Arch. dép., ibid
3. Un assez grand nombre d'exemplaires des exercices de l’ancien collège se trouvent aux archives du département et de la ville de Rennes. Ils montrent en général la place exagérée donnée à l'étude de la langue latine et l’insuffisance notoire de l’enseignement scientifique et historique. La rhétorique française se borne à l’énumération fastidieuse des diverses figures et des tropes. d
4. Le 20 floréal an VII (9 mai 1799) le ministre de l'Intérieur adressa un questionnaire
Ils demandèrent aussi, par l'entremise de Lanjuinais, 87 francs sur les centimes additionnels du département pour décerner des récompenses aux meilleurs élèves. L'administration centrale accorda cette faible subvention qui permit de donner un prix pour chaque cours. La distribution n’en fut pas moins magnifique. Elle se fit le jour de la fête de la République, le 1° vendémiaire an VI (22 septembre 1797) au Champ-de-Mars, en présence des autorités et de détachements de la garnison. Le Directoire recommandait les solennités de ce genre et encourageait les proclamations dont il était luimême fort prodigue. Il avait un sincère désir de faire progresser l'éducation républicaine et de continuer l’œuvre de la Convention. Toutes les mesures scolaires de cette époque sont caractérisées par la lutte de l'esprit laïque contre l'esprit clérical: il est certain que les directeurs voulaient maintenir le caractère strictement laïque de l’enseignement de l'État. Le 11 brumaire an VII (1* novembre 1798) François de Neufchâteau créait un Conseil d'instruction publique, composé de ÿ membres, qui serait chargé d'examiner les cahiers de doléances et les vœux des professeurs dans les écoles centrales ; d’une manière générale il devait perfectionner l'éducation républicaine'. C'était le louable essai d'un comité consultatif de l’enseignement, intermédiaire désigné pour les relations du ministre et du nouveau corps enseignant, d'autant plus nécessaire à une époque où le ministère de l’Instraction publique n'existait pas encore.
Dans les années qui suivirent, l’école acheva de s'organiser malgré les difficultés du milieu et les troubles de la chouannerie. Le professeur d'histoire naturelle, Danthon, vint rejoindre son poste. Celui de grammaire générale, Courné, ne s'était point décidé à quitter Paris, 1l fallut aviser à son remplacement. Il se fit par voie de concours devant le jury d'instruction. La façon de procéder était assez curieuse. Des affiches annonçaient l'ouverture du concours et, comme nous le dirions aujourd'hui, la date des épreuves. Les candidats faisaient imprimer des programmes de sept ou huit pages où
ils exposaient leurs idées sur la grammaire générale et la façon de
aux professeurs des écoles centrales. Leurs réponses sont intéressantes. On les trouve aux Arch. nat., FA 13441, En ce qui concerne les examens ou exercices publics, nous voyons que dans la plupart des écoles centrales, ils se plaçaient à la fin de l’année scolaire, comme dans l’Ille-et-Vilaine. C’est le cas de 39 départements. Dans les autres, la variété est fort grande : il y a souvent des examens trimestriels qui ne sont pas publics.
1. Arch. nat., FA 13441. Les membres du Conseil étaient : pour la littérature, Palissot et Domergue; pour les sciences idéologiques, Daunou, Garat, Jacquemont, Lebreton ;
pour les sciences physiques et mathémat., Lagrange et Darcet. Le ministre y ajouta Ginguené.
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l’enseigner. Ces programmes, beaucoup plus vagues et moins intéressants que nos plans d’études actuels, étaient distribués par chaque candidat aux membres du jury et à ses concurrents. Ceux-ci se servaient de ces programmes pour argumenter les uns contre les autres et se questionner tour à tour. Suivant le succès plus ou moins grand de l'argumentation et sur l'invitation du jury, tel ou tel candidat se retirait. Par voie d'élimination successive il ne devait rester finalement que deux concurrents en présence. Après une dernière argumentation, le jury désignait l'élu du concours. L'âge était un coefficient sérieux dont les juges tenaient grand compte. Pour le concours de grammaire générale il y eut trois candidats et trois Jours d'argumentation à raison de deux heures par jour. Le jury désigna Lesage”.
En prairial an VIII (mai 1800), le professeur de législation, Lan-
juinmais, devint sénateur. Le concours, pour choisir son remplaçant,
eut lieu dans la même forme que précédemment, entre trois candidats. Comme aucun diplôme, aucune garantie de savoir n'étaient exigés, 1l arrivait parfois des surprises au moment des épreuves, du genre de celle que le citoyen Chesnel ménagea au jury. Son âge lui donnant la priorité, 1l argumenta le premier ; la séance dut égayer l'auditoire, si nous en jugeons par les termes du procès-verbal : « Le citoyen Chesnel fut exclu ; la façon indécente dont 1il s’est conduit ne peut trouver d’excuse que dans le dérangement de ses facultés intellectuelles. » Les deux candidats sérieux argumentèrent ensuite ; c'étaient Braillard, professeur de législation à l’école de Quimper, et Guillaume Carré, employé à l'administration centrale. Le choix du jury se porta sur Braillard, plus âgé que son concurrent”. Carré avait eu pourtant l'appui de la presse locale. Chausseblanche publia dans son journal un acrostiche enthousiaste où il exaltait les mérites de Lanjuinais et de son futur successeur :
Cher à tes commettants, ainsi qu’à ta patrie, Accomplis ton destin, réalise nos vœux, Riche de tous les dons de la philanthropie, Remplace auprès de nous le tribun vertueux, Égide dont Mentor entoura ton génie ?.
