 500 francs pour l’école centrale. Voici le détail:
9 professeurs à 2000 francs + » + 18000 francs. 1 bibliothécaire à 2 000 francs... . . . . . 2000 — r sous-bibliothécaire à 1 000 francs. . . . . NC = Distribütiondes pre Re 600...— Jardmsbotanique er UE ER 1500 — Musée de l’École Centrale. . . . . . . . — 1 conservateur de la galerie de peinture... . . 1200 = 1 conservateur d'histoire naturelle. . . . . DOGCOSE—
DOLAL A CRM PE RCE 25 500 francs ?.
Ce budget restreint était une lourde charge pour un département pauvre en deniers. Les débuts des professeurs de l’école centrale ne furent donc guère plus brillants que ceux des directeurs eux-mêmes s'installant au Luxembourg devant une table boiteuse et expédiant leurs premiers arrêtés sur quelques feuilles de mauvais papier. Nous avons été vraiment touché du dévouement de ces premiers représentants de l'instruction laïque et de l’enseignement public, tel que l'avaient compris Lakanal et Daunou. Nous avons feuilleté les quelques notes restées aux dossiers des Archives d'Ille-et-Vilaine, témoignages trop rares de leur énergie et de leurs louables efforts. Ils ne connaissent guère les papiers adnunistratifs aux beaux titres bien préparés et se contentent de feuilles disparates, prises au hasard. Entourés d’ardents détracteurs, leur confiance n'est pas ébranlée ; anciens et nouveaux, ils veulent suflire à la tâche qu'ils ont acceptée. Le désintéressement même ne parait pas leur coûter. La loi du 3 brumaire leur a donné les moyens d'augmenter leurs faibles trai-