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manière plus équitable que les contemporains. Les sciences gardèrent le droit de cité qu'elles avaient légitimement acquis dans les établissements scolaires : elles devaient bientôt figurer sur les programmes des nouveaux lycées. De plus, le corps de professeurs formés dans les écoles centrales fournit un personnel tout préparé pour les lycées de l'an XI et les facultés de 1808. Nous y retrouverons Rabillon, Rozais, G. Carré, toujours dévoués à leurs devoirs professionnels. Le premier recteur de l’Académie de Rennes fut Germé, l’ancien professeur de belles-lettres.
Ces écoles eurent aussi l'avantage de montrer l'importance des langues vivantes et de réclamer pour elles une place dans les programmes scolaires. Elles préconisèrent de la sorte l'existence d'un enseignement où la part des langues anciennes, suivant l'esprit même de la Grande Encyclopédie du xvrn, siècle, serait dévolue en partie aux sciences expérimentales et aux langues modernes. N'est-ce pas l’origine de cet enseignement longtemps surnommé spécial, tel qu'un grand ministre du second Empire devait le comprendre? Ne retrouvons-nous pas aussi dans l’organisation des écoles centrales, ces idées si répandues aujourd'hui et favorablement accueillies dans beaucoup de milieux sur la décentralisation de l’enseignement? Le jury d'instruction, choissant lui-même les professeurs, préludait à l'établissement d’une sorte d'université locale.
Au terme de cette étude, nous ne saurions donc voir dans les écoles centrales une de ces institutions stériles auxquelles on applique sans regret le fameux Vae victis! Cournot, dans ses Souvenirs, publiés récemment, trouve que les écoles centrales « ne manquaient ni d'originalité, ni de grandeur. Je n'ai connu aucun homme de mérite ayant passé par les écoles centrales qui n’en eût conservé un bon souvenir ‘.» Ce Jugement équitable que l’ancien recteur de l'Académie de Dijon formulait vers 1859, me paraît être le jugement impartial de l’histoire. Les écoles centrales nous montrent au début même du xix' siècle l’origine d’une série de débats et de questions toutes actuelles qui intéressent toujours et si vivement notre enseigoement national*. Elles portent bien la marque de cette Convenion, leur créatrice, qui a fait tant de ruines et de malheurs privés,
1. Souvenirs, de Cournot, publiés par M. Bottinelli. Paris, 1913.
2. Conclusion identique dans un travail récent de M. Nicollet: L'École Centrale du département des Bouches-du-Rhône. Aix, 1913. « Les réformes qui ont été introduites dans l’enseignement secondaire durant le dernier quart du xrxe siècle et les premières années du xxe siècle se trouvaient toutes en germe dans les programmes des Écoles Centrales. »
mais a su défendre nos frontières, lever des centaines de mille hommes, émettre tant d'idées utiles et fécondes dont les profits furent réalisés plus tard et bien souvent sans que l'esprit de parti ait consenti à en attribuer l'honneur à la grande assemblée qui les avait conçues dans le trouble et les désordres de la France républicaine à peine organisée.