D'autres fois, mais plus rarement, le jury procédait simplement
1. Arch. dép., 2 T 2. Concours du 15 au 17 nivôse an VII (4-6 janvier 1709). 2. Arch. dép., id. Concours du 8 au 11 brumaire an IX (30 octobre-2 novembre 1800). 3. Journal du Nord-Ouest, n° 282.
par désignation directe et immédiate. Le professeur de mathématiques, Thébault, étant décédé, on le remplaça par le jeune René Binet, entré à l’École Polytechnique en l'an VIT, ancien élève de Thébault et recommandé par les professeurs de cette école dont 1l suivait encore les cours (ventôse an IX-février 1807).
Le zèle des maîtres de l'École centrale fut récompensé dès la seconde année d'exercice par un accroissement d’une centaine d’auditeurs. En l’an VI il y eut 168 élèves. Une loi du 13 floréal an VII autorisa l'administration centrale à disposer de l’ancien jardin de l'évêché pour y établir le jardin botanique de l’école avec 3 000 francs de subvention’. Le ministre de l'Intérieur accorda 600 francs pour la distribution des prix. Mais les progrès s’arrêtèrent là. Le nombre des élèves n’augmenta plus guère: en l'an VII il y en eut 157, enl’an VIIL, 160, en l'an IX, 168, en l’an X, 180°. Le gouvernement obéré ne pouvait plus donner aucun encouragement. D'ailleurs en l’an VIT les préoccupations extérieures détournaient son attention des questions d'enseignement. Nous voyons par les lettres des professeurs de divers départements que les écoles centrales étaient absolument oubliées”... Les professeurs de l'Oise solhicitent du ministre de la Guerre la cession d'un local pour y établir un pensionnat annexe: aucune réponse ne leur parvient. Un sort analogue est réservé aux pétiions des écoles du Gard et de la Seine-Inférieure. Les professeurs de la Charente-Inférieure ont établi un règlement d'études qu'ils envoient au Directoire pour recevoir son approbaton. Ce règlement ne leur a même pas été renvoyé. C'est l’incurie la plus nn
Pour facihiter le recrutement des élèves on admettait dans la division inférieure des enfants qui n'avaient reçu aucune instruction préalable, par le fait de l'insuffisance de l’enseignement primaire et qui ne pouvaient profiter des cours. Cette va n'était point particulière à l’Ille-et-Vilaine. Dans le rapport du Conseil d'instructon publique adressé au ministre de l'Intérieur (17 floréal an VIII- 7 mai 1800) il est constaté &que le cours de langues anciennes est souvent fréquenté par des élèves qui ne savent ni lire, ni écrire ». Dans la Haute-Loire, le professeur de mathématiques pour avoir des auditeurs est obligé de leur apprendre à chiffrer. Dans les Ardennes les professeurs se plaignent d’avoir des élèves qui n'ont aucune ins-
1. Loi du 2 mai 1799. Bulletin des Lois, IT° série. B. 278. 2873. 2 Arche dép. Rule 3. Arch. nat., FI7A 13441.
truction primaire ; dans les Hautes-Alpes, les élèves qui se présentent aux cours savent à peine lire’. D'autre part dans la division supérieure les élèves étaient fort irréguliers, les uns par négligence et mauvais vouloir, les autres par nécessité puisqu'on les appelait à faire partie des colonnes mobiles chargées de poursuivre les chouans. Le professeur de législation Lanjuinais le constate dans sa réponse à une circulaire ministérielle au début de frimaire an VIIT (novembre 1799) : «En ce moment la chouannerie tient en suspens toute affaire, toute entreprise, et rend mon école presque déserte ». Les professeurs revoyaient donc les mauvais jours de l'an IV. A peine arrivé dans le département le préfet Borie fut obligé de leur venir en aide. Les six premiers mois de l'an VITT ne leur avaient pas été payés ? Pour obvier à la misère de ces pères de famille, Borie prit sur lui de leur ordonnancer la moitié de ce qui leur était dû par le moyen des centimes additionnels”.
IV. — Élevé lui-même sous l’ancienne discipline le préfet se trouva d'accord avec les principaux membres du Conseil général, pour condamner le régime de trop grande liberté accordé par la Conventon aux établissements d'instruction. Sous l’ancien régime on avait eu la discipline monacale ; sous l'empire les lycées furent soumis à la discipline militaire ; les Écoles centrales avaient déjà une discipline paternelle qui paraissait alors à beaucoup d'esprits une nouveauté déconcertante. Dans l'enquête prescrite en l'an IX par le gouvernement consulaire, 1l n° y eut qu’ un petit nombre de RAT généraux qui se montrèrent nettement favorables au maintien des Lee centrales. La majorité leur fut hostile. Beaucoup d'assemblées demandèrent le rétablissement des anciens collèges ou le retour des corporations enseignantes‘. Les conseils d'arrondissement préparèrent certainement cette manifestation d'opinion ou s'y associèrent. Dans l'Ille-et-Vilaine le conseil d'arrondissement de Saint-Malo avait rédigé un mémoire très expressif, signé de tous ses membres, où l’œuvre de la Convention est sévèrement condamnée: «On mit son amour-